L’ASMR : la tendance vidéo dont tout le monde parle

Publié le 2 juin 2020 par Elisabeth Clauss
L’ASMR : la tendance vidéo dont tout le monde parle Illustration Marie Morelle

Si vous vivez avec des ados, vous connaissez déjà. Si pas, on va vous murmurer à quoi vous échappez : l’ASMR, acronyme vénère de « autonomous sensory meridian response », la tendance qui fait grand bruit sur Youtube. Façon de parler.

L'ASMR, qu'est ce que c'est ?

Des heures durant, des individus jeunes et exaltés épluchent des têtes de cotons tiges devant un micro. Des femmes ultra-pimpées osant à peine respirer font cliqueter leurs faux ongles de quinze centimètres fabriqués en tubes synthétiques, et des enfants malaxent avec dévotion des paquets de coton à démaquiller. Des millions d’internautes sont accros à l'ASMR, certains ne peuvent même plus dormir sans être préalablement bercés par quarante minutes d’adagios de mastication en sourdine. Le but, pour cette génération acoustiquement dégénérée ? Se détendre. En se passant en boucle les sons les plus irritants humainement imaginables, avec tendance érotico-slimeuse. A priori, l’ASMR se revendique non-sexuelle, mais les vidéos de jeunes filles à la plastique avantageuse, tétant des raisins de rouges à lèvres en gros plan pendant des plombes, tout en chuchotant dans leur micro phallique, ça n’est pas piqué de la sucette. L'ASMR, ou cet art de rendre délétère un truc à priori inoffensif pour le système nerveux pour provoquer un apaisement, plonge tous les post-millennials en état méditatif. Tout ça, en chuchotant des propos lénifiants assez près de l’enregistreur pour se taper les dents dans la mousse. Petit florilège de ces drogues auditives, pour les curieux, et surtout, les pas nerveux.

Les tendances AMSR

Le tapping

Faire du « tapping » en ASMR (rien à voir avec le « tapin »), c’est pianoter avec des ongles longs, souvent faux, voire des trucs qui ne sont même pas des ongles, sur des écrans de smartphone – c’est exaspérant, vous n’avez pas idée - , des pierres ponces, des brosses pour chien. Ces petits bruits furtifs et répétitifs qui vous donnent envie d’encastrer leur instigateur dans le mur quand il s’agit d’une réunion de stratégie, font le buzz sur Internet quand il s’agit de calmer les excités de la feuille. C’est inexplicable. Certains posts comparent les vertus méditatives du pianotage de la pulpe des doigts sur un volant d’Opel Astra vs une Fiat Panda. Des milliers de vues. Variante hyper-plébiscitée : le pinceau à blush délicatement balayé sur un micro. Les afficionados débordent de créativité pour concevoir des frôlements qui rendraient fou un moine bouddhiste sourd en lévitation. Ils utilisent leur belle énergie juvénile pour se coller des brillants colorés, façon bindis, sur la paume des mains, puis imitent la bande-son de fourmis paranoïaques stockant des noyaux pour l’hiver. L’un des posts stars sur YouTube offre dix heures de tapping ininterrompues, visionnées par 24 millions de fans. À se taper la tête contre la porte d’un ORL, mais sans oublier d’enregistrer, s’il vous plaît.

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Le wispering

Des chuchotements, sans queue ni tête souvent, un fil ininterrompu de paroles qui bercent manifestement les individus en manque d’histoire du soir, comme au temps où ils palpitaient pour la dramaturgie de « Petit Ours Brun ». Une mélopée supposée apaiser, mais bien flippante, surtout lorsqu’il s’agit d’égrainer le nom de tous les abonnés à la chaîne. Au plus la description de « mes peintures à l’acrylique favorites » est inaudible, au plus le post est côté. Outre l’aspect « je te regarde quand tu dors » de nos pires cauchemars, cette pratique a dû être empruntée aux techniques de soutiration d’informations aux prisonniers de guerre, c’est pas possible autrement. Cela dit, le whispering en AMSR (« very close-up », précisent les descriptions des chaînes YouTube avisées) englobe le « reading » qui, comme son nom l’indique en anglais, consiste en lire un livre à voix haute, mais à peine soupirée. Engranger un peu de culture au passage, c’est déjà ça de « gratting ».

Les bruits de bouche

Tout ce qu’on vous a appris dans votre enfance concernant la bienséance à table : aux chiottes. Gobez des calamars gluants, écrasez des bananes mûres entre votre langue et votre palais, béquetez des bonbons - très populaire, et indication fiable de l’âge moyen de l’audience - et notre préféré : léchez des oreilles. Mais attention, des fausses, en silicone. Des heures durant, avec application, d’affables jeunes femmes à forte poitrine, dont l’unique but est d’aider leurs contemporains à trouver le sommeil, fourrent leur langue dans des fausses oreilles, ou suçotent des câbles d’écouteurs. Mieux encore, d’autres conçoivent des iPhones en pâte à sucre confondants de réalisme, les tapotent (voir plus haut) puis les bouffent. Darwin fait la toupie dans sa tombe, et les vues s’enchaînent pour une civilisation qui n’a pas fini de déjouer les règles du surréalisme.

Le « crinkling »

Vous voyez le bruit exaspérant du paquet de chips ou de pop-corn au cinéma ? Le bruissement des miettes, le croquement des graines, le froissement du papier cadeau, toutes ces stimulations sonores qui vous donnent envie de faire un strike avec des gens ? C’est ça. Dans cette catégorie d'ASMR, vous trouverez du génie de créativité : certains Youtubeurs-aesmeurs diffusent le bruit du pétage de leurs boutons d’acné (si, vérifiez). Pour d’autres, c’est la douce musique du grattage d’un bouchon d’oreille (décidément, les esgourdes ont un succès fou auprès des méditatifs 3.0). Moins nauséeux, le claquage de papier bulle, ou le déballage de courses emballées dans du plastique. Le croustillement compulsif du mukbang (engouffrer des quantités de nourriture indécentes, frites si possible) fonctionne bien aussi. Plats de nuggets ou beignets ruisselants, si ça croque, la toile craque.

Les bruits de cheveux

Une jeune fille euphorique caresse les mèches d’une demoiselle en pâmoison. Froisse les boucles pour y mélanger des paillettes. Puis laque le tout, face caméra. Deux millions de vues. 45 minutes de léthargie capillaire. Sur les réseaux soucieux, le brossage de crinière (lent et micro à fond) remporte également un succès populaire à se natter les nerfs en épis, et le lavage (normal, après tout ce tripotage, on a le brushing gras), c’est juste la folie : une bonne coupe-shampoing peut monter jusqu’à vint millions de vues. C’est la fin d’une civilisation, ne coupons pas les cheveux en quatre, ou alors en direct et avec du gel fixant extra fort qui crisse sous les ongles. Si le silence est d’or, pour toute une génération qui a intérêt à préserver ses tympans des cris d’orfraie de ceux qui ne supportent pas le tapotis du Bic sur la table, le bonheur est au bout du tapotis. Les petits sons exaspérants et tendancieux promettent un futur en diamants aux exhibitionnistes de la décibel ébranlée. Aux Sourds la Meilleure Revanche.

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