Pression artérielle, statut en micronutriments, balance hormonale ou santé des mitochondries : et si la véritable fontaine de jouvence se cachait dans une simple prise de sang ? Exit la médecine qui attend le « crash » pour réparer la casse. Le Dr Alexandre Nève de Mévergnies, médecin du sport spécialisé en médecine préventive et de longévité, nous explique comment transformer notre biologie en capital modulable.

Qu’est-ce qu’un biomarqueur (et pourquoi votre médecin traitant n’en a jamais entendu parler) ?

Oubliez la voyance ou la boule de cristal. En médecine de précision, un biomarqueur est une donnée chiffrable et mesurable : une tension artérielle, un pourcentage de masse musculaire, un taux d’homocystéine ou le niveau d’insuline à jeun. Sa mission ? Évaluer la santé de vos cellules en temps réel, bien avant l’apparition du moindre symptôme.

Et c’est là tout le changement de paradigme. « La médecine classique intervient quand la maison brûle. Si la bactérie est là, on donne un antibiotique ; s’il y a une inflammation, un anti-inflammatoire. On a beaucoup d’‘anti-anti’ », raille le Dr Alexandre Nève de Mévergnies. « En médecine fonctionnelle, on prévient le terrain. Une pneumonie ou un Covid, c’est l’incendie. Mais si sur 30 personnes dans un car, seules 5 chopent le virus, c’est que leur terrain était prêt : manque de sommeil, carences, terrain génétique… Nous, on éteint l’incendie en travaillant sur le pourquoi de l’étincelle. »

Problème : si vous débarquez chez votre médecin généraliste sans plainte particulière pour exiger un bilan complet, vous risquez de vous heurter à un mur. « On nous apprend des seuils de pathologie : soit la personne est officiellement ‘malade’ et on traite, soit elle rentre dans les normes et on la renvoie chez elle. La plupart des médecins ne sont pas formés à ces marqueurs de longévité. »

La génétique donne les cartes, l’épigénétique joue la partie

Non, votre corps n’est pas une fatalité génétique inscrite dans le marbre. Si vous ne choisissez pas votre ADN à la naissance, vous avez en revanche un contrôle total sur son expression : c’est l’épigénétique.

« Je prends toujours l’analogie d’une voiture, » explique le Dr Alexandre Nève de Mévergnies. « Qu’on vous ait donné une Alfa Romeo ou une BMW, vous ne choisissez pas votre génétique. En revanche, vous choisissez quelle essence vous mettez dedans, la qualité de l’huile, votre façon de conduire, et le garagiste qui entretient le véhicule. Quelqu’un qui hérite d’une BMW mais qui conduit n’importe comment ira moins loin qu’un conducteur soigneux en Alfa Romeo. »

Parmi les biomarqueurs clés à surveiller pour ajuster son hygiène de vie, l’homocystéine figure en tête de liste. Ce déchet sanguin est un indicateur précieux du cycle de méthylation. S’il s’accumule, le risque de dépression, d’AVC ou de baisse de production de collagène explose. « C’est aussi un frein majeur à la fertilité, » note le médecin. « On prescrit systématiquement du Folavit (vitamine B9) aux femmes qui veulent tomber enceinte, mais sous une forme inactive. Or, 10 à 15 % des femmes ont une mutation génétique qui les empêche de l’activer. Résultat : elles n’arrivent pas à tomber enceintes à cause de ça. »

La “to-do list” des biomarqueurs à passer au crible

Si vous souhaitez investir dans un bilan préventif sanguin — qui peut vite chiffrer en laboratoire si l’on vise la totale —, voici les marqueurs essentiels à traquer :

  • Bilan métabolique & glucidique : Glycémie à jeun, insuline à jeun et test HOMA (pour évaluer la sensibilité à l’insuline).
  • Statut en fer & vitamines : Ferritine, transferrine, saturation du fer, vitamines B9, B12 et B12 active.
  • Inflammation de bas grade : La CRP-US (Protéine C-Réactive Ultra-Sensible), le grand indicateur des « petits incendies » chroniques qui usent l’organisme.
  • Bilan lipidique de précision : ApoA, ApoB et Lipoprotéine (a).

Quand les mitochondries s’enrayent : le piège des médicaments du quotidien

Derrière la fatigue chronique ou la prise de poids inexpliquée, l’expert pointe très souvent du doigt un organe microscopique : la mitochondrie. Véritables centrales électriques de nos cellules, ce sont elles qui fabriquent notre énergie et nos hormones (œstrogènes, testostérone, DHEA).

Mais attention aux poisons mitochondriaux invisibles, parfois prescrits par brassées. « En Belgique, l’un des médicaments les plus prescrits en prévention primaire dans 82 % des cas, ce sont les statines, » alerte le médecin. « Or, les statines viennent perturber la mitochondrie. Quand la centrale électrique fonctionne mal, son carburant principal — le glucose — s’accumule dans le sang. Résultat : l’un des effets secondaires fréquents des statines est l’élévation de la glycémie, voire le diabète. » D’autres molécules courantes, comme la métformine ou certains anti-épileptiques, entraînent également des fuites de magnésium ou de B12, bloquant au passage le métabolisme.

Périménopause, DOLA et panique hormonale

Fatigue, baisse de libido, ostéoporose, prise de gras et perte musculaire… Dès 35 ans, le syndrome prémenstruel peut s’intensifier sous l’effet de la chute de progestérone. Plus tard, vers 50 ans, survient le grand arrêt : le DOLA (Déficit Œstrogénique Lié à l’Âge). La FSH, dont l’envolée indique que le cerveau réclame désespérément des hormones. La Prégnénolone, la « mère » de toutes les hormones stéroïdiennes fabriquée à partir du cholestérol. La Testostérone, essentielle chez la femme pour la masse musculaire, la vigueur et l’estime de soi.

« Le déficit en œstrogènes est cataclysmique pour la femme. Mais depuis une étude américaine biaisée de 2002, tout le monde a pris peur du cancer du sein. Aux États-Unis, ils utilisaient des œstrogènes synthétiques issus d’urine de jument ! En Europe, on utilise des hormones bio-identiques. La balance bénéfice-risque d’un traitement substitutif bien dosé en gel est tellement énorme pour la santé cardiaque et la densité osseuse que même les instances américaines ont fait marche arrière. »

Compléments alimentaires : 85 % de « bullshit » ?

Face au déferlement de gélules miracles sur les réseaux sociaux, le couperet du spécialiste tombe sans détour. « 80 à 85 % des compléments vendus sur le marché sont du bullshit », tranche le Dr Nève de Mévergnies. « Soit les doses sont ridiculement faibles, soit ce ne sont pas les formes actives, soit les gélules sont blindées d’additifs et d’édulcorants qui bousillent le microbiote. Vouloir tout mettre dans une seule multivitamine, c’est l’assurance qu’il n’y ait rien d’efficace dedans. »

L’excès peut être tout aussi toxique : un surdosage de sélénium fait perdre les cheveux, trop de zinc ou de cuivre devient pro-oxydant. Ses rares exceptions « zéro risque » sans faire de prise de sang préalable ?

  • La Vitamine D
  • Le Magnésium
  • Les Oméga-3 (sauf si vous mangez déjà 3 à 4 boîtes de maquereaux par semaine).

3 réflexes validés par la science pour booster sa longévité dès demain

Au-delà de la Sainte-Trinité « bien dormir, bien manger, bouger », voici ce que la médecine de précision nous conseille d’appliquer immédiatement :

La chasse aux toxiques du quotidien : Les PFAS, les phtalates, les bisphénols et les vernis perturbent l’axe intestin-cerveau. Adoptez une eau filtrée, bannissez les Tupperware en plastique et aérez : l’air intérieur est plus pollué que l’air extérieur.

Rompre avec la sédentarité (même si vous faites du sport) : Faire une heure de gym le matin ne compense pas huit heures d’affilée assis sur une chaise. « Le muscle est un organe endocrinien. Toutes les heures, il faut se lever, marcher, faire 10 squats ou pompes pour sécréter de la BDNF et de l’irisine, les hormones du cerveau et du métabolisme », insiste le médecin.

Miser sur le lien social et le stress positif : L’étude légendaire d’Harvard menée sur 80 ans le prouve : le premier facteur de longévité est la qualité des relations humaines. Ajoutez-y de la nouveauté pour « stresse » votre cerveau : apprenez une langue, changez de discipline sportive ou voyagez. « C’est la retraite et les automatismes qui tuent », conclut le Dr Nève de Mévergnies. « Pour rester jeune, il faut surprendre son corps et sa tête tous les jours. »