La maison italienne Jacob Cohën a inauguré sa boutique rénovée en plein cœur d’Anvers. L’occasion de rencontrer Jennifer Tommasi Bardelle, qui perpétue depuis dix ans l’héritage visionnaire de son mari décédé, Nicola Bardelle. Sa vision reste inchangée : considérer le jean comme une pièce intemporelle et durable, incarnation d’un luxe responsable, intégralement fabriqué en Italie.
Le denim élevé au rang de luxe
Fondée en 1985 par la famille Bardelle, Jacob Cohën est née d’une ambition claire : transformer le jean en un produit de luxe. La marque s’est imposée comme une référence internationale grâce à l’utilisation de matières d’exception, à commencer par le prestigieux denim japonais Kurabo, et à un savoir-faire directement inspiré de la haute couture. Coupes impeccables, finitions réalisées à la main et détails exclusifs — boutons précieux, broderies, étiquettes en poil de poney — chaque pièce est pensée comme un objet à part entière.
Héritage familial
Jacob Cohën est avant tout une histoire de famille. Comment la vision initiale de Nicola influence-t-elle encore aujourd’hui ton approche créative ?
« Nic créait les vêtements qu’il avait envie de porter. Aujourd’hui, je crée ceux que j’ai envie de porter moi-même. Nous ne suivons pas les tendances, et pourtant Jacob Cohën a toujours été innovant. Nic a été le premier à introduire le slim fit. Jeune homme aisé, il cherchait un pantalon qu’il puisse porter de manière décontractée le soir, tout en l’associant à une veste. »
« Il y a déjà quatre saisons, nous avons introduit le barrel fit. À l’époque, nous n’étions pas encore très identifiés auprès des femmes, et le modèle n’a pas trouvé son public. J’espère que cela va changer aujourd’hui. »
Pendant longtemps, tu t’occupais uniquement de la communication et du marketing. Pourquoi avoir pris les rênes créatives seulement dix ans après la disparition de Nicola ?
« J’étais frustrée de constater que personne, au sein de l’équipe, ne parvenait réellement à traduire l’ADN de Jacob Cohën. J’ai alors décidé, avec mon mari actuel et CEO de la maison, de reconstruire la marque ensemble. Depuis la collection printemps-été 2026, je suis impliquée à toutes les étapes de la création. Cela explique aussi le relooking des boutiques, dont celle d’Anvers : nous voulons clairement ouvrir un nouveau chapitre. Parfois, je me dis que nous avons perdu dix ans, mais je préfère penser que cette distance était nécessaire pour faire le deuil de Nic et écrire, avec une énergie renouvelée, la suite de notre histoire. »
Comment Nicola et toi vous êtes-vous rencontrés ?
« Nic venait tout juste de lancer son entreprise et passait un week-end à Forte dei Marmi — le Knokke italien — avec des amis. J’y étais moi aussi, déjà passionnée de mode, même si j’avais le sentiment de m’habiller de manière assez confidentielle, loin des codes dominants. “Tu portes du denim en papier”, m’a-t-il lancé. À l’époque, c’était encore un tissu émergent. On peut donc dire que nous sommes tombés amoureux autour d’une passion commune pour les détails et le luxe, une sensibilité qui se reflète encore aujourd’hui chez Jacob Cohën. Chez nous, un jean n’est jamais un simple jean, mais plutôt une sorte de coffret de curiosités : des boutons en argent, un bandana glissé dans la poche arrière, des surpiqûres, un parfum, et même un petit sac pour conserver les instructions de lavage. »
Jacob Cohën 3.0
Que réserve l’automne-hiver 2026 à Jacob Cohën ?
« La prochaine collection automne-hiver met à l’honneur la peau lainée et un cachemire d’une grande qualité. Pour moi, c’est l’expression d’un confort assumé, jamais envahissant. Sensuel, sans ostentation. »
« Après la mort de Nic, je me sentais mal à l’aise face à la montée en puissance de la logomania, une tendance qui avait aussi touché notre maison. L’année même de son décès, nous avons ouvert notre première boutique à Saint-Tropez. Là-bas, je croisais sans cesse des Belges : élégants, discrets, mais très sensibles à la valeur d’un produit. Tous nos vêtements sont entièrement fabriqués en Italie, à moins de 100 kilomètres de Milan. Cette exigence se voit, se sent. C’est aussi pour cette raison que nous avons choisi de redynamiser notre boutique à Anvers. J’aime profondément votre mentalité, à la fois pragmatique et sincère. »
Quel est le message principal que tu aimerais transmettre à une lectrice qui découvre Jacob Cohën pour la première fois ?
« Nic cousait toujours un petit poème à l’intérieur de nos jeans : “Go to bed with a dream, wake up with a purpose.” C’est une phrase qui m’a guidée, et que j’aimerais transmettre à toutes celles qui découvrent notre univers. »
