La prise d’Ozempic, de Wegovy ou de Mounjaro n’est pas sans effets secondaires. Nausées, modifications de l’odorat et de la vision, sans oublier le visage émacié associé à l’« Ozempic face » : les inquiétudes des utilisateurs et utilisatrices sont multiples. Mais ces dernières semaines, ce type de traitement est aussi de plus en plus souvent associé à la chute de cheveux. Que disent exactement les nouvelles études ?
Une queue-de-cheval qui s’affine à vue d’œil, beaucoup plus de cheveux que d’habitude dans la bonde de la douche… Depuis quelque temps déjà, des utilisateurs de médicaments GLP-1 témoignent en ligne de pertes de cheveux. La recherche scientifique commence désormais à se pencher elle aussi sur ces signalements.
En juillet dernier, une vaste étude publiée dans The BMJ s’est intéressée à la chute de cheveux chez des personnes atteintes de diabète de type 2 prenant des médicaments GLP-1. Les chercheurs ont constaté que l’alopécie était plus souvent enregistrée dans ce groupe que chez des patients traités avec deux autres types de médicaments contre le diabète. Il s’agissait principalement d’une chute de cheveux non cicatricielle, c’est-à-dire sans destruction permanente du follicule pileux.
Il existe donc bien une association, mais aucune preuve à ce stade que le médicament lui-même en soit directement responsable. Les chercheurs n’ont notamment pas pu déterminer la gravité de la chute de cheveux, sa durée ni la proportion de personnes chez qui la chevelure a finalement repoussé complètement.
Quelle est la cause exacte de cette chute de cheveux ?
Est-ce dû au médicament ou à la perte de poids ? C’est actuellement toute la question. L’une des explications les plus plausibles tient à la perte de poids elle-même. Perdre beaucoup de kilos en relativement peu de temps peut provoquer un effluvium télogène, c’est-à-dire une modification du cycle de croissance du cheveu.
« Lorsque le corps perd rapidement du poids ou que l’apport calorique diminue fortement, il redirige son énergie vers le fonctionnement des organes essentiels plutôt que vers la croissance des cheveux. Ce stress peut pousser davantage de follicules pileux qu’en temps normal à entrer prématurément dans leur phase de repos », confirme la dermatologue Annette Czernik à ELLE.com.
Les médicaments GLP-1 peuvent par ailleurs réduire fortement l’appétit. La quantité de nourriture consommée peut donc elle aussi diminuer. En revanche, on ne sait pas encore avec suffisamment de certitude si d’éventuelles carences nutritionnelles jouent un rôle important dans la chute de cheveux associée aux GLP-1.
En résumé : une perte de poids rapide constitue une explication crédible, mais les chercheurs ne peuvent pas encore exclure l’intervention d’autres facteurs. Une récente revue de la littérature scientifique arrive à la même conclusion : les indices suggérant un lien entre les médicaments GLP-1 et la chute de cheveux se multiplient, mais rien ne prouve encore que les traitements en soient directement la cause.
Des différences semblent également exister selon les molécules. Des recherches récentes ont associé aussi bien le sémaglutide, principe actif notamment utilisé dans Wegovy et Ozempic, que le tirzépatide, présent dans Mounjaro et Zepbound, à de nouveaux cas de chute de cheveux.
La perte de cheveux n’est d’ailleurs pas un effet totalement inédit. Elle figure par exemple déjà parmi les effets indésirables possibles de Wegovy.
Cela ne signifie évidemment pas que toutes les personnes prenant ces traitements vont perdre leurs cheveux. Dans la récente étude du BMJ, le nombre absolu de cas restait relativement faible. L’intérêt de ces travaux tient surtout au fait qu’ils confirment que ces signalements sont suffisamment sérieux pour mériter des recherches plus approfondies.
Les cheveux repoussent-ils ensuite ?
Lorsque la chute de cheveux est due à un effluvium télogène, la chevelure peut se rétablir une fois que le facteur déclencheur disparaît et que l’organisme retrouve une phase plus stable.
« Une fois le poids stabilisé ou le traitement interrompu, il existe de bonnes chances que les cheveux repoussent », explique le dermatologue Danny Guo à ELLE.com.
Mais la chute de cheveux peut avoir de nombreuses causes. Commencer un traitement GLP-1 puis constater une perte de cheveux ne signifie donc pas automatiquement que le médicament en est responsable.
Que faire si vous commencez à perdre davantage vos cheveux ?
Commander une armada de compléments alimentaires n’est probablement pas la meilleure réponse. En cas de chute de cheveux importante ou persistante, mieux vaut en parler au médecin qui a prescrit le traitement et ne pas modifier soi-même la dose. Un médecin généraliste ou un dermatologue pourra ensuite déterminer de quel type de chute de cheveux il s’agit et rechercher d’autres causes éventuelles.
On dispose aujourd’hui d’arguments assez solides pour affirmer qu’il existe une association entre les médicaments GLP-1 et la chute de cheveux. En revanche, on ignore encore pourquoi certaines personnes sont touchées et d’autres non, ou quelle part du phénomène est liée au médicament lui-même et quelle part résulte de la perte de poids qui l’accompagne.