La cuisine levantine, c’est celle des herbes fraรฎches, des lรฉgumineuses et des mezze ร  faire tourner au milieu de la table. ร€ Bruxelles, elle existe depuis des dรฉcennies, portรฉe par une diaspora libanaise, syrienne, jordanienne et palestinienne qui a notamment posรฉ ses valises ici dรจs les annรฉes 1970. Sauf qu’aujourd’hui, quelque chose a changรฉ : les nouvelles adresses ne se cachent plus derriรจre le vague “cuisine du monde” ou le fourre-tout “oriental”. Elles disent d’oรน elles viennent, qui a transmis la recette, et pourquoi ce plat s’appelle comme รงa. Le houmous gรฉnรฉrique, c’est donc terminรฉ. Voici nos cinq adresses prรฉfรฉrรฉes qui rendent enfin justice ร  cette cuisine.

Al Barmaki

Tout commence ici, ou presque. Depuis 1978, Al Barmaki est le premier restaurant libanais de Belgique, et aprรจs plus de quarante ans, il n’a rien perdu de sa pertinence. Derriรจre les fourneaux, Rick Kalach rรฉsume sa philosophie en une phrase : “Le but n’est pas de finir son assiette, mais de prolonger le moment.” C’est exactement รงa. On commande le mezze dรฉgustation pour deux personnes ร  66 euros, et on laisse dรฉfiler le taboulรฉ au persil et ร  la menthe, le moutabal fumรฉ, les falafels, le kebbรฉ farci, les brochettes de kafta marinรฉes longuement avant d’รชtre grillรฉes ร  la perfection. Une cuisine simple en apparence, exigeante dans son exรฉcution, qui n’a qu’une seule ambition : qu’on reste ร  table le plus longtemps possible.

Oรน ? Rue des ร‰peroniers 67, 1000 Bruxelles

Mazmiz

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagรฉe par Mazmiz (@mazmizbxl)

Mazmiz, รงa veut dire “picorer des petits plats entre amis” en dialecte libanais. ร‡a veut aussi dire Madeleine et Ziad, frรจre et sล“ur dont le nom forme un anagramme du restaurant qu’ils ont ouvert ensemble, aprรจs des รฉtudes ร  la Haute ร‰cole de Namur et quelques annรฉes ร  travailler chacun de leur cรดtรฉ. Leurs recettes viennent de loin : du restaurant de leurs parents ร  Woluwรฉ-Saint-Lambert, lui-mรชme inspirรฉ des recettes de leurs tantes, eux-mรชmes arrivรฉs du Liban en 1986. Ici, le mezze chaud et froid se compose librement au buffet, ร  emporter ou ร  dรฉguster sur place. Notre coup de cล“ur va au wrap CAMI, garni de labneh (ce yaourt libanais รฉgouttรฉ, dense et lรฉgรจrement acidulรฉ), de tomates, concombre, menthe fraรฎche, laitue et olives vertes. En dessert, ne partez pas sans goรปter la namoura, ce gรขteau de semoule imbibรฉ de sirop de fleur d’oranger, ni la mhalbiyรฉ, un entremets au lait parfumรฉ ร  la rose et ร  la fleur d’oranger, dรฉlicat et aรฉrien.

Oรน ? Rue du Taciturne 46, 1000 Bruxelles

Booza

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagรฉe par BOOZA! (@booza.be)

Georges Baghdi Sar, 30 ans ร  peine, a dรฉjร  ouvert plus de restaurants que la plupart des chefs n’en rรชvent. C’Chikounou, My Tannour, Kamoun, Mine Madeh… et dรฉsormais Booza, son coffee shop d’Ixelles oรน trรดne une glace syrienne aussi spectaculaire qu’unique. La booza, aussi appelรฉe ashta, est une spรฉcialitรฉ damascรจne que Georges refuse catรฉgoriquement de banaliser. Pas de turbine : la glace est frappรฉe ร  la main avec des pilons, ce qui lui confรจre cette texture chewy, รฉlastique, presque fromageuse, que rien d’autre n’imite. Une seule saveur, roulรฉe dans de la pistache concassรฉe. Derriรจre ce geste apparemment simple se cache une conviction : dรฉfendre une cuisine syrienne prรฉcise, celle du nord-ouest du pays, entre Turquie et Irak, et refuser l’รฉtiquette floue qui noie tout. Car chez Booza, on ne dilue rien, et certainement pas la crรจme glacรฉe.

Oรน ? Rue de la Tulipe 7, 1050 Ixelles

Mine Madeh

 

Voir cette publication sur Instagram

 

Une publication partagรฉe par MINE MADEH (@minemadeh_)

Mรชme chef, autre registre. Mine Madeh, c’est Georges Baghdi Sar en mode street food assumรฉ, autour d’un plat qu’il a fait dรฉcouvrir ร  Bruxelles : le madeh, spรฉcialitรฉ syrienne traditionnelle de bล“uf et d’agneau cuits longuement au four, glissรฉs dans un pain moelleux passรฉ sous presse. Ce qui en sort est croustillant, dorรฉ, addictif, et rรฉconcilie tradition et modernitรฉ. Le tout est accompagnรฉ d’une salade et d’un pain. Les dรฉclinaisons vรฉgรฉtariennes, au halloumi ou aux falafels, tiennent parfaitement la comparaison. Une deuxiรจme adresse a ouvert en mai 2025 rue Lรฉopold, derriรจre La Monnaie, preuve que Bruxelles ne s’en lasse pas.

Oรน ? Chaussรฉe de Wavre 390, 1040 Etterbeek / Rue Lรฉopold 29, 1000 Bruxelles

Horia

Horia ne se revendique pas de la cuisine levantine ร  proprement parler : l’enseigne s’inspire librement des traditions marocaines et libanaises, et le dit clairement. Ce qui la distingue, c’est son engagement bio, certifiรฉ Biogarantie, avec au minimum 50% d’achats issus de l’agriculture biologique. Isabelle Nizet et Omar Baraka ont construit une carte resserrรฉe mais cohรฉrente : mezze classiques (houmous, labneh, tabouleh, caviar d’aubergines), tajines, couscous le week-end, et pรขtisseries maison. La viande vient de chez Bionoor, le pain marocain au sรฉsame est spรฉcialement conรงu pour la maison par la boulangerie C’est Si Bon, les biรจres sont signรฉes Brasserie de la Senne. Un endroit oรน manger orientรฉ, sans compromis sur la qualitรฉ des produits, dans un intรฉrieur qui mรชle influence industrielle et couleurs arabes inspirรฉes de la palette de la designer bruxelloise Agnรจs Emery. On valide.

Oรน ? 7 Borgval ร  1000 Bruxelles (piรฉtonnier)