Jamais tenues spectaculaires n’avaient semblé aussi nécessaires comme moyen d’expression et de communication. Les vêtements dotés d’une personnalité forte, qui parlent d’eux-mêmes, sont rares. C’est pourtant exactement ce que nous avons vu ce matin à Paris, lors du défilé printemps-été 2027 de Chloé. Des teintes intenses de rouge tomate et de jaune canard en plastique donnaient encore plus d’impact aux longs manteaux imperméables et aux chapeaux à larges bords assortis. Retombant sur un côté du visage, ces derniers dissimulaient un œil. Au passage des mannequins, l’excédent de tissu traînait gracieusement derrière elles. Avec les lunettes de soleil, l’ensemble insufflait une touche bohème très années 70, mais revisitée avec caractère. En clair, ce n’était pas le style bohème de votre mère.
La collection offrait un véritable festival de textures. Des franges dévoilaient les épaules, tandis que la dentelle délicate habillait des silhouettes mêlant les années 80 et 70. Les pompons se balançaient joyeusement, les bralettes argentées ornées de fleurs scintillaient et le bermuda signait son grand retour. Les décolletés en V plongeants apportaient une touche sexy. Les robes longues ajourées portaient, quant à elles, indéniablement la signature du Chloé de la directrice artistique Chemena Kamali. Une foule de petits détails invitaient à la rêverie : lunettes de soleil à chaînettes, petits chapeaux de marin, boucles d’oreilles asymétriques surdimensionnées et dentelle sous toutes ses formes.
Les temps forts de la collection résidaient dans les idées qui semblaient étonnamment nouvelles chez Chemena. Il y avait ainsi ces imperméables aux couleurs vives avec leurs chapeaux assortis, ainsi que plusieurs trenchs très singuliers. Échancrés et marqués par une influence Y2K, ils présentaient une encolure carrée laissant apparaître un effet bralette en dentelle. Autre proposition intéressante : des tops en dentelle presque transparents, davantage ajourés que couvrants. Mais ce sont surtout les premiers looks, composés de gros pompons superposés, qui insufflaient à la collection une dynamique résolument joyeuse. Sans oublier les immenses manches à volants et leurs couches généreusement accumulées. Pour celles qui en doutaient encore, Chloé a clairement décrété que l’été serait la saison des manches XXL.

Détails ajourés, silhouettes inspirées de la lingerie et profusion de pompons : intégrer autant de tendances populaires à la fois tout en restant fidèle à la vision de la maison n’a rien de simple. Ici, l’alchimie semblait opérer à merveille. Beaucoup de ces créations dans l’air du temps formaient des total looks faciles à porter, capables de transmettre immédiatement un message fort. Également au programme : des pièces d’extérieur chic à double col, des ponchos transparents superposés à des vestes utilitaires oversize et des jupes asymétriques, courtes devant et longues derrière, en jaune pâle et blanc. Les combinaisons aux couleurs vives, ornées d’appliqués floraux, et les grandes jupes virevoltantes incarnaient le dopamine dressing à l’état pur.

Trois ans après l’arrivée de Kamali chez Chloé, la maison s’épanouit bien au-delà du registre bohème. La créatrice a exploré aussi bien les archives Chloé de Karl Lagerfeld des années 70 et 80 que la réédition des sandales compensées en liège devenues virales, issues de l’emblématique collection printemps-été 2006 de Phoebe Philo. Cette fois, nous avons aperçu sur le podium un sac en perles en forme de bracelet. Le modèle de Philo avait été présenté pour la première fois dans la collection printemps-été 2002 de Chloé. Puiser dans les archétypes féminins de la maison est clairement devenu la signature de Kamali. Les saisons précédentes semblaient encore largement tournées vers les archives. Pour le printemps-été 2027, Kamali s’est manifestement sentie plus libre de dévoiler sa propre vision affirmée de Chloé.


