Les 9èmes Magritte du cinéma belge vus des coulisses

Publié le 7 février 2019 par Elisabeth Clauss
Les 9èmes Magritte du cinéma belge vus des coulissesMagritte du Cinéma / © Laure Geerts

On a beaucoup ri, aux Magritte cette année. Alex Vizorek déchaîné en maître de cérémonie, des films signifiants couronnés, et tout le métier rassemblé pour célébrer le cinéma belge, avec passion et second degré.

Dès la descente des marches bleues - les escaliers rouges, c'est surfait - le public était accueilli par un cracheur de feu. Qui n'a pas démérité, malgré l'averse de neige fondante qui challengeait sa prestation. Le ciel pleurait déjà de rire au dessus du Square à Bruxelles, restait à lâcher les fauves sur scène.

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L'après-midi même, les personnalités qui allaient parler au pupitre ont défilé à The Hôtel à Bruxelles, vue panoramique sur la ville fraîchement enneigée et vaguement éméchée - c'était samedi matin.

Derniers essayages des tenues du soir - masquer un tatouage ici, courir chez Hema en face pour acheter des semelles pour des souliers un peu grands - coiffure et maquillage, et dans les couloirs, les danseurs qui répétaient leur chorégraphie, les muscles encore un peu froids (mais ça ne se voyait pas), le sourire tout chaud.

Direction ensuite le Square pour les répétitions, car pour être spontané et décalé, il faut que tout soit d'abord bétonné.

 

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Mathieu De Mayer, responsable de la cabine maquillage ©Sebastien Van Malleghem

 

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Astrid Whettnall ©Sebastien Van Malleghem

 

Le temps d'ajuster des Louboutin et d'ajouter un soupir de fond de teint, photocall et slalom entre les caméras (éviter le Quotidien, on ne sait jamais), la salle tonnait d'applaudissements.

Toute la soirée, Alex Vizorek a agité la salle version grand bleu avec son humour mordant, toujours disposé à se laisser chambrer, signe qu'on peut organiser une cérémonie à la crédibilité internationale, sans se prendre au sérieux.

 

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Une cérémonie qui célébrait tous les métiers du cinéma

Ceux de l'ombre aussi, les moins glamour, ceux où l'on mouille son tee-shirt, mais pas toujours avec du champagne. Les Magritte sont inclusifs, jonglent avec l'auto-dérision tout en valorisant les talents qui chérissent et font évoluer la culture. L'une des spécificités touchantes de cette soirée belge jusqu'à la pointe des cuberdons distribués à l'entrée, c'est l'hommage à cette production cinématographique qui commence à s'unifier en une identité cohérente quoique multiple, et à s'exporter solidement (le clivage "films flamands / francophones" fond comme de la pellicule au soleil). Sur scène, on riait beaucoup parce que ça évite de se prendre les pieds dans ses émotions, et pour porter la bonne nouvelle et les trophées, on avait fait appel au plus charmant des porteurs de statuettes, un jeune homme aux cheveux d'ange, et à la patience, pareille.

 

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Mathieu Trévisan - le jeune homme aux trophées - et Didier Vervaeren, qui a habillé les personnalités montées sur scène. ©Laure Geerts

 

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©Sebastien Van Malleghem

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Behind the scene

Vous pensez que le plus drôle se passait devant ? Oui, mais pas sûr. Derrière la scène, à l'abri d'un grand rideau noir, se jouait la partie concentrée et un brin stressé de la soirée : avant de plonger sous les projecteurs, les acteurs et réalisateurs qui remettaient ou recevaient des prix (au fil des ans, ils sont d'un côté ou de l'autre du trophée, mais savent qu'on peut interchanger les bobines sans perdre le fil de l'histoire) répétaient leur texte et rassemblaient leurs esprits. Dédramatisaient un petit coup de trac, fumaient en scred par une porte ouverte.

 

©Sebastien Van Malleghem

 

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L'équipe de Premier Studio et Mathieu De Mayer backstage © Laure Geerts

 

On s'est demandé avec Astrid Whettnall (Magritte de la Meilleure actrice 2017) lequel, de la mode ou du cinéma, était le plus un métier de fous (et de joie). On n'a pas encore répondu à la question, on devra se revoir l'année prochaine.

 

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Astrid Whettnall et Nicolas Maury, plus adorable l'un que l'autre (quand c'est vrai, il faut le dire) © Laure Geerts

 

On a aussi eu le plaisir d'échanger, quoique trop rapidement, à propos de festivals et de culture avec Nicolas Maury, qui interprète le flamboyant Hervé de la série Dix Pourcent, et qui mériterait un article à lui seul, tant il est délicieux et pertinent.

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Le Mag’ Gala

Aux Etats-Unis, on ne jure que par le Met' Gala, avec, niveau vestiaire, sa surenchère légendaire. Mais à New York, ils n'ont pas Didier Vervaeren, le styliste des Magritte, en photo plus haut, qui en binôme avec Delphine Dumoulin, ont habillé et accessoirisé les vedettes de créateurs belges, et internationaux aussi, un peu.

 

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© Jeff Lanet

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Les coulisses des mises en beauté

Pour dompter les cheveux sous un taux d'hygrométrie défiant la jungle amazonienne, l'équipe de coiffeurs–créateurs aux inspirations Couture de Premier Studio, qui conçoit des coiffures sur-mesure pour shootings et défilés de mode, a discipliné 35 crinières dopées par la pluie. Le focus coiffures pour cette édition ? Selon Jean-Philippe Baup : "le naturel ! Aucune actrice ne souhaitait de construction trop compliquée."

 

Magritte

 

Le challenge de la soirée ?

"Le timing... et la météo. Avec l'humidité, les coiffures réalisées à l'avance retombaient un peu, il fallait rattraper les volumes in extremis avant l'entrée sur scène".

Comment voyez-vous évoluer le cinéma belge ? (à force de le peigner)

"Il grandit chaque année. Mon coup de coeur cette année, c'est Girl. Chaque rôle étaient parfaitement incarné. Lukas Dhont a réussi à livrer une réalité hors clichés, où rien n'était surjoué".

 

Magritte
Victor Polster, Arieh Worthalter, Lukas Dhont et Hippolyte Girardot

 

Mathieu de Mayer, en charge de la cabine maquillage pour Planet Parfum, a réussi le prodige de donner bonne mine à chacun en cet hiver qui bat des records d'occultation solaire, et de distiller du glamour tout en cultivant le naturel.

 

Magritte
©Sebastien Van Malleghem

 

Les grands gagnants de cette 9ème cérémonie sont les spectateurs, qui ont bien rigolé, avant de danser jusqu'au bout de la nuit (pense-t-on, vu qu'à un moment donné, on est quand même rentrées se coucher).

 

Magritte
©Sebastien Van Malleghem

 

Il y avait d'autres lauréats, cependant :

Le palmarès des Magritte du Cinéma 2019

Les 2 collectionneurs de Magritte :

"Girl", le film émouvant - et important - de Lukas Dhont, nominé à 9 reprises, a été couronné de 4 Magritte : Meilleur film flamand, Meilleur scénario, Meilleur acteur dans un second rôle pour Arieh Worthalter, et Meilleur acteur pour délicieux Victor Polster, déjà primé à Cannes pour son interprétation. Si jeune et si conscient, le cinéma (d'auteur ou pas) lui ouvre les bras.

"Nos Batailles" a remporté 5 des 7 prix pour lesquels il était en lice, et notamment les prix du Meilleur film et de la Meilleure réalisation. Lauréat du Magritte du Meilleur premier film il y a deux ans avec Keeper, Guillaume Senez s'inscrit donc une fois encore au palmarès des Magritte du cinéma. Le film remporte également le Prix du Meilleur espoir féminin et de la Meilleure actrice dans un second rôle à Lena Girard Voss et à Lucie Debay. Quant à Julie Brenta, elle remporte son deuxième Magritte pour le Meilleur montage, après celui remporté en 2017 pour Keeper.

Côté documentaire, le prix vient confirmer le succès public de Ni juge ni soumise, de Yves Hinant et Jean Libon, produit par Artemis Production.

MEILLEUR FILM

Nos batailles de Guillaume Senez, produit par Isabelle Truc (Iota Production)

MEILLEUR PREMIER FILM

Bitter Flowers d'Olivier Meys, produit par Valérie Bournonville et Joseph Rouschop (Tarantula)

MAGRITTE DE LA MEILLEURE RÉALISATION

Nos batailles : Guillaume Senez

MEILLEUR FILM FLAMAND

Girl de Lukas Dhont, produit par Dirk Impens (Menuet)

MEILLEUR FILM ETRANGER EN COPRODUCTION

L’homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, coproduit par Sébastien Delloye (Entre Chien et Loup)

MEILLEUR SCENARIO ORIGINAL OU ADAPTATION

Girl : Lukas Dhont, Angelo Tijssens

MEILLEURE ACTRICE

Tueurs : Lubna Azabal (rôle : Lucie Tesla)

MEILLEUR ACTEUR

Girl : Victor Polster (rôle : Lara)

MEILLEURE ACTRICE DANS UN SECOND ROLE

Nos batailles : Lucie Debay (rôle : Laura)

MEILLEUR ACTEUR DANS UN SECOND ROLE

Girl : Arieh Worthalter (rôle : Mathias)

MEILLEUR ESPOIR FEMININ

Nos batailles : Lena Girard Voss (rôle : Rose)

MEILLEUR ESPOIR MASCULIN

L’échange des princesses : Thomas Mustin (rôle : Duc de Condé)

MEILLEURE IMAGE

Laissez bronzer les cadavres : Manu Dacosse

MEILLEUR SON

Laissez bronzer les cadavres : Yves Bemelmans

MEILLEURS DECORS

Laissez bronzer les cadavres : Alina Santos

MEILLEURS COSTUMES

Bye bye Germany : Nathalie Leborgne

MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE

Au temps où les Arabes dansaient : Simon Fransquet

MEILLEUR MONTAGE

Nos batailles : Julie Brenta

MEILLEUR COURT METRAGE DE FICTION

Icare de Nicolas Boucart, produit par Julie Esparbes et Anthony Rey (Hélicotronc)

MEILLEUR COURT METRAGE D’ANIMATION

La bague au doigt de Gerlando Infuso, produit par Annabella Nezri (Kwassa Films)

MEILLEUR DOCUMENTAIRE

Ni juge ni soumise de Jean Libon et Yves Hinant, produit par Patrick Quinet (Artémis Productions)

 

 

Merci aux Magritte du Cinéma pour les photos exclusives de Laure Geerts et de Sébastien Van Malleghem