Il y a les images des années 80, terribles et indélébiles. Et puis il y a la réalité de 2025. Aujourd’hui, en Belgique comme ailleurs, le VIH ne se conjugue plus forcément au futur conditionnel. Grâce aux progrès fulgurants de la science, ce qui était autrefois une condamnation est devenu, pour celles et ceux qui ont accès aux soins, une “maladie chronique gérable”.

Pourtant, si la médecine a fait des pas de géant, les mentalités, elles, traînent la patte. La “sérophobie” (la peur et la discrimination des personnes séropositives) reste un frein majeur au dépistage. En Belgique, on estime encore qu’une personne sur dix vivant avec le VIH ignore sa séropositivité. Le danger aujourd’hui, n’est plus tant le virus médicalement contrôlé, mais l’ignorance qui l’entoure. Pour dépoussiérer tout ça, voici 10 vérités scientifiques et sociétales dont on ne parle pas assez.

VRAI / FAUX : 10 infos méconnues sur le VIH

1. “Une personne séropositive sous traitement peut transmettre le virus à son partenaire.”

FAUX C’est l’information capitale de la décennie, résumée par l’équation I = I (Indétectable = Intransmissible). Une personne séropositive qui prend correctement son traitement voit sa charge virale (la quantité de virus dans le sang) devenir “indétectable”. À ce stade, le risque de transmettre le VIH lors de rapports sexuels, même sans préservatif, est de zéro. Scientifiquement zéro. Savoir cela, c’est briser la peur de l’autre et permettre aux personnes concernées d’avoir une vie affective et sexuelle épanouie, et de faire des enfants naturellement sans risque pour le bébé.

2. “Il existe un médicament préventif que l’on peut prendre AVANT un rapport à risque.”

VRAI On appelle cela la PrEP (Prophylaxie Pré-Exposition). C’est une petite pilule bleue qui, prise quotidiennement ou à la demande (selon protocole médical), empêche le virus de s’installer dans l’organisme en cas d’exposition. C’est un outil de prévention ultra-efficace, remboursé en Belgique sous conditions, qui a contribué à faire chuter les nouvelles contaminations dans certaines communautés. Attention toutefois : la PrEP protège du VIH, mais pas des autres IST (syphilis, chlamydia, etc.) !

3. “Les femmes hétérosexuelles sont moins vulnérables biologiquement au virus.”

FAUX On associe encore trop souvent le VIH à la communauté LGBTQIA+. Or, sur le plan purement physiologique, les femmes sont plus vulnérables à l’infection lors de rapports hétérosexuels non protégés que les hommes. La muqueuse vaginale offre une surface d’exposition plus grande et plus perméable au virus que la muqueuse du pénis. De plus, le sperme contient une charge virale plus concentrée que les sécrétions vaginales. En 2025, le VIH est aussi une question de santé féminine, puisque près de la moitié des personnes vivant avec le VIH dans le monde sont des femmes.

4. “Vivre avec le VIH fait vieillir prématurément.”

VRAI (mais nuancé) C’est un défi émergent pour la médecine. Même si le virus est indétectable grâce aux médicaments, il reste “caché” dans des réservoirs du corps, provoquant une inflammation chronique de bas bruit. C’est ce qu’on appelle l'”inflammaging”. Cela peut entraîner, chez certains patients, l’apparition plus précoce de comorbidités liées à l’âge (problèmes cardiovasculaires, ostéoporose) que dans la population générale. C’est pourquoi le suivi médical aujourd’hui ne se contente plus de surveiller le virus, mais vise une approche globale du “bien vieillir”.

5. “Je dois obligatoirement aller chez le médecin pour savoir si je suis positif.”

FAUX Si la prise de sang reste la méthode la plus fiable, il existe en pharmacie (et sans ordonnance) des autotests VIH. Ils fonctionnent un peu comme les tests Covid ou de grossesse : une goutte de sang au bout du doigt, et vous avez un résultat en 15 minutes. Si le résultat est positif, il doit impérativement être confirmé par une prise de sang en laboratoire. Attention, ce test n’est fiable que si la prise de risque date de plus de 3 mois.

6. “Les femmes sont désavantagées dans la recherche d’un remède”

VRAI C’est une injustice scientifique majeure dont on parle peu. La recherche pour un remède définitif (le cure) repose souvent sur la stratégie du “Shock and Kill” : on réveille le virus qui dort dans les cellules réservoirs pour que le système immunitaire le détruise. Or, des études récentes montrent que les œstrogènes agissent comme un “verrou” supplémentaire. Cette hormone pousse le virus à entrer dans un état de dormance beaucoup plus profond chez les femmes que chez les hommes. Résultat : les techniques testées actuellement (souvent sur des cohortes majoritairement masculines) fonctionnent moins bien sur les femmes. Le virus est plus difficile à débusquer chez elles. C’est la preuve que la médecine du VIH doit urgemment se “féminiser” pour être efficace pour toutes.

7. “Être séropositive et allaiter son bébé : le dogme de l’interdiction totale se fissure.”

VRAI (mais sous haute surveillance). Pendant des décennies, la règle était absolue dans les pays riches : pas d’allaitement si on est séropositive. On utilisait le lait en poudre. Aujourd’hui, les lignes bougent, notamment en Suisse et au Royaume-Uni. Si la charge virale de la mère est indétectable depuis longtemps et le suivi médical rigoureux, le risque de transmission par le lait est considéré comme extrêmement faible (inférieur à 1%, contre 0% par voie sexuelle). Ce n’est pas encore une recommandation généralisée, mais le dialogue médical a changé : on passe d’une interdiction stricte à une décision partagée.

8. “Il existe des ‘X-Men’ du système immunitaire qui contrôlent le virus naturellement.”

VRAI On les appelle les “Contrôleurs d’élite” (Elite Controllers). Ce phénomène concerne moins de 1% des personnes vivant avec le VIH. Ces personnes sont porteuses du virus, mais leur système immunitaire est génétiquement capable de le maintenir sous contrôle, sans aucun médicament, et ce parfois pendant des décennies. Pourquoi en parler ? Parce que c’est en étudiant le sang de ces personnes que les chercheurs espèrent trouver la clé d’un vaccin.

9. “On est obligé de penser à sa maladie tous les jours en avalant son cachet.”

FAUX C’est une révolution de “confort” arrivée très récemment en Belgique : les traitements injectables à longue durée d’action. Pour certains patients éligibles, la contrainte de la pilule quotidienne disparaît. On passe de 365 prises par an à… 6 injections. Une piqûre tous les deux mois à l’hôpital suffit pour maintenir le virus indétectable. C’est un changement psychologique majeur : on ne se “sent” plus malade au quotidien. Et le futur proche promet des implants ou des injections tous les 6 mois. L’objectif ? Que le traitement du VIH soit le moins contraignant possible.

10. “Le visage typique d’une personne vivant avec le VIH est un jeune adulte.”

FAUX On assiste à un “vieillissement de l’épidémie”. Grâce à l’efficacité des trithérapies, la première génération de survivants arrive aujourd’hui à l’âge de la retraite. En Europe de l’Ouest, on estime que plus de la moitié des personnes vivant avec le VIH ont plus de 50 ans. Cela pose des défis que les médecins n’avaient jamais eu à gérer avant : comment gérer la ménopause quand on est séropositive ? Comment gérer le VIH en maison de repos ? La sexualité des seniors étant taboue, ils sont aussi moins sensibilisés et se dépistent très tardivement, confondant parfois les symptômes de l’infection avec ceux de la vieillesse. Le VIH en 2025, c’est donc aussi un enjeu de gériatrie.