En Belgique, 32 personnes apprennent chaque jour qu’elles sont atteintes d’un cancer du sein. Derrière la peur et l’incertitude se cache aussi autre chose : de la solidarité, de l’espoir, et des initiatives concrètes qui changent réellement le quotidien.
En octobre, nous vous avions demandé, en collaboration avec Think Pink, de faire quelque chose qui demande beaucoup de courage : raconter votre diagnostic avec vos propres mots. Pour aller au-delà des statistiques anonymes, vous nous avez parlé de ce moment où tout bascule, des peurs, de la relation au corps, de l’entourage. Au total, 92 lectrices de toute la Belgique, francophones et néerlandophones, ont répondu à notre enquête. Ensemble, elles rappellent que le cancer du sein ne suit aucun cliché, et que derrière chaque histoire se cache une force insoupçonnée.
Le cancer du sein n’a pas d’âge
Beaucoup pensent encore que le cancer du sein concerne surtout les femmes d’un certain âge. Vos témoignages démontrent le contraire. Parmi les participantes, l’âge au moment du diagnostic varie de la vingtaine à plus de 70 ans, avec une moyenne autour de 49 ans. La majorité se situe dans la quarantaine et la cinquantaine, mais un nombre important avait moins de 40 ans : certaines étaient encore étudiantes, d’autres débutaient leur carrière ou avaient de très jeunes enfants. « Le cancer du sein est toujours lié aux femmes plus âgées », écrit une lectrice. Une autre souligne combien les médias véhiculent l’image de jeunes femmes fortes, sportives, infaillibles, une image qui rend le choc d’autant plus brutal lorsque la réalité contredit ces stéréotypes.
Le choc du diagnostic
Parfois, c’est lors d’un contrôle de routine, une mammographie ou une échographie « par précaution », qu’une anomalie apparaît. D’autres fois, on remarque soi-même une petite boule, une zone durcie ou un changement soudain dans la sensation du sein. Il arrive aussi que les signes soient plus diffus : fatigue inhabituelle, douleur étrange, léger gonflement… des symptômes que l’on ne reconnaît souvent comme des signaux d’alerte qu’après coup.
Les mots que vous utilisez reviennent comme un écho : choc, irréel, injuste, paralysant. « Abattue, en colère, perdue… mais aussi très entourée et aimée », résume une participante. Fait marquant : le mot « malin » apparaît souvent pour la première fois… sur un écran. Dans un dossier médical en ligne, un courriel ouvert dans la cuisine, une notification d’application, loin du face-à-face avec un médecin.
Partager la nouvelle est aussi un moment extrêmement difficile. Beaucoup disent avoir essayé avant tout de rassurer leurs proches, alors qu’elles-mêmes n’arrivaient pas encore à réaliser. « Ne vous inquiétez pas, tout ira bien, je suis forte », écrivait l’une d’elles dans un groupe de discussion. Plus tard, elle réalise que c’est elle qui tentait de réconforter les autres.
Mais vos récits montrent aussi l’importance des gestes simples : une collègue qui annule discrètement des rendez-vous pour vous, une amie qui s’allonge à vos côtés sur le canapé, un voisin qui dépose une soupe sans poser de questions. Ce sont ces moments-là qui brisent la solitude.
Vivre avec un corps transformé
Presque toutes les répondantes décrivent un bouleversement profond dans leur relation avec leur corps. Certaines phrases sont dures : « Mon corps ne m’appartient plus », « Je suis en colère contre lui ». Cicatrices, asymétries, prothèses, variations de poids… L’image de soi est perturbée. Des gestes autrefois anodins, se déshabiller, essayer un soutien-gorge, se regarder dans le miroir, deviennent lourds de sens. S’ajoutent les effets secondaires des traitements : fatigue, douleurs, sautes d’humeur, ménopause précoce. Beaucoup ressentent que leur corps fonctionne désormais au rythme des rendez-vous médicaux, des médicaments et des analyses.
Pourtant, au milieu de ces mots douloureux, certaines décrivent une lente reconstruction : un nouveau rapport au corps, plus indulgent, plus conscient. D’autres apprennent à voir leurs cicatrices comme les traces d’un combat mené. « Je n’avais plus confiance, mais petit à petit cela revient », témoigne une lectrice.
Pourquoi avoir une communauté est si important
« On se sent souvent seule. Le soutien est toujours bienvenu », écrit l’une d’entre vous. Même avec un entourage aimant, certaines choses ne peuvent être comprises que par d’autres femmes qui vivent la même expérience : l’angoisse avant un résultat, la première fois devant le miroir après une opération, la difficulté de monter un escalier. Cette communauté peut être petite : un groupe en ligne, quelques femmes rencontrées en salle d’attente, une amie passée par là. Ce qui revient constamment dans vos récits : être comprise sans avoir à s’expliquer change tout.
Think Pink : bien plus qu’un ruban rose
De nombreux témoignages mentionnent Think Pink comme un repère essentiel. L’organisation nationale lutte depuis 2007 pour la sensibilisation, l’information et la détection précoce.
Leur action va bien au-delà du symbole : grâce à des fonds spécifiques (Coupe d’Eclat, SMART Fonds, Share Your Care), Think Pink aide financièrement et concrètement les personnes concernées; perruques, soutien pratique, projets de recherche innovants…
La Think Pink Box, distribuée gratuitement dans les Cliniques du Sein agréées, revient souvent comme un vrai rayon de soleil : informations, conseils financiers, adresses utiles, petit coussin en forme de cœur destiné à protéger les cicatrices… Un geste simple mais précieux. Les événements comme la Race for the Cure créent également du lien en rassemblant patientes, proches et soutiens dans une immense vague rose de solidarité.
Pour beaucoup de lectrices, Think Pink est l’un des premiers endroits où elles se sentent moins seules : via le site, les réseaux sociaux, les brochures, les événements sportifs ou les groupes de soutien. Les mots « soutien », « information », « reconnaissance » et « paix » reviennent régulièrement dans l’enquête. Le groupe Facebook privé « Think Pink pour victorieux(ses) » est souvent décrit comme un espace chaleureux, bienveillant, où poser des questions et trouver un réconfort immédiat.
Votre histoire compte
Quand nous avons lancé cette enquête, c’était avec un souhait clair : rendre le cancer du sein moins abstrait, surtout pour les jeunes femmes. Grâce à vos témoignages sincères, parfois bruts, parfois pleins d’espoir, c’est réussi. Si vous souhaitez agir pour vous-même ou pour quelqu’un d’autre : parlez-en. Ne repoussez pas le rendez-vous de votre mammographie. Les chiffres de 2023 (Agence Intermutualiste AIM) sont interpellants : seules 49,7 % des femmes en Flandre, 9,3 % à Bruxelles et à peine 4,3 % en Wallonie et en Communauté germanophone participent au programme de dépistage gratuit du cancer du sein. Alors que cet examen simple, proposé tous les deux ans aux femmes de 50 à 69 ans, peut littéralement sauver des vies : en cas de tumeur détectée tôt, le taux de survie à cinq ans est aujourd’hui de 93 %. Faites-en votre priorité et rappelez à vos amies, collègues, sœurs et filles que le cancer du sein n’a pas d’âge. Et si vous êtes en plein parcours : cherchez l’endroit où vous vous sentez réellement soutenue : Think Pink, votre clinique du sein, un groupe en ligne, ou simplement les personnes qui vous entourent.
Cet article a été écrit en étroite collaboration avec Think Pink.