1. Parfums post-nature
La nature reste une source d’inspiration, mais les parfumeurs s’aventurent désormais au-delà de ce qu’elle offre réellement. Ils partent d’éléments sans odeur pour repousser les limites de la création, comme Jade d’Amour de la collection Flowers for Future de Thomas de Monaco ou la ligne Essences de Diptyque qui capte par exemple l’« odeur » du corail. Prada utilise même l’IA pour recréer un jasmin plus vrai que nature.
Selon Ioana Kroonen, propriétaire de Beauty by Kroonen, « les molécules synthétiques apportent une structure lumineuse et nette. Elles tiennent longtemps sans alourdir ». Une approche qui esquisse une nature imaginée, presque projetée dans le futur.
2. Oud léger & boisé
Le oud reste incontournable, mais s’allège enfin, libéré des codes hivernaux et des silhouettes en velours. Les marques en explorent les facettes douces et fraîches, en l’associant aux agrumes, aux fleurs et aux bois minéraux.
« L’oud reste populaire, mais les déclinaisons animales s’estompent. Les parfums plus denses deviennent surtout enveloppants et chaleureux », note Sara Rouffaer, Managing Partner chez LXS Luxury Cosmetics. Une nouvelle génération de oud se dessine donc, moins fumée, plus aérienne.
On le voit dans Goudh de Fugazzi, Bittersweet Oud de Loewe, où le pamplemousse et l’orange tranchent dans la résine, ou encore dans Oud Voyager de Tom Ford, élargi par une pivoine rouge et un géranium vibrant.
3. Notes néo-nostalgiques
Les fleurs classiques reviennent, teintées d’un souffle rétro. Iris poudré, violette et muguet réapparaissent dans des compositions où l’on recherche un geste nostalgique que beauté et mode réexplorent depuis plusieurs saisons. Sara observe aussi un engouement pour la rose dite « sale » : une rose avec du tempérament, de la densité et une touche légèrement brute. Cuir, safran, cacao ou encens accentuent cette profondeur.
Et une autre fleur retrouve le devant de la scène. « Je pense que la lavande va s’imposer en 2026 », anticipe Remco Verbooij, Brand Director chez Skins Cosmetics.
4. L’art du layering
En 2026, le parfum devient matière première. Les marques conçoivent des formules qui prennent tout leur sens lorsqu’elles sont superposées. Remco confie : « Le layering me passionne en ce moment. J’espère que beaucoup oseront créer leur propre garde-robe olfactive ». Sara confirme : « Les gens personnalisent davantage leur parfum, ils s’amusent avec les combinaisons ».
Skins lance ainsi quatre boosters — lacté, musqué, fruité, boisé — pensés pour enrichir d’autres parfums. La marque française FASCENT, elle, s’est construite entièrement autour du layering.
5. Gourmands revisités
Les gourmands poursuivent leur ascension, mais se réinventent : moins sucrés, plus subtils. « On voit des gourmands délicats, crémeux, laiteux ou poudrés, qui enveloppent la peau comme un textile doux et tiennent longtemps », explique Ioana.
Côté ingrédients, Sara note l’omniprésence de la poire, de la banane, de la mangue, de la pêche et de la cerise, souvent mariées au cacao ou à la pistache. « Riches, sans pour autant évoquer un dessert. » Remco souligne lui aussi le rôle majeur de la pistache… et le retour discret de la châtaigne.
6. Brumes pour le corps et les cheveux
Parfaites pour le layering ou pour celles et ceux qui trouvent les eaux de parfum trop intenses, les brumes s’installent au croisement du soin et du parfum. Les marques orientées Gen Z, comme Kylie Cosmetics ou Sol de Janeiro, misent sur des signatures douces et addictives, tandis que des maisons premium déclinent leurs best-sellers en versions plus légères.
7. Vanille nouvelle génération
Ioana observe une transformation profonde de la vanille : « On découvre des facettes inédites, souvent pour révéler ses côtés épicés, fumés, voire salés ». Parmi les exemples marquants : Mes Bisous Tobacco Flirting with Vanilla ou Vanille Caviar de BDK Parfums.
D’autres compositions séduisent par leur architecture : Novae Vanilla d’Atelier des Ors, qui réunit trois variétés de vanille et de la mimosa solaire, ou encore Libre Vanilla Couture chez YSL, où lavande et rhum sculptent une vanille plus contrastée.
8. Boosters d’humeur
Le parfum devient un geste mental, un outil d’alignement. En 2026, son rôle émotionnel s’impose pleinement. « Adapter son parfum à son humeur, c’est l’utiliser comme un langage », remarque Sara.
En Belgique, Loucil exploite l’IA pour élaborer un design neuroscent orienté vers trois états : Relax, Focus et Energy. Vyrao s’appuie sur des recherches IRM et une base musc-ambrox pour stimuler l’attraction. Love Frequency de Charlotte Tilbury associe rose, safran et bois de cachemire à des molécules conçues pour renforcer l’élan émotionnel.
9. ‘Boom boom’ extravagance
L’esthétique « boom boom » — maximaliste, assumée, brillante — gagne le parfum. Les notes puisent dans l’énergie nocturne des années 80, là où la fête devenait une attitude.
Lola at Coat Check de Discothèque évoque une nuit qui commence tôt et finit tard. Born in Roma Rendez-Vous Ivory de Valentino, inspiré de Studio 54, mêle mandarine verte et guimauve pour une luminosité façon piste de danse.
10. Mania d’Asie
Le mouvement déjà visible en design, en skincare ou en gastronomie s’étend clairement au parfum : l’Asie inspire, structure, irrigue les créations. Aux maisons historiques comme Kenzo, Issey Miyake ou Shiseido s’ajoutent de nouveaux labels comme J-Scent, qui mettent à l’honneur le thé grillé, le yuzu ou le sakura.
Certaines maisons s’imprègnent plus largement des rituels japonais, sud-coréens ou chinois. Floraïku compose autour des cérémonies de thé et des haïkus. Obvious décline une ligne Kakigōri, hommage à la glace pilée japonaise. L’Artisan Parfumeur explore la Chine avec Fleur de Lune. Et chez Bottega Veneta, Hinoki propose une lecture contemporaine du cèdre japonais.
Pour Remco de Skins, cette vague s’inscrit dans une transition plus globale : « Les parfums intenses resteront présents, mais on voit clairement s’affirmer une alternative plus légère, plus intime ».