Le mot a refait surface suite à une récente et brutale affaire judiciaire : en février 2026, la justice autrichienne a condamné Thomas Plamberger pour homicide par négligence grave après avoir abandonné sa compagne, Kerstin Gurtner, au sommet du Grossglockner.
Le drame du Grossglockner
En janvier 2025, Thomas Plamberger, alpiniste expérimenté, entreprend l’ascension du plus haut sommet d’Autriche avec Kerstin, 33 ans, nettement moins aguerrie. Alors que les conditions virent au cauchemar — températures négatives et rafales à 70 km/h — l’homme décide de poursuivre seul vers le sommet, laissant sa compagne dans le froid, sans couverture de survie. Kerstin Gurtner mourra d’hypothermie.
Le verdict est tombé : 5 mois de prison avec sursis et 9 400 € d’amende. Si la peine peut sembler dérisoire face à une vie perdue, le procès a mis en lumière un passif glaçant : une ancienne compagne de Plamberger a témoigné avoir subi le même sort sur cette même montagne, abandonnée parce qu’il la jugeait « trop lente ».
D’une nouvelle de 1893 à trend TikTok
L’expression tire son origine d’une nouvelle de 1893 où un mari projette de précipiter sa femme d’une falaise suisse. Aujourd’hui, elle désigne l’acte de laisser volontairement sa partenaire seule en pleine nature, souvent sous prétexte d’une différence de niveau physique ou comme « punition » après une dispute.
Sur les réseaux sociaux, la parole se libère. Une vidéo de la randonneuse @Everafteriya, filmée en larmes dans le Yosemite, a cumulé plus de 21 millions de vues. On y entend une détresse universelle : « Tu pars randonner avec lui… et il te laisse seule. C’est là que tu comprends qu’il ne t’a jamais vraiment aimée ».
@everafteriya #venting ♬ levitation – Aaron Hibell & Felsmann + Tiley
Des témoignages par milliers sur Reddit et TikTok
Loin de la simple erreur de parcours souvent revendiquée, ces abandons cachent une volonté de contrôle et de punition. Le « divorce alpin » se manifeste ainsi par des comportements de « leçon », où des maris partent délibérément devant pour forcer leur femme ou leurs enfants à accélérer, au mépris de leur sécurité.
Cette dynamique de pouvoir utilise la supériorité physique pour humilier et isoler la partenaire, la laissant parfois dans des situations critiques. Certains témoignages décrivent même une mise en danger délibérée, comme ces femmes abandonnées en pleine chaleur, sans eau ni nourriture, obligées de retrouver seules un conjoint qui les attendait tranquillement au frais dans la voiture .
@lifeofjesswest Yeah I’ll survive just fine 🙂 and dw we aren’t together now #iwillsurvive #traumasurvivor ♬ Never Let Me Go – user43952297847
Une violence conjugale méconnue
Pour les spécialistes, le « divorce alpin » n’est pas une simple dispute de rando qui tourne mal. C’est un mécanisme de pouvoir et de contrôle. « Abandonner sa compagne dans un environnement hostile relève d’une dynamique de punition et d’intimidation », explique-t-on dans les colonnes de Fraîches.
La psychothérapeute Stephanie Sarkis souligne que cet abandon est « profondément traumatisant » et peut engendrer un stress post-traumatique. C’est la matérialisation de la pire crainte humaine : être délaissé dans un lieu où l’on n’a aucun contrôle.
@madeleinewilsonphoto This whole discussion around alpine divorce has a lot of people confused/shocked and I’m honestly wondering how so many people don’t realize that it’s more dangerous for women to hike WITH men than it is to hike solo. It’s not some random stranger in the woods that’s a risk to you, it’s the people you already know that are more likely to cause you harm. I’ve talked about this endlessly on my page, my podcast, and my blog, but I feel I’ll never stop until more women feel empowered to get out there on their own. I also have to say: this is not exclusive to heterosexual romantic partners. This happens in hiking groups that leave the slowest person behind, with same-sex couples, with friends, you name it. It’s unacceptable in any form. #alpinedivorce #solofemalehiker #solohiking #hikingsolo #hikingtips ♬ Little Girl Gone – CHINCHILLA
La règle d’or brisée
En montagne, la règle est pourtant millénaire : une cordée avance au rythme de son membre le plus lent. Le « divorce alpin » est la négation même de cette solidarité. En 2026, ce phénomène rappelle que le féminicide n’est pas toujours un acte de violence directe, il peut être le résultat d’une absence délibérée de secours, d’un abandon conscient dans un milieu où la nature se charge de finir le travail.
Le jugement de Thomas Plamberger pourrait faire jurisprudence : il pose la question de la responsabilité juridique du membre le plus expérimenté. Mais surtout, il met fin à l’impunité du « plus fort », en rappelant que laisser délibérément sa partenaire sur un sommet glacé ou au bord d’une route déserte n’a rien d’une dispute de couple, c’est un acte criminel.