Après avoir remporté le Zalando Visionary Award 2026, INSTITUTION fait ses débuts à la Fashion Week de Copenhague avec YAD, une collection dans laquelle le créateur Galib Gassanoff explore le déracinement et l’héritage culturel à travers des silhouettes monumentales. Avec le soutien de Zalando, le label consolide un parcours international déjà marqué par Milan Fashion Week, une place en finale du Prix LVMH 2026 et des séries mode dans ELLE Italia, entre autres.

Au Statens Museum for Kunst, le traditionnel podium blanc cède la place à une sélection de tapis venus du Caucase, d’Anatolie, du nord de l’Iran et d’Asie centrale. Les mannequins les foulent en chaussettes, dans des silhouettes sculpturales qui paraissent parfois massives, mais se révèlent d’une légèreté technique surprenante.

James Cochrane

Entre mémoire et non-appartenance

En azéri, la langue maternelle du créateur, YAD signifie « étranger » ou « étrange » et évoque le sentiment de ne pas appartenir à un lieu. Dans son usage comme mot d’emprunt, il renvoie également à la mémoire et au fait de se souvenir.

Cette double signification traverse tout le défilé. D’un côté, Galib Gassanoff remet en circulation des savoir-faire artisanaux. De l’autre, la collection traduit ce sentiment inconfortable de ne pas appartenir pleinement à l’endroit où l’on se trouve.

Galib Gassanoff – James Cochrane

Gassanoff a grandi en Géorgie et est d’origine azerbaïdjanaise. Les tapis ont naturellement accompagné son enfance. Pour le défilé, il a notamment sélectionné des tapis noués selon le nœud turc, dit nœud de Ghiordès, ainsi que des kilims. Ensemble, ils évoquent la mémoire culturelle de populations établies de la Sibérie et de l’Asie occidentale jusqu’à l’Europe de l’Est.

« Grandir en Géorgie m’a donné une compréhension de l’artisanat qui dépasse la seule technique, raconte-t-il. J’y ai appris que le fait de fabriquer est lié à la mémoire, à la résilience et à l’identité. Je n’aborde pas l’héritage culturel à travers des références littérales ou folkloriques. J’essaie plutôt d’en traduire les valeurs — la précision, le respect des matières et la générosité du geste — dans des formes contemporaines qui puissent résonner aujourd’hui. »

Des volumes monumentaux d’une légèreté inattendue

Cette approche prend corps dans des silhouettes amplifiées jusqu’à donner au corps des proportions architecturales. Gassanoff veille pourtant à ce que cette monumentalité ne bascule jamais dans la lourdeur. Quelques minutes après le défilé, il revient auprès d’ELLE sur ce paradoxe technique.

« Je voulais travailler de grands volumes qui enveloppent presque le corps. Le défi consistait à préserver toute la légèreté de ces formes monumentales », explique-t-il après le show.

 

James Cochrane

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Les matières jouent elles aussi sur les contrastes. La soie, le cachemire et le mohair côtoient l’acier inoxydable. Des pièces de tetri géorgiennes, une monnaie en circulation depuis 1995, sont appliquées sur la soie pour dessiner une peau métallique autour du corps. L’effet évoque les cottes de mailles du Moyen Âge, tout en restant résolument contemporain.

James Cochrane

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La majorité de la collection est réalisée à partir de fibres naturelles et de matières issues des stocks dormants de fabricants italiens haut de gamme. La laine est collectée puis filée par des communautés en Géorgie. Sa disponibilité limitée détermine ainsi le nombre de pièces pouvant être produites.

James Cochrane

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Les pièces tricotées racontent aussi une histoire concrète. Certaines longues pièces ont été tricotées à la main par des artisans azerbaïdjanais de Kvemo Kartli, en Géorgie, à partir de la laine de leurs propres troupeaux. Trois pièces sculpturales en maille de coton ont été réalisées au sein de cette même communauté.

James Cochrane

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La mode comme trait d’union

Chez INSTITUTION, le vêtement ouvre sur un projet plus large. Gassanoff a fondé le label en 2024 comme une plateforme dédiée à la recherche culturelle et à l’expérimentation artistique. Le caractère presque solennel de son nom n’a donc rien d’un hasard.

« Je ne considère pas INSTITUTION uniquement comme une marque de mode, explique Gassanoff. C’est une plateforme où le vêtement devient un moyen de préserver les savoirs, de raconter des histoires et d’ouvrir un dialogue entre les générations. L’artisanat n’est ni nostalgique ni figé. C’est un langage vivant, capable d’évoluer aux côtés de la création contemporaine. »

À une époque où l’étiquette « artisanal » se colle à presque tout, Gassanoff s’attache à lui rendre une réalité tangible. Il collabore avec des artisans, documente leurs techniques et laisse leurs connaissances façonner directement les collections. Pour lui, une création n’est aboutie que lorsqu’elle produit de la valeur pour la personne qui la porte, mais aussi pour les communautés impliquées dans sa fabrication.

James Cochrane

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« Dès le départ, je ne voulais pas simplement construire une marque de mode, poursuit-il. La mode est un médium puissant parce qu’elle relie les gens, mais l’objectif plus vaste a toujours été de bâtir une institution qui contribue à préserver et à faire évoluer les savoir-faire pour les générations futures. »

institution

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Le Zalando Visionary Award

Le défilé de Copenhague intervient quelques mois après la victoire d’INSTITUTION au Zalando Visionary Award 2026. Ce prix distingue les labels émergents qui associent design, innovation et impact social. Pour Gassanoff, cette récompense valide surtout une manière de travailler qui privilégie la patience à la vitesse.

« Depuis le début, INSTITUTION cherche à construire quelque chose qui ait du sens, confie-t-il. Nous accordons autant de valeur à l’artisanat, aux savoirs culturels et aux liens humains qu’au vêtement fini. Cette reconnaissance nous donne la confiance nécessaire pour continuer à investir dans ces valeurs. »