Ces femmes chefs enfin reconnues par les guides gastro

Mis à jour le 17 novembre 2018 par Sandrine Mossiat
Ces femmes chefs enfin reconnues par les guides gastroArabelle Meierlaan
Arabelle Meierlaan
Arabelle Meierlaan

Première dans l’histoire du Gault&Millau belge, une femme, Arabelle Meierlaen vient d’être nommée « Chef de l’Année 2014»

Une semaine avant le Michelin, le Gault&Millau est sorti hier. Surprise : le palmarès est ultra féminin. En Wallonie, le « Grand de demain » est une fille, c’est Stéphanie Thunus, une ancienne du Gril aux Herbes d’Evan installée depuis même pas deux ans au Gré du Vent à Seneffe. Et puis, il y a Mélanie Englebin, la Bruxelloise considérée comme « Découverte de l’année».

Autre style, celui des Filles Plaisirs Culinaires ou ‘comment la petite restauration décalée, saine et raisonnée entre enfin dans les guides gastronomiques’. Car oui, si le Gault&Millau français a toujours prétendu jouer les éclaireurs, annonceur de tendance, la version belge se montrait jusqu’alors plutôt classique.

Cela étant, en 2012, elle a introduit dans ses pages Finjman, un snack à pitta anversois de qualité. Ici, c’est une table d’hôte toute féminine. Pourquoi ces choix ? Décodage !

1/

Cecila-Mélanie-E

La nouvelle dont on parle

La petite trentaine sage et blonde, Mélanie Englebin vient de sauter le pas : au printemps dernier, elle a ouvert son premier restaurant. Planté à deux pas de la Grand-Place de Bruxelles, dans un environnement où la pitta est reine et l’enseigne attrape-touristes se fait chaine, voici un petit cocon confort et discret sans déco décoiffante mais à l’assiette juste fraîche, moderne et pétillante. Cécila, on le sait, c’est le prénom de la maman.

Quant au père spirituel, on peut peut-être déduire qu’il s’agit d’Yves Mattagne, le chef du Sea Grill** où la jeune femme a fait ses gammes. Voilà, c’est dit, c’est plié : la jeune chef a une touche toute particulière avec les produits de la mer. Son menu-surprise à 34 euros, 4 services, essentiellement maritimes, est la preuve que nous avons affaire à une future grande de la gastronomie.

D’ailleurs, le Gault&Millau 2014 la considère comme sa « Découverte de l’année».

On y va pour : Soutenir Mélanie (c’est dur de lancer un commerce toute seule) mais surtout parce que Cécila, c’est trop bon full plaisir !

Cécila

Rue des Chapeliers 16- 1000 Bruxelles Tél. 02 503 44 74 –

www.cecila.be

Fermé samedi midi et dimanche midi et soir

2/

Les-Filles-Groupe

Ces filles qui déménagent

Installées à leur début dans le bas de Saint-Gilles, Les Filles ont déménagé début septembre dans le centre de Bruxelles où elles ont investi l’espace d’une large et élégante maison de maitre. C’est un brin moins arty et bohème qu’auparavant, mais la formule n’a pas changé ou plutôt si, elle a été améliorée : Les Filles sont désormais ouvertes tous les jours midi et soir, et surtout leur menu est passé de 18 à 15 euros.

Une diminution de prix alors que tout augmente, cherchez l’erreur !?! Le fait est qu’en élargissant leur capacité d’accueil et leurs horaires, Les Filles atteignent désormais plus vite leur quota de rentabilité ; gloire à elles de nous en faire profiter ! Uniquement composé de produits bio et/ou artisanaux et fermiers, leur menu est tout simplement imbattable : 3 entrées, un plat chaud et un dessert à volonté pour 15 euros.

C’est bon et souvent original, la formule est conviviale (la carafe d’eau gratuite et les entrées sont posées à table, mais on se lève pour se servir soi-même pour le plat et le dessert). Bref, une grande leçon pour de nombreux restaurateurs qui font beaucoup moins bon et plus cher.

En marge de la table d’hôte, Line Couvreur et son équipe livrent dans les bureaux des cocottes pour les lunchs d’équipe et autres réunions de travail allergiques au sandwiches mous, jouent les épiceries bio, distribuent les produits Supersec (champignons et algues déshydratées) ou ceux de La Buena Tierra (vinaigres Forum, olives taggiache, ventrèche de thon…) et donnent des cours de cuisine décomplexés.

On y va pour : L’honnêteté de la formule et le rapport qualité/prix imbattable.

Les Filles Plaisirs Culinaires Rue du Vieux Marché aux Grains 46 - 1000 Bruxelles Tél. 02 534 04 83 –

www.lesfillesplaisirsculinaires.be

Ouvert 7/7 midi et soir.

3/

Arabelle-Tomates&Fleurs

Arabelle, enfin chez elle !

Elle nous en parlait depuis longtemps : avec Pierre, son mari, ils avaient racheté un terrain familial, y avaient construit la maison où ils comptaient vivre avec leurs deux petites filles et puis, chemin faisant, ils ont nourri l’envie de concilier vie de famille et évolution professionnelle, de rapprocher le potager de la cuisine, de vivre plus en harmonie…

Le couple a donc entrepris de grands travaux pour élargir leur espace. Depuis toujours fan de déco, la belle a dessiné des lignes, choisi les plus beaux matériaux, imaginé des meubles … De son côté, l’homme de la situation, plutôt doué de ses mains, a enfilé un bleu de travail et travaillé au corps à corps le fer et la pierre du pays.

Le résultat est juste sublime ! Dès que l’on pousse la porte du nouveau restaurant situé à Marchin près de Huy, on est aspiré par la vue sur le jardin, par la qualité de la lumière et de l’agencement, par la beauté tranquille de la cuisine, par la grâce de la cheminée flottant dans la salle à manger. Le reste est au diapason : naturel, serein, généreux …

Quant à la cuisine d’Arabelle, poétique, sensuelle, parfumée, légère mais goûteuse, elle ne peut évidemment que s’épanouir dans cet écrin où d’emblée on se sent si bien ! D’ailleurs On y va pour : La beauté de l’assiette, la délicatesse et le naturel de la cuisine qui s’y dresse.

Arabelle Meirlaen Chemin de Bertrandfontaine 7 - 4570 Marchin Tél. 085 25 55 55 -

www.arabelle.be

Fermé le dimanche et lundi.

4/

Les-Filles-Intérieur-2

Gastronomie – Où sont les femmes ?

Reines du fooding, méconnues du Michelin Dans son livre Elles sont chefs (Flammarion), Gilles Pudlowski, célèbre chroniqueur gastronomique alsacien, dit des femmes-chefs : « Elles donnent à voir une autre idée de la cuisine plus finaude, plus sensuelle, plus chaleureuse, plus audacieuse parfois. »

Avec un indéniable sens pratique, les femmes produisent de superbes bouquins culinaires (parmi mes chouchous dont je vous reparle asap : A la Table de May, La Cuisinière du Cuisinier, Le Livre de Cuisine de Zana, …) ; elles nous simplifient le quotidien (Julie Andrieu, Anne-Sophie Pic, …) ; assouvissent nos envies de chocolat (Trish Deseine) ; nous initient à de nouvelles associations (Danièle Zaif, Fumiko Kono) ; se font prêtresse du bio (Valérie Cupillard, Laurence Salomon, …) ; initient des blogs gourmands à grands succès (comme le chocolateandzucchini.com de Clotilde Dusoulier) ; s’affichent dans et gagnent Top Chef ; ouvrent des lieux inspirés (on pense à Chez Josy à Boisfort, à Oups, un bar à soupe place Flagey, ou à Lilicup) …

Pourtant, la gent féminine est statistiquement sous représentée dans la haute gastronomie. Bizarre, quand on songe au rôle nourricier dévolu, partout et de tout temps, au ‘sexe faible’. Voilà, c’est fait, le cliché est planté : d’un côté, les femmes, ces mères éternelles, celles qui nous alimentent au quotidien, à grand renfort de recettes cousues avec le cœur, de popotes gérées dans un souci d’économie domestique et de menus ordinaires.

De l’autre, les hommes, dont l’implication à la chose culinaire relèverait plus volontiers du grand art et serait du ressort de la Création.

5/

Arabelle-au-fourneau

L’art de la simplicité

Frappant, ce commentaire de Curnonski, l’un des chantres de la chronique gastronomique du début du siècle passé, qui écrit de la cuisine de la mère Brazier (une figure mythique de la restauration lyonnaise ayant obtenu 3 macarons) que celle-ci « atteint tout naturellement ce degré suprême de l’Art : la simplicité. » Dans une interview de Jo Gryn réalisée en mars 2003, l’ancien rédacteur en chef du GaultMillau me disait : « la démarche des femmes en cuisine est plus instinctive et spontanée ».

Tandis que Paul Van Craenenbroeck, l’ex-inspecteur général du Michelin Benelux expliquait que « ce qui peut distinguer la cuisine des femmes de celle des hommes, c’est que ceux-ci ont souvent une approche plus intellectuelle, plus sciemment construite et plus technique. Ceux-ci font davantage de recherches, imaginant de nouveaux plats en les passant éventuellement au tamis d’un nouveau concept. À l’inverse, les dames fonctionnent à l’intuition et au travers de leur environnement immédiat. »

Et l’ex-monsieur Michelin de renchérir en évoquant les mères Fillioux, Brazier, Blanc ou Bourgeois, papesses de la cuisine bourgeoise, dont « la force était d’utiliser les produits du terroir qu’elles connaissaient sur le bout des doigts et de laisser parler leurs tripes ».

6/

GambasNicolas

Du talent mais pas dans le faire-savoir

Ainsi Gilles Pudlowski met le doigt sur « la faiblesse » de femmes en cuisine : « Ces dames ont de l'imagination, du doigté, de la finesse… Elles ont, en sus des hommes, de la générosité. Ce qui leur manque pour faire parler d'elles, comme Bocuse et consorts ? Un rien de franc-parler sans doute. Leur défaut est la discrétion. Elles ont le savoir-faire. Il leur manque souvent le faire-savoir. » Pierrot Fonteyne, Président d’Honneur des Maîtres Cuisiniers de Belgique, complète : « par rapport aux hommes, à certains grands chefs qui font des dépenses somptuaires pour leurs établissements, beaucoup de show et de communication, les femmes ont plus l’instinct de préservation, elles sont beaucoup moins mégalo et nettement plus discrètes. » C’est noté, les filles ?!? Faites jouer le tam-tam !

Émulsion d’extraits d’articles signés Sandrine Mossiat et parus dans Ambiance Culinaire (oct. 2013), ELLE Belgique (sept. 2006) et Victor (mars 2003).