Il fut un temps où demander « l’option végétarienne » au restaurant revenait souvent à voir arriver une salade dont on avait simplement ôté le poulet. Depuis quelques années déjà, les choses ont bien changé à Bruxelles, et pas seulement parce que les établissements 100 % végétaux se multiplient.
Le végétal a gagné des registres qui, sur le papier, semblaient peu s’y prêter : le fried chicken se décline en tofu, le burger se passe de steak, la brasserie belge se cuisine sans produits animaux et la haute gastronomie traite la betterave, le champignon ou l’herbe sauvage en ingrédient à part entière plutôt qu’en garniture décorative.
Notre sélection en témoigne : sous la même étiquette « veggie » se côtoient aujourd’hui des cantines accessibles, des coffee shops, de la street food, une table gastronomique étoilée et même des restaurants qui servent toujours de la viande ou du poisson mais donnent au végétal la première place dans l’assiette. Il n’est donc plus forcément une catégorie de restaurants à part, comme le montrent ces 12 adresses :
Archie
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Installé depuis environ 2021 sur le Parvis de Saint-Gilles, Archie est né de la reprise par Charlotte et Charles du restaurant Les Nourritures Terrestres, qui appartenait au père de Charles et proposait déjà une cuisine végétarienne. Leur terrain de jeu : une cuisine végétarienne et vegan familiale, fraîche et maison, servie à midi, avec un service du soir les jeudis et vendredis. Le duo développe également une activité de catering.
Depuis l’an passé, le service du soir repose sur de petites assiettes végétariennes à partager, façon tapas, un format pensé pour un Parvis où l’on vient surtout boire des verres. Difficile pour autant de dresser un inventaire fiable des assiettes du moment, ce qui est assez cohérent avec le fonctionnement du lieu, qui préfère suivre les produits et les envies plutôt que figer quelques plats signatures.
On peut y passer pour le lunch, s’arrêter autour d’un café ou revenir le jeudi et le vendredi soir. L’idée reste la même : proposer une alimentation végétale et accessible, loin de l’étiquette du resto « healthy » où l’on vient expier les excès du week-end.
Lucifer Lives Coffee
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Lucifer Lives Coffee a ouvert en 2020 dans les Marolles. Et s’il fallait chercher l’antithèse du coffee shop vegan beige et sage, on ne ferait probablement pas beaucoup mieux. Fondé par Morgane et Lucas Vargiu, le café joue à fond la carte de l’horreur et de la culture rock. Lucas revendique notamment son amour des films d’épouvante, ce qui explique les nombreuses références qui peuplent le décor. Mais derrière l’imagerie satanico-cinématographique, tout ce qui se mange est végétal : grilled cheese, préparations salées, donuts, pâtisseries et autres douceurs.
C’est peut-être même l’un des clichés les plus intéressants à voir tomber : le vegan peut aussi être gras, régressif et délicieusement peu raisonnable.
Où ? 120, rue Haute, 1000 Bruxelles.
Lucifer Lives Coffee
humus x hortense
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Avec humus x hortense, changement d’échelle. Le restaurant est porté par Nicolas Decloedt et Caroline Baerten, tous deux formés en cuisine. Dès 2008, le couple conceptualise ce qu’il appelle la « gastronomie botanique ». Nicolas, ancien photographe d’art et membre des Mastercooks of Belgium, construit les assiettes ; Caroline transpose notamment son parcours entre cuisine et histoire de l’art dans la direction artistique du lieu et dans ce qu’elle appelle la « liquid cuisine ».
Le restaurant lui-même fête ses dix ans en 2026. Il possède aujourd’hui une étoile Michelin et a reçu de Gault&Millau le titre de Menu de légumes de l’année 2026. Dans l’assiette, plus de 170 ingrédients régionaux peuvent intervenir au cours du menu, articulé autour de 24 micro-saisons. Une partie des végétaux provient de la ferme Le Monde des Mille Couleurs. Fermentations, conservations et maturations font ici du temps un ingrédient à part entière.
La carte actuelle donne une idée du niveau de technicité : crackers de sarrasin au houmous de pois chiches belges, céleri-rave travaillé façon Paris-Brest, focaccia d’épeautre au levain, champignons sauvages avec potiron et gyoza, pomme de terre Rouge de France à la sauce liégeoise ou encore bouillon au safran belge et ravioli.
Le positionnement économique suit : 97 € pour le menu Kronos au lunch, jusqu’à 245 € pour l’expérience Kairos avec accords. Preuve, s’il en fallait encore une, que « manger des légumes » peut aujourd’hui vouloir dire autant déjeuner sur le pouce que sortir la carte bleue pour une table étoilée.
Où ? 2, rue de Vergnies, 1050 Ixelles.
Bodja
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Bodja est né d’une double passion : le Tibet et le thé. Le restaurant-teahouse de la rue de Stassart a fait du momo (le ravioli tibétain) son principal fil conducteur, tout en y ajoutant des influences liées aux origines méditerranéennes et caucasiennes de ses fondateurs. Le résultat ? Des momos, bien sûr, mais également des Buddha bowls, des nouilles et une large sélection de thés. Le tout, avec des produits frais, majoritairement bio et faits maison.
Côté momos végétariens, la carte ne se contente pas d’une seule farce. Les Nyima, Norbu et Dawa font partie des déclinaisons végétariennes associées à la maison, avec différentes combinaisons de légumes, fromages, tofu ou champignons selon les recettes.
Et si le momo n’est pas votre tasse de thé (ce qui serait assez cocasse ici), Bodja complète avec des douceurs sucrées, notamment autour d’ingrédients liés aux traditions tibétaines comme la tsampa, cette farine d’orge grillée particulièrement associée au Tibet.
Où ? 104, rue de Stassart, 1050 Ixelles.
Fava
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À deux pas de la Porte de Hal, Fava tient pratiquement dans un mouchoir de poche : huit places autour du comptoir, et derrière celui-ci Wael Kostantinos, chef gréco-égyptien et ancien fonctionnaire reconverti dans la street food végétarienne. Ici, le fait maison ne s’arrête pas au houmous : Wael pétrit ses pains pita et fermente lui-même son kombucha.
Son terrain de jeu se situe entre Méditerranée et Moyen-Orient. Le sabich empile dans un pain pita maison aubergines grillées, œuf dur, pommes de terre, tomate, pickles, persil, tahini, zhoug et amba, cette sauce acidulée à la mangue. Autre particularité : les falafels suivent ici la tradition égyptienne et sont préparés à base de fèves, abondamment relevées d’herbes, plutôt qu’avec les pois chiches auxquels on les associe souvent chez nous.
À côté, houmous, moutabal, chou-fleur rôti et cakes maison prolongent le menu, avec kéfir et kombucha maison pour boire. Et avec des pitas autour de 8 €, Fava rappelle surtout quelque chose d’assez utile dans le débat sur le végétal : manger veggie ne rime pas nécessairement avec supplément de prix ni produit de substitution industriel. Ici, fèves, aubergines, tahini et pain font le travail depuis bien avant qu’on parle de “plant-based”
Où ? 113, boulevard de Waterloo, 1000 Bruxelles.
Terter
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Derrière Terter, il y a Catherine Tabard et Julien Nève, couple à la ville comme au travail. Le projet germe après le Covid, dans une période où tous deux cherchent davantage de sens. Julien commence par tester le véganisme à la maison et embarque progressivement toute la famille. Il se forme ensuite professionnellement tandis que le couple passe notamment par une couveuse chez hub.brussels. Après une phase de pop-up, dont un an dans les locaux prêtés par Prélude, Terter s’est finalement enraciné chaussée de Waterloo.
Le principe est particulièrement contraignant : tout est plant-based ET sans gluten, avec sauces, boissons et même tofu fabriqués maison.
Mais la contrainte donne justement de la matière. Le soir, Terter conseille de partager deux à trois assiettes par personne : houmous citron avec radis red meat et huile de cresson, fenouil braisé au chutney d’orange et dukkah, ajo blanco avec tofu fumé maison, carottes laquées à la demi-glace de légumes, choux de Bruxelles à la crème de noix et mandarine ou encore boulettes de tofu maison et pleurotes laquées. Terter illustre au passage une petite révolution très pragmatique : une table capable de réunir vegan, intolérant au gluten et omnivore curieux dispose mécaniquement d’un public beaucoup plus large que la traditionnelle « adresse pour vegans ».
Où ? 264, chaussée de Waterloo, 1060 Saint-Gilles.
Foocha
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Chez Foocha, il faut commencer par une précision : on ne vient pas dans un restaurant végétarien. Et tant mieux pour notre propos.
Les fondateurs se présentent comme des enfants d’immigrés asiatiques ayant grandi dans cette culture culinaire, avec l’envie d’en restituer les goûts à Bruxelles. Tout ou presque est préparé maison : wontons, gyozas, fried chicken, tofu et même une partie des boissons.
Le poulet frit tient une place centrale dans la maison, mais Foocha lui donne un véritable double végétarien. Le soy garlic tofu mêle soja, ail, miel et cassonade, tandis que le sweet & spicy tofu joue sur la pâte de piment, le soja et le sucre brun. Attention simplement : miel oblige, le premier est végétarien mais pas vegan. Les gyozas existent eux aussi en version veggie, farcis aux shiitakes, tofu et carottes, tandis que les udon au sésame et à la cacahuète sont végétariens par défaut.
C’est d’ailleurs ce qu’on avait particulièrement apprécié en y allant avec des amis végétariens : pouvoir enfin manger « the Asian way », en partageant et en piochant dans plusieurs préparations, plutôt que de renvoyer le végétarien de la table vers son unique plat à part.
Une petite victoire sociale qui n’est pas si anecdotique dans des cuisines où bouillons carnés et sauces de poisson peuvent parfois se cacher là où on ne les attend pas.
Où ? 17, rue de Flandre, 1000 Bruxelles.
Nöje
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Nöje signifie « plaisir » en suédois. Le choix du nom n’est pas décoratif. Derrière le comptoir, Jessica, qui codirige le lieu avec Xénia, raconte avoir développé le projet après une année passée en Suède, séduite par une culture accordant une place particulière au bien-être quotidien et au fait de ralentir. Nöje a ainsi ouvert ses portes à Schaerbeek, dans un esprit “coffee shop vegan nordique”.
Ici, tout est végétal et maison, avec un vrai travail autour de la saisonnalité. Au petit-déjeuner, on retrouve actuellement un gröt suédois à l’avoine, pomme, cannelle, noisettes et crème d’érable, un toast au tofu brouillé ou un pain polaire PB&J (pour les néophytes : “peanut butter & jam”). À midi, le Grön Bagel mêle sauce « faumagère », épinards, omelette vegan, tomates confites et pickles d’oignons.
Même logique dans les boissons : miso cappuccino, rosemary matcha, ube latte, latte au sésame noir ou limonade hibiscus-fleur d’oranger côtoient le café GUST. De quoi prouver que le fika est moins un gimmick Instagram qu’une manière de concevoir le lieu : café, nourriture et temps passé sur place participent d’une seule expérience.
Où ? 66, rue Théodore Roosevelt, 1030 Schaerbeek.
Mauvais Choix
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Avant Mauvais Choix, il y avait Red Mullet, soit les années de catering et de pop-up d’Igor Petrovic, chef, et Nathan Aguilera y Martinez, manager. Le nom du collectif prête déjà à sourire lorsqu’on apprend que les deux hommes, eux-mêmes non végétariens, travaillent également viande et poisson dans leur activité de catering. Pourtant, pour leur première véritable implantation en restauration, ils ont choisi de passer au 100 % végétarien.
Le restaurant a pris place dans l’ancien Bain des Dames, dans un espace longiligne marqué notamment par son grand comptoir et sa terrasse bleu Majorelle. Aujourd’hui, Mauvais Choix ne s’embarrasse pas d’une carte encyclopédique : un menu unique, en cinq services le soir, et des formules en deux ou trois services le midi. Et ce qui est particulièrement révélateur ici, c’est que le végétarien n’est pas l’expression d’un régime personnel. Petrovic et Aguilera y Martinez l’ont choisi comme contrainte créative de restaurant.
Où ? 186, chaussée de Vleurgat, 1000 Bruxelles.
Kitsune
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Derrière Kitsune, on trouve Pauline et Guillaume et une idée assez simple : le burger vegan ne doit pas avoir besoin d’excuse. Le couple revendique trois piliers : goût, fait maison et végétal. Buns, sauces, falafels, nuggets de champignons, cheddar et bacon vegan sont préparés dans leur atelier de Forest. Les pleurotes viennent notamment de PermaFungi, à Bruxelles, et une partie des bières de la brasserie Illegaal, à Anderlecht. Même le mobilier et le comptoir jouent la récup et la seconde main.
La carte, elle, regarde volontiers vers la Californie et l’Asie. Le Simple Smash, superpose galette d’azuki façon falafel, « potato cheese », oignons, pickles, salade, mayo vegan et ketchup. Le Kitsune Tofu et le Korean Fried Spicy complètent la série, tandis que les accompagnements vont des frites au furikake aux rice balls épicés. Même le Korean corn dog passe au vert : à l’origine, cette spécialité de street food coréenne repose sur une saucisse plongée dans une pâte puis frite. Chez Kitsune, le format est entièrement végétalisé, preuve que le vegan ne se contente plus de revisiter le burger, mais s’attaque désormais à toute une culture de la junk food.
Où ? 25, Petite rue des Bouchers, 1000 Bruxelles.
Verdō
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Verdō a ouvert avec une ambition assez culottée : prendre la brasserie, l’un des temples les plus historiquement carnés de notre gastronomie, et la rendre entièrement végétale.
À l’origine du projet, Gabriel Cloquet et Krystelle Gerard. Lui voulait concilier cuisine réconfortante et réduction de l’impact environnemental de l’alimentation ; elle venait notamment du tourisme, de la finance et du secteur de la santé avant de s’investir dans le bien-être animal. Ils ont ensuite embarqué le chef Benjamin Lagarde, fort de plus de vingt ans d’expérience dans la restauration bruxelloise, pour repenser les codes de la brasserie sans produits animaux.
Verdō se présente aujourd’hui toujours comme la première brasserie entièrement végétale de Bruxelles. Sa carte évolue en fonction des saisons et des producteurs locaux.
La carte actuelle donne une idée assez nette du terrain de jeu : tartare de tempeh et betterave, filet de seitan, sauce cacao fumée, ou encore salade César aux pleurotes et parmesan de tempeh. Autrement dit, l’idée n’est pas de poser une salade de quinoa dans un décor de brasserie et d’espérer que personne ne remarque la supercherie : Benjamin retravaille vraiment les codes de la cuisine de bistrot autour d’ingrédients végétaux. Et quand on sait à quel point la brasserie belge reste attachée à la viande, au beurre et aux sauces, le pari a quand même sacrément plus de sel.
Où ? 146, chaussée de Vleurgat, 1000 Bruxelles.
Savage
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Savage repose sur une idée que le chef Joel Rammelsberg relie directement à son enfance. À la maison, explique-t-il, la viande était consommée occasionnellement mais ne faisait pas partie de tous les repas. Une habitude qu’il a conservée et qui lui paraît d’autant plus pertinente aujourd’hui face aux conséquences environnementales de notre consommation carnée.
Savage n’est donc pas végétarien. C’est plus subtil que cela. Le restaurant propose aujourd’hui une « plant-focused experience » : un menu entièrement construit autour du végétal, tandis que viande et poisson peuvent être commandés comme extras. Bonus : la carte évolue selon les saisons et les producteurs locaux.
Et cette simple inversion sémantique est probablement l’une des idées les plus intéressantes de toute cette sélection. Dans une brasserie classique, on commande « le bœuf » ou « le cabillaud » ; haricots et pommes de terre sont relégués à droite de l’assiette. Chez Savage, le légume définit le repas. C’est la viande qui devient accompagnement.
Une façon assez intelligente de parler également aux flexitariens : plutôt que d’imposer une appartenance à un camp, on change progressivement le centre de gravité de l’assiette.
Où ? 22, rue de la Paix, 1050 Ixelles.