On connaît les conséquences des régimes express sur la fatigue, l’humeur ou la masse musculaire. Beaucoup moins sur notre chevelure. Pourtant, lorsqu’on impose à son organisme une restriction alimentaire brutale, les follicules pileux peuvent trinquer eux aussi. Le plus vicieux dans l’histoire ? Les dégâts ne sont pas nécessairement immédiats. Et même après avoir repris une alimentation parfaitement normale, vos cheveux peuvent commencer soudainement à tomber par poignées.
Pourquoi nos cheveux n’aiment pas les régimes drastiques
Pour comprendre, il faut se pencher sur le fonctionnement du cheveu. Ce dernier suit un cycle bien précis, alternant une phase de croissance, appelée anagène, une phase de transition, dite catagène, puis une phase de repos, ou télogène, à l’issue de laquelle il tombe naturellement.
Or, une perte de poids rapide peut perturber cette mécanique. « Une perte de poids rapide peut changer le cycle naturel des cheveux. Cela peut arriver lorsque l’alimentation ne fournit plus assez de nutriments », explique le Dr Abdulaziz Balwi, chirurgien capillaire et directeur médical de la clinique Elithair.
En cause, notamment, le stress physiologique provoqué par une restriction calorique importante. Face à un apport énergétique insuffisant, l’organisme privilégie ses fonctions vitales. La fabrication des cheveux, qui n’est pas indispensable à notre survie, peut alors passer au second plan.
Résultat : un nombre inhabituellement élevé de follicules entre prématurément en phase de repos. Quelques semaines à quelques mois plus tard, les cheveux concernés tombent. Ce phénomène porte un nom : l’effluvium télogène. Contrairement à certaines formes d’alopécie, il s’agit généralement d’une chute diffuse et temporaire, qui touche l’ensemble du cuir chevelu plutôt qu’une zone précise.
Fer, protéines, zinc : le trio à ne pas sacrifier
Le problème des régimes express ne se résume pas aux calories. À force de supprimer des catégories entières d’aliments ou de réduire drastiquement les portions, on risque aussi de priver son organisme de nutriments essentiels. « Les cheveux ont besoin de protéines, de fer et de zinc pour rester en bonne santé. Lorsque l’alimentation devient trop restrictive, les cheveux peuvent en subir les conséquences », rappelle le Dr Balwi.
Les protéines sont notamment indispensables à la fabrication de la kératine, principal constituant de la fibre capillaire. Le fer participe au transport de l’oxygène dans l’organisme, tandis que le zinc intervient dans de nombreux mécanismes cellulaires, notamment ceux liés à la croissance des tissus.
Et la chute n’est pas le seul problème. Une alimentation déséquilibrée peut également affecter l’aspect de la chevelure. Le spécialiste évoque ainsi une perte de brillance, des cheveux plus rêches ou cassants et un ralentissement de la pousse, notamment lorsque les apports en lipides essentiels deviennent insuffisants.
Attention toutefois : une perte de cheveux après un régime ne signifie pas automatiquement qu’une carence est présente. Une perte de poids importante ou un déficit énergétique marqué peuvent suffire à déclencher un effluvium télogène, même sans carence biologique démontrée.
Pourquoi la chute apparaît-elle parfois trois mois plus tard ?
Cette latence s’explique par le cycle capillaire. Les follicules qui interrompent prématurément leur croissance ne libèrent pas immédiatement leurs cheveux. Ceux-ci restent quelque temps en place avant de tomber.
La bonne nouvelle, c’est que l’effluvium télogène est généralement réversible. Une fois le facteur déclencheur corrigé, la croissance peut reprendre progressivement. Il faut néanmoins compter plusieurs mois avant de retrouver une densité satisfaisante, le cheveu poussant en moyenne d’environ un centimètre par mois.
Comment perdre du poids sans sacrifier ses cheveux ?
Faut-il pour autant renoncer à perdre du poids ? Non. L’enjeu consiste surtout à éviter les restrictions brutales et à préserver des apports nutritionnels adaptés. Le Dr Balwi recommande de privilégier « des régimes progressifs et équilibrés, plutôt que de céder aux tendances des réseaux sociaux dites “drastiques” ».
Concrètement, cela signifie conserver des apports suffisants en protéines, varier les sources de fer et de zinc, ne pas supprimer systématiquement les matières grasses et éviter les déficits caloriques extrêmes. Se faire accompagner par un professionnel de santé peut également permettre de mieux adapter l’alimentation aux besoins individuels.
Quant aux compléments alimentaires censés sauver notre chevelure, inutile de dévaliser la pharmacie au premier cheveu retrouvé dans la douche. Leur intérêt dépend de l’existence d’une carence ou d’un besoin particulier. Avaler du fer ou du zinc sans indication médicale n’accélère pas nécessairement la repousse et peut même présenter des risques en cas d’excès.
Enfin, si la chute devient importante, persiste ou s’accompagne d’autres symptômes, une consultation s’impose. Troubles thyroïdiens, variations hormonales, médicaments ou autres problèmes de santé peuvent également être en cause.
« Si une chute de cheveux apparaît après une perte de poids, il ne faut pas nécessairement l’attribuer uniquement au régime. Plusieurs facteurs peuvent être en cause », insiste le médecin, qui recommande un diagnostic avant d’envisager une supplémentation.