Peut-on changer son amoureux ?

Mis à jour le 13 février 2018 par ELLE Belgique
Peut-on changer son amoureux ?

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 Parce qu'on l'aime mais ...

C’est, paraît-il, l’un des grands fantasmes féminins : transformer l’autre ! Possible ou illusoire ? Trois spécialistes du couple répondent.

1. Oui, à condition d’y mettre les formes

Passé le stade fusionnel, celui où l’on est en manque dès que l’autre n’est pas là et où il présente à nos yeux toutes les qualités, on a toutes quelque chose à reprocher à l’homme qui partage notre vie : petits détails du quotidien ou grandes remises en question existentielles, les demandes de changement sont nécessaires dans le couple, mais elles ne sont pas faciles à formuler.

Quand les messages subliminaux restent lettre morte, quand d’atermoiements en ajournements on sent poindre l’agacement, attention, danger ! Si pour crever l’abcès, on cède à la véhémence, c’est certain, on a toutes les chances que le message ne passe pas, mais pas du tout !

« Certaines requêtes, même anodines, sur le rangement, l’hygiène ou une recette de cuisine, peuvent se révéler extrêment conflictuelles si elles cachent un enjeu important, comme une lutte de pouvoir», souligne le psychologue et psychothérapeute bruxellois David Vandenbosch.

Attention aux reproches qui suscitent la colère, à l’attaque qui induit la contre-attaque… Il a l’art de ne jamais ouvrir son portefeuille lors des virées entre amis ? Est-il juste distrait ou serait-il pas un peu radin ? En parler est indispensable car ne rien dire, c’est courir le risque de l’encourager dans ce comportement qui nous déplaît et de se sentir de plus en plus agacée.

Mais pas question de le faire sous le coup de l’énervement et de donner à ce qu’on dit la forme d’un reproche ou d’une critique. « La bonne stratégie est d’ouvrir des espaces de discussion, poursuit David Vandenbosch. Ce qui implique de dégager du temps et de rester attentive et tournée vers l’autre, de se concentrer sur lui et de lui manifester de l’intérêt. » On met donc en place des moments de parole, où chacun évalue son degré de satisfaction par rapport à la relation.

« Je conseille de le faire régulièrement, une fois par semaine si c’est possible, précise la psychothérapeute Isabelle Tilmant, qui sort un livre sur la relation de couple*. C’est la bonne fréquence pour que les habitudes ne se sclérosent pas et puissent être modifiées. »

Enfin, pas question de se focaliser sur la parole si elle ne mène à rien. Parfois, un mail écrit avec humour, un acte détourné porteront bien plus efficacement le message et entraîneront, de manière plus simple et plus légère, un réaménagement de la vie commune.

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2. Non, si ça coince dès le début

Dès le premier rendez-vous, plusieurs choses vous ont déplu dans son discours ou sa manière d’être, et ça s’est confirmé lors des rencontres suivantes. C’est évident : il sort tous les week-ends avec sa bande de potes, ou il boit vraiment beaucoup, ou il se met très vite en colère.

« Ce sont des choses difficilement dissimulables, explique le psychologue Jérôme Vermeulen, créateur du site www.lepsychologue.be. Quand on s’en aperçoit, il faut être extrêmement prudente, ne surtout pas entrer dans une logique du type “avec moi, il va changer“, mais plutôt se poser la question du bien-fondé de la relation. »

En fait, quand des divergences apparaissent dès le départ, c’est aussi pour l’autre une manière d’annoncer la couleur, de montrer ce qu’il est vraiment, et il y a peu de chance qu’il change un jour. » Pas de quoi en faire un drame, on passe à autre chose, mais quand on constate que le même scénario se répète et qu’on tombe systématiquement sur le même type de gars, avec le même type de défaut qui nous énerve, il est intéressant de s’interroger sur soi-même sur ses motivations, de questionner son passé. « Aider quelqu’un, c’est aussi avoir un contrôle sur lui, et ça a donc un côté sécurisant. »

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 3. Oui, s’il est ouvert au changement

Même pour la plus anodine des bêtises, arrêter de laisser le tube de dentifrice ouvert ou oublier systématiquement que les bouteilles en plastique, c’est dans le sac bleu et pas dans le jaune, difficile de faire changer quelqu’un s’il n’en a pas envie.

La force de l’inertie ? Non, plutôt une question de prise de conscience, souligne la psychothérapeute Isabelle Tilmant. « Changer l’autre, c’est avant tout une collaboration, explique-t-elle. Et pour que l’autre collabore, il faut avant tout qu’il soit ouvert au changement ! »

Même constat quand on interroge le psychologue Jérôme Vermeulen. « En tant que conjoints, on est là pour se soutenir et s’entraider, mais pour qu’un réel changement intervienne chez l’un ou l’autre, il faut qu’il y ait une réelle envie dès le départ. » Bien sûr, on peut donner un petit coup de pouce à cette envie, en revenant gentiment à la charge sur la question et en veillant à rester dans le positif. « La meilleure manière d’aborder les choses, c’est d’avancer vers l’autre “ bras ouverts “, en déposant les armes », rappelle le psychologue et psychothérapeute David Vandenbosch. Bien sûr, en agissant de la sorte, on se met en danger, on court un risque : celui que le partenaire réagisse d’une manière à laquelle on ne s’attend pas forcément… Mais le risque en vaut la chandelle.

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4. Oui, si ça ne concerne que les petites choses du quotidien

« Changer les petits détails du quotidien, c’est tout à fait envisageable », estime David Vandenbosch. Il ne dépose jamais ses chaussettes sales dans le panier à linge mais les laisse traîner au milieu de la chambre, il ne tient absolument pas compte des horaires et ne prévient jamais quand il rentre en retard ? Facile à changer.

« À condition de tenir le bon discours , poursuit le spécialiste. Pas de reproches, qui suscitent toujours la colère, pas d’attaque, qui tournent à la confrontation. La bonne stratégie est d’essayer avant tout de retrouver l’écoute qu’on avait pour l’autre au début de la relation, c’est-à-dire une écoute qui ne l’interrompt pas et qui le met en valeur. »

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5. Non, si je ne suis pas prête à changer moi aussi

Les changements qu‘on veut réaliser chez ceux qu’on aime cachent souvent nos propres manques. Si l’on constate que la demande n’entraîne que des dérobades, un retour de bâton ou une escalade dans les reproches, il faut effectuer un grand retour sur soi : s’écouter parler pour repérer la souffrance causée par le comportement que l’on veut corriger, et partir aux racines de cette souffrance, dans l’enfance ou lors des précédentes expériences amoureuses. Cela permet de comprendre pourquoi certaines attitudes du partenaire réactivent une chaîne de souvenirs douloureux et génèrent des émotions vives.

Mais il ne suffit pas de faire ce constat, il faut faire un travail sur soi-même pour réparer ces blessures et surtout ne pas attendre que l’autre le fasse à notre place. « Vous savez quel genre de partenaire vous aimeriez être, explique David Vandenbosch. La question est de savoir ce qui vous empêche d’agir en conséquence et qui est une potion très toxique de pensées inutiles, de prédictions effrayantes, d’attitudes rigides, de jugements sévères et de souvenirs douloureux. »

Faire retomber la pression permet de s’en détacher petit à petit et amène à formuler de manière différente nos demandes. Au lieu de dire « Je n’existe pas, tu ne me vois pas », on passera à  «  Je suis déçue quand tu ne m’embrasses pas en rentrant, quand nous ne nous parlons pas suffisamment ».

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6. Oui, si j’accepte la différence

Si on veut vraiment trouver une solution, il faut avant tout oublier ses certitudes et arrêter de penser « Je suis parfaite, c’est lui le méchant ». Il s’agit de faire évoluer les limites de chacun, sans que personne n’ait le sentiment de se renier, de trahir ses valeurs et de se soumettre. « Il s’agit de remettre de la vie dans la relation, explique Isabelle Tilmant, de décider de créer sa propre histoire. »

Une tierce personne (thérapeute, conseiller conjugal) est parfois nécessaire, à condition, bien sûr, que l’amour soit encore assez fort pour potentialiser le travail à mener. Ce serait dommage d’en arriver à la rupture si le remède est dans la place.

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L'homme parfait n'existe pas ! 

Reconnaissons-le : on rêve toutes de tomber sur l’oiseau rare, à la fois beau, plein d’humour, bon amant et un peu riche si possible. C’est-à-dire une illusion, car l’homme parfait,
au même titre que la femme parfaite, d’ailleurs, ça n’existe pas…

La solution pour ne pas rester seule toute sa vie : arrêter de s’illusionner et s’accomoder de ses défauts pour qu’ils épousent nos qualités. Exemples.

_ Il est radin. Pour vivre d’amour et d’eau fraîche, c’est le plan idéal. Fuyez si vous êtes radine vous aussi. Un radin + une radine = ennui mortel passé le premier (é)moi(s) !

_ Il ment tout le temps. D’ailleurs, la première chose qu’il vous a dite, c’est : “Le truc que je déteste par-dessus tout, ce sont les menteurs !“ La solution : prenez des notes et confrontez-le à ses propres incohérences. De deux choses l’une : soit il finira par changer, lassé de s’emmêler les pinceaux, ou alors vous terminerez dans un grand éclat de rire, parce que ce qu’il y a de vraiment bien avec les menteurs, c’est qu’ils débordent d’imagination.

_ Il est bordélique. Fringues sales, journaux, serviettes encore humides et vieux plateaux-repas, pour lui, c’est rangé là où ça tombe. Difficile de le changer… à moins de cacher son précieux sac de sport, qui traîne dans l’entrée depuis sa dernière séance au club, dans un endroit où il ne le retrouvera pas et jurer quand il nous questionne que, non, on ne l’a pas vu, et encore moins touché. Faire pareil avec tout ce qu’il laisse traîner et de préférence, avec ce qui lui est précieux.
Changement garanti. Ca ne marche pas ? Grevez le budget en investissant sur une femme de ménage façon fée du logis.

_ Il est nul au lit. Quelle que soit la position, c’est le flop ! Evitez de vous lancer dans une grande séance psy, à la recherche de ce qui explique cela… Au contraire, adoptez la stratégie du positif,
en l’encourageant et en le félicitant. Ainsi boosté, son ego devrait avoir une influence plus qu’appréciable sur sa libido…

Laurence Descamps