Les rencontres en ligne, c’est un peu la loterie. Pas étonnant que de nombreuses femmes se lassent, fatiguées, et finissent par abandonner les applications. Mais pourquoi en sommes-nous arrivées là ? Et comment y remédier ? 

Récemment, une vidéo TikTok a bouleversé les réseaux : une femme, en larmes, racontait son ras-le-bol des rencontres en ligne. Ce n’était pas le premier rendez-vous raté, mais une série d’expériences décevantes : des hommes qui ne ressemblaient en rien à leur photo de profil, qui cherchaient juste une aventure sans lendemain, ou qui disparaissaient après une rencontre qu’elle pensait pourtant sympa. Cette femme, épuisée, n’est pas un cas isolé.

Les chiffres montrent que de plus en plus d’utilisatrices désertent les applications de rencontre. Le « Financial Times » évoque même un burn-out relationnel chez les jeunes femmes, épuisées par le défilement incessant, les matchs qui ne mènent à rien, les conversations sans suite. Cela vous semble exagéré ? Imaginez plutôt une série d’entretiens d’embauche qui se soldent toujours par un échec : l’entreprise semble prometteuse, mais se révèle décevante, les recruteurs sont malpolis, vous êtes intéressée mais eux non, et plus de nouvelles après. De quoi donner envie de tout arrêter. Donc oui, on comprend que de nombreuses femmes préfèrent investir leur temps et leur énergie ailleurs, plutôt que de continuer à se confronter à une nouvelle rencontre décevante. Les applications de rencontre, comme Bumble, ont bien compris la tendance et la chute de leurs actions, et ont tenté de récupérer les femmes avec une publicité du type « Tu sais bien qu’un vœu de célibat n’est pas la solution ». Mauvaise idée. Non seulement il est rarement judicieux de dire aux femmes ce qu’elles doivent faire de leur corps, mais c’est justement ce que beaucoup d’entre elles voient comme une réponse : choisir de rester seules.

De plus en plus de femmes témoignent des bienfaits qu’elles retirent du célibat : une paix retrouvée, plus de joie et, surtout, une vraie forme d’amour-propre. Comme l’a écrit la féministe Lainey Molnar sur Instagram : « Les femmes méritent du respect pour leur choix de ne pas participer à une culture des rencontres qui profite uniquement au patriarcat et aux actionnaires. » Et soyons clairs : les femmes ne sont pas toujours des modèles de gentillesse sur les applis, mais les hommes, eux, se plaignent probablement moins. Certaines applications comme Feeld et Grindr semblent avoir trouvé la clé de leur succès : tout est clair pour leurs utilisateurs·rices, il s’agit avant tout de sexe. Mais pour les femmes en quête de quelque chose de plus profond, on peut légitimement se demander si le dating moderne est vraiment fait pour elles.

L’illusion de l’amour à portée de clic

La frustration des femmes pour le monde du dating n’est pas nouvelle, évidemment. Celles et ceux qui ont été bercé·e·s par « Sex and The City » le savent bien. D’ailleurs, Charlotte résumait parfaitement ce sentiment avec son fameux : « Je suis épuisée ! Où est-il ?! » Moins d’une décennie plus tard, les applications de rencontre promettaient de résoudre ce problème en offrant des matchs potentiels directement à portée de main. Et on ne parle même pas des algorithmes qui, eux, ont un seul but : nous garder célibataires le plus longtemps possible, histoire de faire tourner la machine à cash. D’après des études de Statista et Generation Lab, la génération Z trouve les applis trop commerciales et trop chères, et, du coup… elle préfère passer son tour.

Mais pourquoi le dating est-il devenu aussi frustrant ? Le Dr Ali Fenwick, avec ses 1,6 million de followers sous le pseudo @modern.day.psychologist, répond à toutes les questions qu’on se pose sur les problèmes d’aujourd’hui, y compris ceux liés aux rencontres. Dans son livre « Red Flags, Green Flags », ce spécialiste du comportement humain va plus loin et analyse ce qui est sain ou non dans nos relations modernes.

Pour lui, les applications de rencontre ont un vrai impact. « Avant, il fallait se donner un peu de mal pour rencontrer quelqu’un. On s’habillait bien, on sortait, on montrait le meilleur de soi. Aujourd’hui, on est confortablement installés chez soi, et en quelques minutes, on peut trouver quelqu’un pour sortir. Du coup, on ne valorise plus vraiment les rencontres, parce qu’on accorde plus de valeur à ce qui nous demande un effort. » Il poursuit en soulignant un autre problème : « Les applis nous amènent à voir les autres comme des options infinies, ce qui fait qu’on perd en respect et qu’on laisse la qualité des rencontres se dégrader. Dès que quelque chose nous déplaît chez l’autre, ou qu’on pense qu’un meilleur match se profile, on passe à autre chose. Ce phénomène ne touche pas que les premières rencontres, mais aussi les relations longues : pourquoi faire des efforts quand on peut facilement trouver mieux ? » Et puis, l’anonymat derrière l’écran crée une distance, un détachement qui nous poussent à être moins respectueux envers l’autre, comme si l’absence de proximité nous permettait de faire preuve de moins de courtoisie.

La culture du plan cul

Ce n’est pas seulement les applications de rencontre qui nous poussent à être plus détachés, mais aussi la rapidité de notre époque technologique. Comme l’explique Ali Fenwick : « Les études montrent que les gens ont de moins en moins besoin de liens profonds. Grâce à la technologie et aux réseaux sociaux, on peut se connecter avec plusieurs personnes sans avoir à s’investir émotionnellement. Notre cerveau est programmé pour choisir la voie la plus facile, et les petites doses de dopamine qu’on obtient en utilisant ces applis renforcent cette tendance. » Mais cette évolution a un côté inquiétant, car nous sommes des êtres sociaux par nature, et ces liens profonds sont essentiels à notre bien-être mental et physique, de notre fonctionnement cognitif à notre système immunitaire.

Une étude de Harvard l’a confirmé : les relations solides sont la clé pour vivre plus longtemps. Or, cette vision du dating moderne, centrée sur des rencontres rapides et superficielles, rend de plus en plus difficile l’établissement de relations durables. Autres effets des connexions superficielles : le manque de loyauté, de patience et de respect. « On devient de plus en plus individualistes et on perd nos repères sociaux. Du coup, des comportements comme le ghosting se multiplient : si quelqu’un ne nous plaît plus ou si on n’aime pas ce qu’il dit, on le bloque. Cela montre un manque total de respect, car au lieu de disparaître, on pourrait simplement être honnête et dire que ça n’ira pas plus loin. Et quand on se fait ghoster plusieurs fois, on finit par se demander : pourquoi faire l’effort de rencontrer de nouvelles personnes ? »

© Lola Vogels – Illustrations

Ali Fenwick remarque aussi un autre phénomène : les hommes et les femmes n’ont plus le même rapport aux rencontres. Selon les recherches du Dr Buss, psychologue évolutionniste à l’Université du Texas, les hommes ont une «stratégie à court terme », tandis que les femmes cherchent plutôt des relations à long terme. Les applis de rencontre privilégient clairement la première option, ce qui fait que je les vois davantage comme des plateformes pour des rencontres rapides. La question qui se pose alors est : ne cherchons-nous pas l’amour au mauvais endroit ? La plupart des hommes savent que beaucoup de femmes cherchent une relation sérieuse, et certains en profitent. La technologie facilite les choses, car les applis de rencontre n’ont pas de filtre pour vérifier les intentions. Bien sûr, certains hommes cherchent encore des relations durables sur ces applis, mais il est difficile d’en être vraiment sûre.

Ali Fenwick explique que vouloir rester célibataire à vie n’est pas la solution non plus. « Choisir de vivre seul, de prendre du temps pour soi après une rupture ou pour se reconstruire, c’est positif. Si vous savez que vous n’avez pas l’énergie pour une relation, mieux vaut privilégier les rencontres occasionnelles. Mais si vous avez peur de rencontrer de nouvelles personnes ou si vous ne savez pas gérer les conflits, c’est un signal d’alarme. Rester seul trop longtemps peut nuire à votre santé, donc ce n’est pas la solution non plus. » Pourtant, c’est précisément ce que de nombreuses femmes, notamment sur les réseaux sociaux, remettent en question. Elles entretiennent des amitiés profondes, des liens solides avec leur famille, et trouvent ces relations bien plus enrichissantes que la recherche de l’amour idéal.

Qui persévère trouve

Il y a aussi beaucoup de femmes qui continuent à persévérer dans leurs recherches amoureuses, malgré l’épuisement qui les guette. Pour elles, Ali Fenwick a quelques conseils. « Tout va tellement vite aujourd’hui. Le mot magique pour celles qui cherchent plus qu’une simple aventure, c’est “effort”. Il faut de nouveau faire des efforts pour l’autre, passer du temps ensemble pour vraiment apprendre à se connaître. C’est seulement à ce moment-là qu’une vraie connexion émotionnelle, mentale et spirituelle peut se créer. Si vous vous rendez compte que l’autre personne ne veut pas faire cet effort, mieux vaut la laisser partir. Mais si vous avez la chance de rencontrer celle qui est prête à faire cet effort, vous pourrez décider plus objectivement si vous voulez aller plus loin avec elle ou non. Si ce que vous voulez, c’est une relation monogame à long terme, cherchez-la activement. Soyez claire avec vous-même et avec les autres. » Et bien sûr, vous pouvez toujours espérer faire partie de ces couples qui, après une nuit d’un soir, se retrouvent à construire une vraie histoire.

Selon Ali Fenwick, une relation a plus de chances de réussir si on arrête de fuir à chaque difficulté émotionnelle ou situation compliquée. « Les défis font partie du processus. Il faut être prêt à les affronter ensemble. Ne vous laissez pas décourager par le premier “red flag”. Tout le monde en a. L’important, c’est de voir la personne dans son ensemble et de peser les pour et les contre. Ensuite, vous pourrez choisir de vous éloigner après avoir donné une vraie chance à la discussion, ou décider si vous voulez continuer à investir dans cette relation. Peut-être que vous découvrirez que le “red flag”, c’est vous. Par exemple, vous pouvez être susceptible de fuir trop rapidement à cause d’une peur de l’abandon. Si vous vous faites constamment bloquer, demandez-vous si votre comportement joue un rôle là-dedans. Ce qui peut aider, c’est de tenir un journal pour mieux comprendre vos réactions, pratiquer la pleine conscience pour rester en contact avec vous-même, et demander à vos amis leur avis honnête. Si vous sentez le besoin d’un soutien pour mieux comprendre certains comportements, un coach ou un psychologue peut aussi être un bon recours. »

Pour la faire courte : soyez authentique, restez fidèle à vous-même, gardez en tête vos objectifs et vos valeurs, exprimez clairement ce que vous voulez, et n’ayez pas peur de partir si ça ne fonctionne pas. Et surtout, gardez espoir, car les histoires de mariages via Tinder ou de bébés nés grâce à Bumble ne sont pas que des légendes urbaines.