Derrière les stands, les femmes galeristes impriment leur regard et leur énergie à la 71e édition de BRAFA, du 25 janvier au 1er février à Brussels Expo.
Elles s’appellent Nathalie Obadia, Almine Rech, Virginie Devillez, Valérie Bach, Greta Meert, Sofie Van de Velde ou Florence de Voldère. À leurs côtés, des signatures venues d’Italie, de France ou des Pays-Bas forment une constellation d’expertes, de passionnées et de passeuses d’art. Près d’une vingtaine de femmes tiendront cette année un stand à la BRAFA, confirmant leur présence croissante sur un marché encore trop souvent raconté au masculin. Leur force : un goût du dialogue, de la découverte et de la transmission qui colle à l’esprit même de la foire, vitrine d’un art ouvert, éclectique et vivant.

Nathalie Obadia © Luc Castel
Parmi elles, Nathalie Obadia fait figure de pionnière. Galeriste à Paris depuis 1993, elle s’installe à Bruxelles en 2008, à une époque où la capitale belge n’avait pas encore cette aura internationale. « Les collectionneurs belges voyageaient surtout entre Londres et Paris», raconte-t-elle. «J’avais envie d’aller à leur rencontre, de m’implanter là où l’art faisait battre un autre cœur européen. » En quelques années, elle tisse des liens solides avec les institutions locales – du Palais des Beaux-Arts à la Fondation Roi Baudouin – et contribue à faire de Bruxelles un centre névralgique de l’art contemporain.
« Ce qui m’inspire, ce sont les femmes libres – artistes, collectionneuses, entrepreneuses – qui n’attendent pas qu’on leur donne la place, mais la créent. »
« Les Belges ont toujours été de grands amateurs d’art», explique-t-elle. «Ce sont des collectionneurs curieux, ouverts à la nouveauté, qui parlent plusieurs langues et n’ont pas peur d’explorer. » Pour cette édition, elle présentera Valérie Belin, Martin Barré, Laure Prouvost, mais aussi deux artistes belges qu’elle défend depuis longtemps : Joris Van De Moortel et Sophie Kuijken. « J’aime la BRAFA pour son éclectisme», dit-elle encore. «On y croise des maîtres anciens et de jeunes artistes contemporains. Ce dialogue nourrit le regard. »

Galerie Nathalie Obadia © We Document Art
Sur la place des femmes dans ce milieu, elle reste pragmatique : « Il y a toujours eu des femmes marchandes d’art. Ce métier a toujours été ouvert. Ce qui compte, c’est la conviction, la capacité à défendre une vision dans la durée. » En revanche, elle salue la montée en puissance des femmes artistes : « Tout a changé lorsqu’elles ont pu accéder aux mêmes écoles et aux mêmes ateliers. Aujourd’hui, certaines se vendent plus cher que leurs homologues masculins. C’est un renversement historique. »
Dans son livre «Figures de l’art contemporain» (ed. Le Cavalier Bleu), elle dresse les portraits de 24 personnalités (artistes, collectionneurs, curateurs…) influentes sur la scène actuelle, mêlant analyse du marché, regard historique et expérience – dans la lignée de son enseignement à Sciences Po Paris. Dans son panthéon personnel, elle cite Louise Bourgeois : « La colosse. Elle a tracé sa voie, avec ses fragilités et sa détermination. Elle s’est imposée à égalité avec les plus grands. » Et d’ajouter, avec malice : « Ce qui m’inspire, ce sont les femmes libres – artistes, collectionneuses, entrepreneuses – qui n’attendent pas qu’on leur donne la place, mais la créent. »
Trente ans après l’ouverture de sa première galerie, Nathalie Obadia garde la même ardeur : « Le bonheur, c’est de continuer à se lever le matin avec l’envie de découvrir, d’inventer, de défendre. Une galerie, c’est un lieu de résistance : contre l’oubli, la mode, l’indifférence. » Et si elle devait n’accrocher qu’une seule œuvre chez elle ? « Un grand “Combine Painting” de Robert Rauschenberg. La charnière parfaite entre la peinture classique et le monde contemporain. »