Esperanzah! marque des points et fait tout pour s’assurer la bonne rรฉputation du festival le plus safe de Belgique, grรขce ร la mise en place d’une campagne costaude contre le harcรจlement et les agressions sexuelles, et un chatbot dรฉveloppรฉ spรฉcialement pour lโรฉvรจnement.
Dโannรฉe en annรฉe, le sujet fait lโeffet dโun douloureux marronnier : les festivals, grandes messes estivales de la musique, sont aussi des lieux dโagressions sexuelles rรฉpรฉtรฉes, du harcรจlement au viol. Dramatiques, les titres de la presse font lโeffet dโun coup de poing, qui se rรฉpรจte ร chaque viol perpรฉtrรฉ dans nos festivals prรฉfรฉrรฉs. En 2019, รชtre une femme en festival, cโest encore risquer son intรฉgritรฉ physique et mentale par la faute de quelques individus qui nโont toujours pas intรฉgrรฉ la notion de consentement.
Longtemps, les festivals eux-mรชmes ont รฉtรฉ pointรฉs du doigt. Bien sรปr, la responsabilitรฉ des violences sexuelles ne leur incombe pas. Mais ils ont bien celle dโoffrir aux festivaliรจres โ qui constituent en moyenne la moitiรฉ de leur public โ un รฉvรจnement aussi sรฉcure que possible, oรน tout est mis en ลuvre pour diminuer le danger. Et cela, certains lโont enfin compris. Cโest le cas dโEsperanzah!, qui coordonne pour la deuxiรจme annรฉe dโaffilรฉe le plan SACHA, un plan de lutte contre le harcรจlement et les agressions sexistes et sexuelles, spรฉcialement conรงu pour les milieux festifs. ยซ Admettre la rรฉalitรฉ du phรฉnomรจne, cโest assumer que ces รฉvรจnements ont lieu, mais qu’ils sont banalisรฉs et invisibilisรฉs. Cโest la premiรจre รฉtape pour une vรฉritable prise en charge ยป, estime Amandine Verfaillie, la coordinatrice du plan SACHA. Et cette annรฉe, le festival vient ajouter une nouvelle arme ร son artillerie anti-agressions.
Un ยซ bot ยป pour orienter les victimes d’agressions
Un chat, mais du genre Messenger, viendra dรฉsormais rรฉpondre aux questions de victimes ou tรฉmoins de violences sexistes et sexuelles. Le dispositif vise notamment celles et ceux qui nโosent pas dรฉclarer immรฉdiatement les faits auprรจs de la police ou sur le site du festival, oรน une cellule dโaccueil et dโaccompagnement est installรฉe. ยซ Cโest un outil de dรฉtection et dโorientation ยป, dรฉcrypte Amandine Verfaillie. ยซ Les questions et rรฉponses prรฉdรฉfinies aident ร dรฉfinir et identifier ce qui a รฉtรฉ vรฉcu. Ensuite, il s’agit dโorienter vers la bonne personne ou association du rรฉseau pour rรฉagir ยป.
Le ยซ SACHA bot ยป permettra aussi de recueillir des statistiques sur lโampleur du phรฉnomรจne, et notamment sur les lieux d’agressions signalรฉes. ยซ Certains ne veulent pas forcรฉment sโorienter vers des psys par exemple, mais simplement laisser une trace de ce qui est arrivรฉ ยป, explique la coordinatrice de lโaction. Parce que visibiliser, cโest dรฉjร lutter. Mais ce nโest pas la seule action de la campagne.
Fin de la zone grise
En amont dโEsperanzah!, une รฉquipe de ยซ Super SACHAโs ยป, soit une trentaine de bรฉnรฉvoles, a รฉtรฉ formรฉe ร la problรฉmatique particuliรจre des violences sexistes et sexuelles. Ces super-hรฉros de plaine de festival sensibiliseront ร leur tour le public, en lui partageant par exemple des outils dโauto-dรฉfense verbale. Une opportunitรฉ de claquer le clapet de ceux qui se permettent remarques et attouchements, tout en alertant les festivaliers alentours. Tout le staff du festival, du camping au bar, a รฉgalement รฉtรฉ formรฉ ร une procรฉdure spรฉcifique en cas dโagression.
Esperanzah! mรจne en parallรจle une campagne de prรฉvention et de sensibilisation visuelle, et des stands proposent des informations sur des sujets aussi รฉclairรฉs que le consentement et la notion dโalliรฉ. Pour Amandine Verfaillie, ยซ les gens ne sont toujours pas trรจs au clair par rapport ร ce qui constitue du harcรจlement ou une agression. On parle de ยซ zone grise ยป, pour justifier le non-dit et enfreindre la libertรฉ de lโautre. Mais cette zone grise nโexiste que parce quโon ne nomme pas les choses : on les contourne. On a encore une vision trรจs รฉrotico-romantique de la sรฉduction, oรน tout doit se passer dans le non-verbal. Il faut dรฉconstruire ces postures culturelles stรฉrรฉotypรฉes oรน la femme se refuse pour mieux accepter ensuite. Et pour cela, on sโadresse aussi tant aux hommes quโaux femmes ยป.
Une cellule de prise en charge psycho-sociale est รฉgalement rรฉpartie sur deux ยซ safe-spaces ยป. Cette annรฉe, SACHA sโattรจle en plus ร รฉduquer les festivaliers ร dรฉmasquer leurs privilรจges (hรฉtรฉrosexuels, blancs, cisgenre, etc.) via un plan dโaction ร part et un test en ligne. Un sacrรฉ plan dโattaque.
Gare au victim-blaming
Si toutes ces actions sont bรฉnรฉfiques, force est nรฉanmoins de constater que la plupart restent adressรฉes aux victimes et ร leur entourage. Pourtant, comme lโexprimait encore lโautrice et membre de lโASBL Garance pour la RTBF, ยซ les responsabilitรฉs ne sont jamais du cรดtรฉ de la victime, ni mรชme “partagรฉes” : le seul responsable d’un viol, c’est l’agresseur. Et c’est donc ร lui que doivent s’adresser les messages de prรฉvention, c’est lui qui doit รชtre encadrรฉ et c’est ร sa “libertรฉ” ร lui qu’il s’agit de mettre des limites ยป. Un changement des mentalitรฉs nรฉcessaire et qui se fait progressivement, mais toujours un peu trop lentement. Amandine Verfaillie estime รฉgalement que sโadresser directement aux agresseurs reste relativement inefficace : ยซ personne ne sโidentifie jamais directement ร eux. Cโest une question trรจs dรฉlicate sur laquelle on travaille. Pour nous, il sโagit dโabord de savoir comment on peut rรฉagir face ร des agresseurs. Jโai peur que si on pointe directement les hommes comme de potentiels agresseurs, notre discours soit immรฉdiatement rejetรฉ. Quand on sโadresse aux hommes aujourdโhui ร ce sujet, ils sont nombreux ร se sentir attaquรฉs ยป.
Sujet dรฉlicat, donc, mais pas impossible ร aborder, comme le prouvent les affiches qui seront prรฉsentรฉes ร Esperanzah! les 2, 3 et 4 aoรปt prochain : ยซ de la cour au jardin, mon cul ne veut pas de ta main ยป, ou encore ยซ mon corps nโest pas un sujet de dรฉbat ยป, peut-on y lire. Car le problรจme, ร trop craindre de sโadresser aux agresseurs, cโest de reporter รฉternellement la faute sur les victimes. ยซ Dire aux femmes de faire attention ร leur environnement, cโest inutile : cโest dรฉjร ce quโelles font. Leur rappeler des stratรฉgies de dรฉfense et de survie, cโest leur faire violence, en fait. รa nโa pas beaucoup de sens ยป, revendique Amandine Verfaillie.
En attendant, le plan SACHA semble dรฉjร un bon dรฉbut, pour tout รฉvรจnement pro-actif contre les violences sexuelles et sexistes. Il sera dโailleurs rรฉpliquรฉ aux Solidaritรฉs, au Jivazik, aux 24 Heures Vรฉlo de Louvain-La-Neuve et sur le campus de lโULB. On avance.
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