Le Tréma, c’est le trublion doux-amer que l’on connaissait déjà pour son ASMR politique. Des séquences où il reprenait, en chuchotant, les discours de personnalités politiques. Résultat ? Un effet loupe sur le vide, l’absurdité et la maladresse de certaines interventions. De quoi faire sourire… ou grincer.
Depuis quelques mois, le créateur de contenus — 221 000 abonnés au compteur — a changé de terrain de jeu. Fini les bruits de bouche, place à une nouvelle enquête visuelle. Entre jingles volontairement ringards, punchlines absurdes et montages bien sentis, il puise des mini-vidéos glanées sur les réseaux : un homme qui s’amuse à faire des burpees sur des Lego ou encore un père qui retire la tétine du biberon de son fils car « ce n’est pas un suceur ». L’idée ? Provoquer un rire à froid qui oblige à se demander : et si l’hétérosexualité n’était pas une évidence naturelle, mais une construction bien ficelée ?
De la vanne au buzz
Cette blague récurrente est devenue le tube social de l’été. Des millions de vues. Des parents — surtout des mères — qui s’en servent pour aborder avec leurs ados la question de « ce que signifie être un homme ».
Ce qui, au départ, ressemblait à un gimmick visuel s’est transformé en catalyseur d’introspection. Un endroit où l’on décortique les injonctions genrées, entre rire et décalage. Le Monde va jusqu’à parler d’une « ritournelle de résistance », une forme d’humour radical face aux discours réactionnaires.
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Le rire comme arme blanche
Le Tréma ne moralise pas, il déplace le curseur. Inspiré par la pensée de Monique Wittig — qui voyait l’hétérosexualité comme un système politique d’oppression —, il démonte les stéréotypes comme on démonte un vieux meuble Ikea : avec patience, mais sans pitié pour les vis tordues.
Ce qu’il propose, c’est du militantisme joyeux : une manière de faire circuler les idées sans exclure, de faire passer la pilule sans forcer. Un ton qui tranche forcément dans un paysage médiatique saturé de slogans et de clashs.
Pourquoi ça cartonne
Parce que, en tournant en dérision les clichés, Le Tréma fait décaler le regard. Et bien souvent, c’est ce choc qui provoque l’interpellation. Ensuite parce que le format court, ludique et visuel est parfait pour sortir le propos de l’entre soi militant. Puis il y a le timing bien sûr. À l’heure où la masculinité et les normes de genre sont plus que jamais sur la table, la série arrive comme un grand bol d’air frais.
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Quand le rire devient politique
Ce que questionne Le Tréma à travers cette ritournelle, c’est avant tout un appel à la lucidité : l’hétérosexualité n’est pas neutre, naturelle ou universelle. C’est un système normatif qui exige des codes, des performances… et les dégâts qui vont avec. Bref, intelligent, drôle et percutant, « Est-ce que les hétérosexuels vont bien ? » est à la fois un miroir social, un poil bien dru dans la soupe et, espérons-le, un pont vers un véritable dialogue en famille ou à l’école.
Au fond, ce que Le Tréma répète, vidéo après vidéo, c’est qu’on ne peut plus considérer l’hétérosexualité comme neutre ou “normale” par défaut. C’est un système qui dicte ses codes, impose ses performances et laisse des traces.
Avec Est-ce que les hétérosexuels vont bien ?, il tend un miroir un peu déformant, un poil dru dans la soupe, et ouvre la porte à des discussions qu’on n’a pas l’habitude d’avoir — à la maison, à l’école ou entre potes.
Bref, une ritournelle qui se fredonne autant qu’elle se rumine.