Faut dire que Camille Yembe a vraiment tout pour elle : la voix, le style, le talent… Et ces six titres qui restent collés aux tympans dès que tu les entends. De parolière pour les autres à nouvelle ref (son rêve) de la pop urbaine, la Bruxelloise est partie pour en « vouloir encore ». On est d’accord : c’est que le début.
Alors c’est « la fête sous la parapluie » (référence aux lyrics d’« Encore », son deuxième single, NDLR) ?
Ben franchement j’ai l’impression que mes morceaux sont bien accueillis, en tout cas moi je suis hyperexcitée et j’ai envie de tout péter ! J’ai plein de trucs à dire et je suis plus que prête pour que ça se passe, là… Et ça peut paraître bête, mais j’en ai tellement rêvé de ce moment, je me suis tellement projetée, toute seule devant mon miroir à m’imaginer devant un public, que là je suis à fond ! Honnêtement je suis contente de moi parce que j’ai osé le faire, j’ai osé quitter mon taf, et là j’ose sortir mon projet et monter sur scène… Moi mes ambitions elles sont… Superstar ! Ouais !
Ça remonte à quand cette envie de devenir musicienne ?
Un premier moment-clé c’est vers 16-17 ans (il y a une dizaine d’années – elle préfère taire son âge, NDLR), quand je quitte le cocon familial et que j’envoie une vidéo de moi à Gandhi (daron du rap belge, avant Damso et tous les autres, NDLR)… J’avais envie de percer mais je savais pas quoi faire, et là le hasard des calendriers fait que je me retrouve à Kinshasa pour voir mon père et il se trouve que Gandhi y est aussi, en studio… Du coup, on se rencontre et depuis lors on s’est plus lâchés ! C’est lui qui m’a encouragée à écrire, comme si dans un sens j’attendais une autorisation, parce qu’avant de le rencontrer ça ne m’avait même pas traversé l’esprit ! C’est comme si jusque-là c’était inaccessible : comme si je n’avais ni l’espace mental ni le temps ni les moyens pour y arriver… Je souffrais du syndrome de l’imposteur, j’avais toutes sortes de complexes en fait.
Ton premier single, « Plastique », parle de ça (« Je suis qu’une môme qui rêve / Je suis pas de l’élite »). De cette « peau en plastique » qu’on endosse tou·te·s, parfois…
En fait ma première peau en plastique, c’était quand j’écrivais pour les autres (comme ghostwriter/topliner pour Tiakola, Stéfi Celma, Eva Queen, NDLR)… À la base je savais même pas que ça existait, et c’est Gandhi via Damso qui me propose d’être autrice pour Eva ! Bref, j’arrive au studio en mode c’est normal, et au final j’écris presque la totalité de son album… J’en ai pleuré d’émotion parce qu’enfin je me sentais à ma place : je me sentais vivante. C’est à ce moment-là que je me dis vraiment « Ok tu rêves pas, tu peux faire ce que tu veux », et en mars 2024 je quitte mon boulot et je me lance.
C’est important pour moi de montrer le terrain, de montrer cette incarnation, d’être photographiée dans un espace qui fait sens, qui est réel, tangible : pas un décor pour un décor.
La musique elle a toujours été en toi mais tu n’osais pas la faire sortir.
Oui, c’est viscéral, c’est mon refuge, c’est le truc qui me fait du bien… Mais c’est presque malgré moi, parce que je ne savais même pas que j’avais cette envie d’écrire. J’avais tout emmagasiné dans ma tête, en écoutant énormément de rap… Puis je découvre Aznavour, je me fais des podcasts de concours d’éloquence et je tombe sur du Raymond Devos : il y a quelque chose qui se crée autour du mot, de la langue française, ça vient assez naturellement.
Il y a dans ta musique ce mélange des genres : le hip-hop, la pop, et cette façon de poser les mots qui rappelle Stromae, Zaho de Sagazan…
Ouais, il y a de ça… La nouvelle pop, c’est moi ! (elle se marre, NDLR) J’ai pas fait de solfège ou le conservatoire mais j’ai vraiment écouté plein de trucs, de Thom Yorke à Doechii, donc il y a un truc de brassage qui est recraché dans ma musique, d’une certaine façon… Mais pour moi il y a aussi tout le reste, c’est un package. Prends Michael Jackson : c’était un artiste complet. Je pense que pour comprendre la totalité de ma personne tu dois me voir chanter et danser sur scène, tu dois me suivre sur Insta, tu dois regarder mes clips,… Moi je veux qu’on capte d’où je viens, ce que j’écoute, mais pas qu’on m’enferme dans une case : je veux pas être là où on m’attend forcément. J’aime pas les connotations, qu’elles soient physiques ou musicales : je veux être crossover.
C’est pour ça aussi que tu voulais que le photoshoot se fasse à Molenbeek ?
J’ai grandi là. C’est important pour moi de montrer le terrain, de montrer cette incarnation, d’être photographiée dans un espace qui fait sens, qui est réel, tangible : pas un décor pour un décor. Il y a une quête d’authenticité. Parce que je pense que plus t’es authentique, plus t’es sincère, plus tu te racontes, plus t’es universelle en fait.
Et en quoi Bruxelles est-elle une influence dans ton parcours d’artiste ?
Déjà c’est la ville où mon père arrive quand il quitte le Congo. Il arrive gare du Midi et il dort dans le métro pendant cinq jours parce qu’il n’avait juste pas de plan. Bref, je ne suis pas encore née mais il y a déjà une histoire qui se crée autour de Bruxelles… Et moi je crois en ça. Puis c’est là où je vis mes premières relations sociales. Où je découvre la musique : j’écoute Shay, Angèle, Gandhi, Stromae,… Où je fais ma première « scène » (dans la street, au micro emprunté, sous l’impulsion de ses potes, à un chanteur de rue, NDLR). Et puis c’est une ville qui crée de l’ouverture, parce que quand tu sors t’entends du français, du néerlandais, du lingala, de l’arabe : c’est plein d’histoires et de cultures, un peu comme ma musique… Mais là je vous préviens c’est juste une mise en bouche : mon run, il fait que commencer !
Camille Yembe sera en concert aux Solidarités à Namur le 23 août.


