Après quatorze ans à la direction artistique de Balmain, Olivier Rousteing quitte la maison. L’annonce, faite mercredi, conclut l’un des mandats les plus visibles et les plus commentés de la mode contemporaine.

” Je suis profondément fier de tout ce que nous avons accompli et reconnaissant envers mon équipe, ma famille choisie, dans un lieu qui a été le mien pendant quatorze ans”, déclare Rousteing. “Merci à Rachid Mohamed Rachid et Matteo Sgarbossa pour leur confiance. Je me tourne maintenant vers la suite, mais je garderai toujours cette période en mémoire.”

De son côté, le PDG Matteo Sgarbossa salue “la contribution essentielle” du créateur, estimant que sa vision continuera de marquer l’identité de la maison.

L’armée Balmain de Rousteing

Lorsqu’il prend la direction de Balmain en avril 2011, à 25 ans, Rousteing devient le plus jeune directeur créatif non fondateur d’une grande maison parisienne depuis Yves Saint Laurent chez Dior en 1957. Il est aussi le premier directeur créatif noir à la tête d’un patrimoine français, plusieurs années avant Virgil Abloh chez Louis Vuitton.

Ancien assistant de Christophe Decarnin, il s’impose rapidement comme une figure-clé de l’industrie. Sous son impulsion, Balmain quitte son statut de maison parisienne confidentielle pour devenir une marque au rayonnement global, portée par une culture de la visibilité et des collaborations stratégiques.

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Rousteing a façonné ce qu’il appelait la Balmain Army, une communauté construite sur la diversité et le lien direct avec le public. Rihanna, Kim Kardashian ou encore Gigi Hadid faisaient partie de son cercle proche et incarnaient une nouvelle génération de muses, pleinement consciente de la puissance médiatique de l’image.

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Balmain en tant que phénomène culturel

L’influence de Rousteing dépassait largement les défilés. Les collaborations avec des figures pop et les shows ouverts au public ont fait de Balmain l’une des premières maisons à jouer la carte d’un luxe plus visible et plus accessible. La capsule avec H&M en 2015, écoulée en quelques heures, reste l’un des moments clés de cette stratégie.

Selon Vogue, le chiffre d’affaires de Balmain est passé d’environ 30 millions d’euros en 2012 à près de 300 millions en 2024, soit une croissance exceptionnelle en une décennie. Sous la direction de Rousteing, la maison s’est développée vers la haute couture, la beauté (en partenariat avec Estée Lauder) et les accessoires, affirmant une position singulière à la croisée de la mode, de la pop culture et des réseaux sociaux.

Rousteing a fêté ses quarante ans en septembre dernier et a présenté son dernier défilé pour Balmain le 1er octobre 2025 à l’Hôtel Intercontinental à Paris, le même lieu que son tout premier show en 2011.

“Tout le monde parle de nouveaux temps”, déclarait-il alors. “Mais on peut aussi se réinventer au sein de la même maison.” Cette fois, c’est Balmain qui se réinvente sans lui.

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“Le leadership d’Olivier a repoussé les frontières et inspiré une génération grâce à son authenticité et à son engagement pour une mode plus inclusive”, souligne Rachid Mohamed Rachid, président de Balmain et PDG du groupe Mayhoola, propriétaire de la maison depuis 2016.

Aucun successeur n’a encore été annoncé. Olivier Rousteing quitte une maison désormais solidement associée à une idée de luxe assumé et à la conviction que la mode doit rester en dialogue avec son époque.