Vous discutez avec ce couple d’amis ensemble depuis dix ans. Ils ont tout : complices, amoureux, bien installés. Quant au détour d’un verre, l’aveu tombe : ils ne sont pas exclusifs. Enfin, pas tout à fait. Ils ne sont pas polyamoureux (ils ne s’aiment qu’eux), ils ne sont pas libertins au sens classique du terme, ils sont simplement… « monogamish ».
Cette contraction du mot monogamy (monogamie) et du suffixe -ish (qui signifie « environ » ou « à peu près »), définit une nouvelle zone grise. Celle de la monogamie avec une petite astérisque. Mais comment ça marche au juste ?
Un version light du couple libre
Posons les bases d’emblée, être monogamish n’a rien à voir avec l’infidélité. Si vous vous dites monogame et que vous avez une aventure secrète, c’est de la tromperie. Basta. Le concept de monogamish, popularisé par le célèbre chroniqueur sexuel Dan Savage, repose quant à lui sur une transparence absolue.
Très concrètement, le couple reste « principalement » monogame. L’exclusivité émotionnelle et relationnelle est la règle d’or, mais on s’autorise, de façon très encadrée, des expériences sexuelles extra-conjugales. C’est un peu la version « light » du couple libre : on s’offre un petit écart contrôlé sans pour autant plonger dans le grand bain du polyamour.
Pourquoi la monogamie stricte ne fait plus rêver
Mais pourquoi se compliquer la vie ? Tout simplement parce que notre modèle traditionnel est en train de se fissurer de toutes parts. Une étude YouGov menée aux États-Unis a révélé que sur une échelle de 0 (monogamie totale) à 6 (non-monogamie totale), seulement 61 % des adultes se plaçaient au niveau “0”, un chiffre qui tombe à 51 % chez les moins de 30 ans.
Chez nos voisins français aussi, le mythe vacille : selon l’IFOP, près d’une femme sur trois et un homme sur deux ont déjà été infidèles. Face à ces constats, le monogamish apparaît comme une réponse pragmatique : plutôt que de subir l’adultère, pourquoi ne pas l’intégrer dans le contrat de départ ?
Concrètement, ça ressemble à quoi ?
C’est là que ça devient intéressant : il n’y a pas de recette unique. Chaque couple monogamish écrit sa propre histoire. Cela peut prendre plusieurs formes :
L’échangisme ou le côte-à-côte : Les partenaires échangent ou jouent avec d’autres personnes, mais uniquement ensemble, lors de soirées dédiées ou via des applis.
Le “guest” : Le couple invite une troisième personne pour un plan à trois, gardant ainsi le contrôle sur l’interaction.
L’ouverture contextuelle : C’est la règle du « pas vu, pas pris » mais validée. Par exemple, l’autorisation d’avoir des aventures uniquement lors de déplacements professionnels ou lorsque l’un des deux est en voyage.
L’exemple récent (et médiatique) de la chanteuse Lily Allen et de son ex-mari illustre bien cette complexité : ses chansons suggèrent un arrangement où les écarts étaient tolérés s’ils étaient discrets, payants et sans émotion. Une froideur contractuelle qui prouve que monogamish ne rime pas forcément avec romantisme échevelé.
Le piège de la fausse sécurité
Attention, ce n’est pas parce qu’il y a des règles que c’est sans risque. Paradoxalement, un couple monogamish peut être plus vulnérable qu’un couple totalement libre. Forcément, plus on pose de règles, plus on offre d’occasions de les enfreindre.
Le danger principal réside dans le déséquilibre. Souvent, le statut séduit celles ou ceux qui veulent garder l’apparence de la monogamie tout en profitant des avantages du libertinage. Si l’un des partenaires accepte l’arrangement uniquement pour faire plaisir à l’autre ou pour « sauver » le couple, sans désir réel d’aller voir ailleurs, la bombe à retardement n’est pas loin.
Le mode d’emploi pour ne pas se brûler les ailes
Tenté.e par l’aventure ? Voici les piliers pour construire une relation monogamish saine, selon les experts :
Communiquez (vraiment) : C’est le cliché le plus vrai du monde. La force des couples non-monogames réside dans leur capacité à discuter de leurs attentes bien plus que la moyenne.
Définissez vos termes : Ne supposez jamais que l’autre a la même définition que vous. Posez les questions qui fâchent : veut-on tout savoir ? A-t-on un droit de veto si le ou la partenaire d’un soir ne nous plaît pas ?
Documentez-vous : Avant de passer à l’acte, lisez, écoutez des podcasts, dénichez des témoignages sur les forums en ligne…
Testez en CDD : Commencez par des expériences temporaires. Puis faites des bilans réguliers pour vérifier que tout le monde se sent toujours en sécurité et ajustez le tir si nécessaire.