Oubliez le “vite fait, bien fait”. Une nouvelle tendance sexo propulsée par les réseaux est en train de redéfinir les codes de la masturbation. Son nom ? Le « Gooning ». Preuve de l’engouement, les recherches Google ont bondi de 778 % ces cinq dernières années autour de cette pratique. La promesse de cette dernière ? Atteindre un état de transe euphorique… qui flirte parfois avec l’addiction. Décryptage.

À l’heure du monopole du « fast » et de la consommation immédiate, la Gen-Z est en train de prendre le contrepied en remettant au goût du jour une pratique basée sur l’endurance extrême. Une technique à la frontière entre la méditation, le tantrisme 2.0 et l’excès de porno.

Le gooning, c’est quoi ?

Pour comprendre le gooning, il faut d’abord connaître l’edging qui consiste à se masturber jusqu’au bord de l’orgasme, puis à tout arrêter pour faire redescendre la pression, avant de recommencer. L’objectif ici est de contrôler l’excitation.

Le gooning, lui, est souvent décrit comme de l’edging « plus intense ». La nuance est subtile mais cruciale : là où l’edging implique des arrêts nets, le gooning vise à maintenir un état d’excitation constant et continu, juste sous le seuil de non-retour, sans forcément chercher à jouir à la fin.

Le but ultime n’est plus l’orgasme mais le « goon state » (ou « état de goon »). Une sorte de transe et de déconnexion, provoquées par une surchage de dopamine et d’hormones du plaisir dans le cerveau.

Pourquoi la Gen Z en est obsédée ?

Si la pratique existait déjà dans les cercles BDSM et les communautés gays (les “goon caves”), elle s’est démocratisée auprès du grand public, y compris chez les femmes. Pour une génération anxieuse, le gooning offre une forme d’échappatoire en « forçant » le cerveau à arrêter de penser. On entre dans une sorte de méditation par la saturation sensorielle.

Toujours dans cette veine de déconnexion intellectuelle totale, La Gen Z, habituée à scroller et à consommer du contenu en masse, trouve dans le gooning une extension sexuelle de ce comportement. C’est l’acceptation d’un moment de « bêtise » heureuse, d’arrêt total du flux de pensées.

Pour finir, il y a la quête d’intensité. Alors que la tendance était au « fast sex », le gooning promet enfin une expérience qui dure des heures, voire des jours, amplifiant les sensations.

Comment le pratiquer ?

Le gooning nécessite du temps, beaucoup de stimulations visuelles (vidéos porno, parfois sur plusieurs écrans) et une respiration profonde et rythmée. La version solo (“goon cave”) est la plus courante. L’idée est de se masturber lentement, en entrant dans une phase répétitive et hypnotique, en laissant le plaisir monter sans jamais franchir la ligne d’arrivée.

Mais le gooning peut se pratiquer à deux. Il s’apparente alors au slow sex. Cela permet d’explorer le corps de l’autre sans la pression de la performance ou de l’éjaculation. C’est un moyen de prolonger l’intimité et de découvrir de nouvelles zones érogènes.

Quelques précautions :

Si le gooning est présenté comme une exploration intense du plaisir, il comporte des risques réels soulignés par les experts et les pratiquants eux-mêmes. D’abord, l’addiction à la dopamine. Le gooning inonde le cerveau de dopamine pendant une période prolongée, ce qui peut non seulement créer une accoutumance, mais aussi rendre les rapports sexuels « classiques » moins stimulants en comparaison.

Il y a ensuite le piège de la désensibilisation. À force de stimulations visuelles extrêmes (multi-écrans dans les expériences les plus poussées) et physiques prolongées, il peut devenir difficile d’atteindre l’orgasme dans des conditions normales. Sans parler de l’isolement social. Certains adeptes, surnommés ceux qui ont pris la “black pill du gooner”, peuvent y sacrifier leur vie sociale. Pour finir, il y a l’irritation physique provoquée par la masturbation prolongée. L’utilisation d’un lubrifiant est donc indispensable.

Bref, le gooning permet de lâcher prise et de redécouvrir son corps. À condition de faire preuve d’une certaine discipline pour ne pas gâcher le plaisir.