On les imaginait fers de lance du progressisme, biberonnés aux mouvements #MeToo et à la fluidité des genres. Pourtant, une vaste étude mondiale publiée le 5 mars 2026 par le King’s College de Londres et l’Ipsos vient briser le mythe.
Chez les jeunes hommes, le retour en force de normes patriarcales que l’on croyait enterrées avec le siècle dernier fait l’effet d’un brutal rappel à l’ordre. Entre influence toxique de la manosphère et peur du déclassement, analyse d’une fracture générationnelle qui a quitté les forums obscurs pour s’inviter dans nos salons. L’enquête, menée auprès de 23 000 personnes dans 29 pays, révèle que les hommes de la Gen-Z (nés entre 1996 et 2012) sont aujourd’hui deux fois plus susceptibles que leurs aînés “Baby Boomers” d’adhérer à des visions rétrogrades du couple.
Des chiffres glaçants
L’étude rend compte d’une réalité brutale largement sous-estimée : la nostalgie d’un foyer où l’homme règne sans partage. 31 % des hommes de la Gen Z s’accordent ainsi pour dire qu’une femme devrait toujours obéir à son mari, contre seulement 13 % des Baby Boomers. Mieux, un tiers (33 %) de ces jeunes hommes estime que le mari doit avoir le mot final sur les décisions importantes de la maison, contre 17 % chez les hommes de plus de 60 ans. L’autonomie des femmes peut se faire, mais sous surveillance. 24 % des jeunes hommes pensent qu’une femme ne devrait pas paraître trop indépendante ou autosuffisante. 15 % des jeunes femmes de la même génération partagent cet avis. Côté initiative sexuelle, 21 % des hommes de la Gen-Z considèrent qu’une « vraie femme » ne devrait jamais initier un rapport sexuel. Le paradoxe de la “Career Woman »
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L’enquête épingle un grand écart mental vertigineux : ces mêmes jeunes hommes sont les plus nombreux (41 %) à trouver les femmes ayant une carrière réussie plus attrayantes, contre seulement 27 % des Boomers. Ils semblent désirer une partenaire puissante à l’extérieur, tout en exigeant sa soumission à l’intérieur du foyer. Pour Kelly Beaver, directrice d’Ipsos, nous serions en train d’assister à une « grande renégociation » des rôles de genre, où modernité et tradition s’entrechoquent violemment.
L’ombre de la manosphère
Comment expliquer un tel recul ? Pour comprendre, il faut plonger dans les tréfonds du web, là où la “manosphère” recrute ses soldats. Le nouveau documentaire Netflix “Louis Theroux : Plongée dans la manosphère » sorti dans la foulée de l’étude, illustre bien cette montée en puissance de figures ultra-radicales.
Ces influenceurs masculinistes capitalisent sur les griefs d’une jeunesse masculine qui se sent “émasculée” par l’évolution de la société. En suggérant que les hommes doivent réaffirmer leur dominance comme “protecteurs” et “pourvoyeurs”, ils offrent un kit de survie identitaire à des garçons perdus face à la crise du logement ou à la précarité.
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L’infiltration dans les salles de classe
Ce discours s’exporte ensuite des écrans à la vie réelle. Comme le souligne Professor Heejung Chung, directrice du Global Institute for Women’s Leadership, les jeunes imitent ce qu’ils voient sur les réseaux sociaux sans en comprendre la portée politique. Résultat : le harcèlement de rue, le cybersexisme et les comportements misogynes s’invitent dans les cours de récré, portés par une rhétorique qui présente l’égalité comme un “jeu à somme nulle” où les hommes seraient les grands perdants.
Une société sous pression
Ce que le rapport met surtout en lumière, c’est un véritable bug de perception, une fracture béante entre nos convictions intimes et ce que nous projetons sur le reste du monde.
On assiste dès lors à une sorte de « schizophrénie sociale ». Si la majorité réclame personnellement un partage équitable des couches et de la vaisselle, elle reste convaincue que la pression collective, elle, ne lâche pas les femmes d’une semelle. C’est le syndrome du « moi je suis pour, mais la société n’est pas prête ».
Puis il y a l’égalité vécue comme une menace. 44 % des sondés estiment que la quête de l’égalité a fini par se retourner contre les hommes, créant une forme de discrimination à leur égard. Ce sentiment de « sexisme inversé » explose chez les jeunes hommes de la Gen-Z, où il devient majoritaire à 59 %.
Résister au retour en arrière
Face à ces résultats, l’ancienne Première ministre australienne Julia Gillard, aujourd’hui présidente du Global Institute for Women’s Leadership, appelle à la résistance : “Nous devons continuer à faire plus pour dissiper l’idée que les femmes sont les seules bénéficiaires d’un monde égalitaire. Nous devons nous assurer que tout le monde est embarqué dans ce voyage.”
Des chiffres qui nous rappellent une nouvelle fois que les droits des femmes ne sont jamais acquis. Ils exigent une vigilance constante, dans les textes de loi, mais aussi et surtout dans l’éducation des garçons. La question reste posée : comment construire un futur commun si la modernité n’est plus désirable pour une partie de ceux qui sont censés l’incarner ?