Après “Les Amours d’Anaïs”, la réalisatrice française Charline Bourgeois-Tacquet revient avec un deuxième long-métrage porté par Léa Drucker et Mélanie Thierry. Voici pourquoi il mérite une place dans votre agenda de rentrée.

Premier film français projeté en compétition cette année, “La Vie d’une femme” a été chaleureusement accueilli sur la Croisette, où beaucoup le voyaient comme un sérieux prétendant au palmarès. La Palme d’or est finalement revenue à “Fjord” de Cristian Mungiu, et le prix d’interprétation féminine à Virginie Efira et Tao Okamoto pour “All of a Sudden” mais l’absence de trophée n’a en rien terni la réception critique du film, salué comme l’une des révélations les plus attachantes de cette 79ᵉ édition.

1. Un sujet qui résonne

À 55 ans, Gabrielle dirige un service hospitalier à bout de bras et veille sur une mère atteinte de démence. Brillante, indépendante, ultra sollicitée, la chirurgienne a consacré une grande partie de sa vie à son métier et aux autres, jusqu’au jour où elle voit son équilibre chamboulé par l’arrivée d’une romancière dans son quotidien jusque-là parfaitement huilé. Le film explore avec finesse ce que signifie exister pleinement une fois la cinquantaine passée, entre charge mentale professionnelle, désir toujours vivace et liens familiaux qui se redéfinissent. Un sujet universel, traité sans clichés ni angélisme par Charline Bourgeois-Tacquet, et mis en lumière par une performance tout en nuances et en subtilité grâce à Léa Drucker.

Film la vie d'une femme

©Lucas Charrier

2. Léa Drucker, magistrale à l’écran

Impossible de parler de ce film sans s’attarder sur son interprète principale. Fraîchement césarisée pour “Dossier 137”, Léa Drucker enchaîne les rôles marquants et confirme, avec Gabrielle, qu’elle traverse l’une des périodes les plus fortes de sa carrière. Chirurgienne exigeante, mère de substitution auprès de sa propre mère, amoureuse imprévisible… L’actrice compose un personnage à multiples facettes, vacillant entre autorité et vulnérabilité, avec une justesse et une sincérité qui n’appartiennent qu’à elle. Au fil du récit, l’armure de Gabrielle se fissure et laisse apparaître une femme traversée par le doute, le désir et la nécessité de se choisir enfin. On ressort de la salle convaincus qu’elle porte le film sur ses épaules, et qu’elle le fait avec un aplomb rare. Sa complicité à l’écran avec Mélanie Thierry, qui incarne Frida, la romancière venue bousculer son quotidien, fonctionne aussi à merveille et se joue, encore une fois, tout en finesse, à l’aide de regards suspendus et de non-dits, sans jamais forcer le trait.

Film la vie d'une femme

©Obrother

3. Un regard de cinéaste libérateur

Charline Bourgeois-Tacquet ne s’en cache pas : elle voulait filmer une femme de 55 ans épanouie, sans enfants, dont l’accomplissement ne passe ni par la maternité ni par une histoire d’amour rangée. Un pari qu’elle mène avec une écriture fine, sans misérabilisme ni happy end forcé. La réalisatrice signe ici un portrait de femme mature, libre, imparfaite, affamée de vie et toujours traversée par le désir. Un portrait que l’on voit encore trop peu sur nos écrans, loin des héroïnes féminines sacrifiées ou condamnées à disparaître derrière leur rôle de mère ou d’épouse. Et c’est précisément ce regard qui rend le film aussi rafraîchissant.

La Vie d’une Femme” arrive en salles dès le 16 septembre en Belgique. Il sera également projeté au cinéma Palace le vendredi 11 septembre dans le cadre du Brussels International Film Festival (BRIFF) lors d’une séance inédite en présence de Charline Bourgeois-Tacquet. L’occasion rêvée de prolonger la projection par un échange autour du film avec la réalisatrice.

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Cet article a été rédigé en étroite collaboration avec O’brother