Il y a quelque chose d’un peu paradoxal dans l’engouement occidental pour le ramen. Ce plat, nรฉ en Chine, adoptรฉ et sublimรฉ par le Japon, est, dans sa culture d’origine, l’รฉquivalent de nos frites : une affaire de comptoir, de rapiditรฉ, de vapeur dans le visage et de bruit de slurp assumรฉ. On l’avale debout, entre deux mรฉtros, sans chichi ni argenterie. Et pourtant, le voilร  qui dรฉbarque en Europe parรฉ de toutes les vertus de la gastronomie : bouillons mijotรฉs dix-huit heures, nouilles fraรฎches pรฉtries ร  la main, cartes soignรฉes, ambiances lรฉchรฉes. Le ramen est devenu, en l’espace d’une dรฉcennie, l’un des plats les plus copiรฉs (et les plus massacrรฉs) de la scรจne culinaire urbaine.

Car le problรจme, c’est prรฉcisรฉment รงa : le succรจs du ramen a engendrรฉ une prolifรฉration d’adresses qui le traitent comme une soupe asiatique tendance, au mรชme titre que les sushis ou les pokรฉ bowls. On le retrouve dรฉsormais sur des cartes fourre-tout, coincรฉ entre un maki au saumon et un spring roll. Et quand il n’est pas “gastronomisรฉ”, il est prรฉparรฉ avec un bouillon en sachet et des nouilles chinoises bas de gamme rรฉchauffรฉes ร  la louche. Or, un vrai ramen, un ramen dans les rรจgles de l’art, se reconnaรฎt ร  son bouillon, exclusivement. C’est lui qui porte tout. Il doit รชtre long, patient, construit : un tonkotsu exige des heures de cuisson d’os de porc ร  frรฉmissement pour libรฉrer sa matiรจre, son gras, sa profondeur laiteuse. Un shio sera d’une clartรฉ trompeuse mais d’une complexitรฉ rรฉelle. Si le bouillon semble aqueux, trop salรฉ ou trop simple, la rรฉponse est non. Et si la mรชme adresse vous propose des makis California en entrรฉe, mรฉfiance. L’autre marqueur d’un ramen sรฉrieux : les nouilles. Fraรฎches ou artisanales, elles ne sont pas interchangeables avec des pรขtes italiennes ou des vermicelles. Leur texture, leur taux d’humiditรฉ, leur rรฉsistance ร  la chaleur du bouillon, tout est pensรฉ.

Voilร  le cahier des charges. Maintenant,ย  place ร  notre sรฉlection d’adresses qui le respectent.

Menma

Menma est sans doute la rรฉfรฉrence la plus connue de la capitale, et elle le mรฉrite. La carte est 100 % d’inspiration japonaise, mais les ingrรฉdients sont locaux et tous les mets sont faits entiรจrement maison. Parmi les spรฉcialitรฉs, le ramen Yuzu Shio : sa lรฉgรจre touche acidulรฉe est assez inรฉdite dans le paysage bruxellois. ร€ noter, pour la culture gรฉnรฉrale : le menma est aussi un condiment japonais traditionnel ร  base de pousses de bambou fermentรฉes, utilisรฉ comme topping dans le ramen. L’enseigne porte donc bien son nom. Menma dispose de trois adresses (Place Jourdan ร  Etterbeek, Quai aux Briques ร  Sainte-Catherine et Avenue des Saisons ร  Ixelles) et propose une expรฉrience rรฉconfortante et cohรฉrente dans chacune d’elles, ce qui en fait notre top 1.

Oรน ? ย Place Jourdan 48, 1040 Etterbeek / Quai aux Briques 34, 1000 Bruxelles / Avenue des Saisons 123, 1050 Ixelles

Kokuban

Kokuban incarne, lui, une ode au ramen authentique dans un format lรฉgรจrement plus complet. Bouillons riches, nouilles parfaitement cuites, garnitures dรฉlicates : le bol est une invitation au voyage. Ce qui distingue Kokuban, c’est son ancrage dans une culture japonaise plus large : l’adresse propose des otsumami (les amuse-bouches japonais) et quelques desserts aux parfums dรฉlicats, dont une glace au sรฉsame noir qui vaut le dรฉtour. Deux adresses (Louise et Schuman), sans rรฉservation, et une carte courte mais prรฉcise : Shoyu Ramen, Miso Ramen, Shio Ramen, une version vรฉgรฉtarienne, un Negi-Kara Miso รฉpicรฉ ร  la ciboulette japonaise, et un Karaage Ramen aux nuggets de poulet frits. ร€ 14-16 euros le bol, Kokuban est aussi l’une des meilleures affaires de la capitale. Ce qui ne gรขche rien.

Oรน ? Rue Vilain XIIII 53, 1000 Brussels / Rue Belliard 180, 1040 Etterbeek

Umamido

 

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Umamido est, quant ร  lui, le projet le plus ancrรฉ dans une dรฉmarche de fond. Derriรจre l’enseigne, Guy Quirynen, un Belge qui a dรฉcouvert la saveur umami lors d’un stage ร  Kyoto en 2010. Dรจs 2013, il ouvre son premier Umamido ร  Flagey, avec une mission claire : prรฉparer les ramens les plus savoureuses possibles et diffuser ce concept aussi loin que possible. Umamido, c’est aujourd’hui cinq adresses bruxelloises (Flagey, Sainte-Catherine, Bailli, la Bourse) auxquelles s’ajoutent Gand, Louvain et Anvers. Le nom de l’enseigne signifie ยซ la route de la saveur ยป, et l’image est juste : depuis prรจs de quinze ans, Quirynen trace cette route avec une cohรฉrence rare, en accordant une importance particuliรจre ร  la qualitรฉ et ร  la provenance des ingrรฉdients : porc et poulet d’รฉlevage รฉthique, certains produits directement importรฉs du Japon. Rรฉsultat : une clientรจle fidรจle qui revient moins pour la tendance que pour le bouillon ; ce qui, dans ce secteur, est la forme la plus solide de succรจs.

Oรน ? Rue du Bailli 14, Bruxelles, 1000 / Rue Henri Maus 37, Bruxelles, 1000 / Chau. de Vleurgat Ixelles, 11050 / Groenplaats 15, Antwerpen, 2000 / Sint-Michielshelling 7 Gent, 9000 / Tiensestraat 18, Leuven, 3000 / Av. de Tervueren 22, 104 , Etterbeek / Pl. Sainte-Catherine 1, Bruxelles, 1000 / Walpoortstraat 38, Gent, 9000

Ramen by So (Mont-Saint-Guibert)

 

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Ramen by So, ร  Corbais (Mont-Saint-Guibert), est la rรฉfรฉrence incontournable du Brabant wallon. ร€ sa tรชte, le chef Sovann, formรฉ ร  l’ร‰cole Hรดteliรจre provinciale de Namur en 2006, passรฉ par plusieurs expรฉriences en cuisine asiatique dont l’un des premiers bars ร  ramen rรฉputรฉs de Bruxelles. C’est aprรจs un tour de l’Asie, voyages qu’il dรฉcrit lui-mรชme comme fondateurs, ร  la recherche de nouveautรฉs culinaires et d’รฉpices, que Sovann pose son concept ร  Corbais, dans un emplacement qui n’a rien d’รฉvident sur le papier mais qui fonctionne parfaitement. La carte est simple et maรฎtrisรฉe : Porc Miso, Poulet Shoyu, Veggie, chacun ร  16,50 euros, plus un ramen enfant ร  12 euros. Les bouillons sont mijotรฉs de longues heures, les approvisionnements sont ultra-locaux (viandes issues de la Boucherie Sprimont ร  Thorembais-Saint-Trond, lรฉgumes de chez Vander Zijpen, cafรฉs Torrefactory) et certains produits sont directement importรฉs du Japon. Conseil d’ami.e : prenez le supplรฉment d’huile ร  l’ail noir !

Oรน ? ย Grand’Route 16, 1435 Mont-Saint-Guibert

Baratie (Louvain-la-Neuve)

 

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Baratie, ร  Louvain-la-Neuve, joue une autre partition. Le nom est empruntรฉ au navire-restaurant de One Piece, le manga culte d’Eiichiro Oda, et l’adresse s’inscrit clairement dans une culture jeune et universitaire. Le parti pris est radical : pas de sushis ici, uniquement des plats ร  base de bouillon (ramens et domburi) auxquels s’ajoutent des baos moelleux et un menu hot pot interactif. La carte propose des options halal et non halal. Le rapport qualitรฉ-prix est calibrรฉ pour le public de LLN. Preuve qu’on peut prendre le ramen au sรฉrieux sans se prendre au sรฉrieux.

Oรน ? Grand Place 27a, 1348 LLN

Kaiju Ramen (Namur)

 

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Kaiju Ramen, ร  Namur, mise sur l’univers des kaiju, ces monstres gรฉants japonais dont Godzilla est le plus cรฉlรจbre reprรฉsentant, pour crรฉer un dรฉcor de nรฉons flashy et de mobilier contemporain qu’on n’oublie pas facilement. Mais au-delร  de l’esthรฉtique, le fond est sรฉrieux : les nouilles sont artisanales et fraรฎches, et les habituรฉs plรฉbiscitent particuliรจrement le ramen ร  l’ail noir et le Spicy Miso, dont la note subtile de noisette crรฉe une belle surprise en bouche. Les vรฉgรฉtariens et vegans disposent d’une vraie carte dรฉdiรฉe, ce qui est loin d’รชtre systรฉmatique.

Oรน ? Rue de Bruxelles 1, 5000 Namur

Yoyo (Mons)

Yoyo, ร  Mons, incarne quant ร  lui la version bar et fusion du ramen, avec une carte qui รฉvolue rรฉguliรจrement autour de suggestions crรฉatives : ramen de bล“uf braisรฉ ร  la biรจre Tsingtao, ramen de canard laquรฉ,… et des entrรฉes qui sortent des sentiers battus, comme les gyozas aux scampis avec mayonnaise au wasabi ou les churros chinois (youtiao) avec crรจme de tofu vegan. L’ambiance est branchรฉe, les cocktails font partie de l’รฉquation. Coup de cล“ur particulier pour l’Udon Porc Cha-Shu dans un bouillon Tonkotsu porc-poulet. Contrairement aux nouilles fines du ramen classique, les udons sont รฉpais, larges, fabriquรฉs ร  base de farine de blรฉ, et “captent” mieux le bouillon. Chaque bouchรฉe est dense, enveloppante, presque fondante. Quant au tonkotsu porc-poulet, il joue sur deux registres ร  la fois : la profondeur laiteuse des os de porc d’un cรดtรฉ, la lรฉgรจretรฉ aromatique du poulet de l’autre. Le rรฉsultat est moins brut qu’un tonkotsu pur, plus nuancรฉ, plus facile aussi. Un bol qui rรฉchauffe vraiment et qui donne furieusement envie d’y retourner.

Oรน ? Rue d’Havrรฉ 14, 7000 Mons