Si vous avez remarqué que vos crèmes parlent désormais de récupération cutanée, que les soins en institut promettent de réparer une peau « surstimulée », que le rétinol ou les acides s’introduisent par paliers et que le collagène s’impose comme un réflexe quasi nutritionnel, ce n’est pas qu’une impression.

La beauté a changé de vocabulaire. Récupération, protocole, inflammation, bilan, optimisation, elle semble désormais piocher autant dans le vestiaire sportif que dans le cabinet du dermatologue.

Mais pourquoi nos soins se mettent-ils à parler comme des programmes d’entraînement sportif ?

 

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Ce basculement semble suivre une tendance de fond plus large, celle d’un corps qu’on cherche moins à corriger qu’à accompagner. On veut mieux dormir, mieux manger, mieux bouger et visiblement mieux récupérer, y compris au niveau de la peau.

Elle devient alors un organisme vivant, parfois sollicité jusqu’à saturation, plutôt qu’une simple surface à lisser. Une vision plutôt juste, à laquelle le marketing, jamais très loin de notre salle de bains, sait évidemment trouver son compte.

 

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Ce changement de vocabulaire, c’est du marketing ou un vrai besoin de la peau ?

Sans doute un peu des deux, avouons-le. Écrire « récupération » plutôt qu’« apaisement » change déjà notre manière de voir un produit. Une peau fragile qu’on soigne devient un organisme sollicité qu’on répare, la version cutanée d’un corps qu’on remettrait sur pied après l’effort, ce qui flatte forcément plus qu’un simple constat d’irritation.

Le vocabulaire est habile, mais le besoin qu’il décrit est bien réel. La démocratisation du rétinol, des acides exfoliants et des peelings à domicile a rendu les routines plus expertes, mais aussi parfois plus agressives. À trop vouloir lisser, renouveler, exfolier et « booster », certaines peaux finissent par ne plus rien tolérer. Un constat que partagent de nombreuses expertes, dont Hana, gérante de Hana Skin, un institut réputé pour son expertise en skincare, avenue Louise à Bruxelles : « Je vois de plus en plus de peaux surstimulées par des routines trop chargées », nous explique-t-elle lors de notre entretien pour ELLE.be. « Elles ne manquent pas forcément de soins, bien au contraire. Elles ont surtout besoin qu’on répare leur barrière cutanée et qu’on réintroduise les actifs de manière plus progressive et plus cohérente. »

 

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Chez Hana Skin, la récupération commence donc par un diagnostic et une observation attentive de la peau, qui n’a pas toujours besoin d’un nouvel actif spectaculaire. Parfois, une routine raccourcie, des formules plus douces et un peu de patience font déjà très bien le travail, moins impressionnant sur Instagram, certes, mais souvent plus sensé.

 

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Reste que la récupération n’est qu’une partie de l’équation. Comme un sportif qui reprend l’entraînement après une phase de repos, encore faut-il savoir réintroduire les actifs forts sans repartir exactement dans les mêmes excès.

Des actifs introduits comme un programme d’entraînement

C’est sans doute à ce stade que le parallèle avec le sport devient le plus évident, et que l’on comprend pourquoi tant de produits parlent désormais de programme, de protocole ou de progression.

Le rétinol, la vitamine A ou les acides exfoliants ne sont plus présentés comme de simples ingrédients à appliquer, mais comme des actifs auxquels la peau doit progressivement s’habituer. On commence doucement, on observe sa réaction, puis on augmente éventuellement le rythme. Autrement dit, la routine adopte presque tous les codes d’un programme d’entraînement.

Cette logique ne se limite d’ailleurs plus aux discours des marques. Elle gagne aussi les instituts, où le rôle de la praticienne se rapproche parfois de celui d’un coach : observer, adapter et éviter que l’enthousiasme ne se transforme en surentraînement cutané.

C’est notamment l’approche défendue par The Happy Skin, une structure belge qui accompagne les instituts et cabinets dans leurs protocoles de soin, avec des marques réputées comme Environ, Advanced Nutrition Programme ou jane iredale. Le conseil, l’observation et l’ajustement viennent alors remplacer les expérimentations un peu hasardeuses menées seule devant le miroir.

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Environ, pousse d’ailleurs cette logique jusque dans son Vitamin Step-Up System, conçu pour exposer progressivement la peau à des concentrations croissantes de vitamine A. L’idée n’est donc pas de commencer directement par la formule la plus intense, mais de construire une progression adaptée à sa tolérance. La peau ne va pas forcément plus vite parce qu’on lui en demande davantage. Comme souvent, l’enthousiasme gagne à être un peu organisé.

Reste que progresser par étapes ne suffit pas si le programme de départ n’est pas adapté. Aucun coach sérieux ne prescrirait exactement la même séance à tout le monde ; la beauté reprend désormais cette logique à son compte, en multipliant les bilans, les diagnostics et les routines dites personnalisées.

La skincare personnalisée : une vraie science ou un bon coup marketing ?

Sur le papier, la comparaison sportive se tient. Un programme pertinent part d’une observation, tient compte du mode de vie et évolue avec la personne. Dans la beauté, pourtant, le mot « personnalisé » recouvre des réalités très différentes : d’un côté, des questionnaires complétés en quelques clics ; de l’autre, des approches plus poussées intégrant parfois le mode de vie, l’environnement ou même des données génétiques.

Sur le marché belge, certaines marques se distinguent justement en s’éloignant de cette dérive, notamment Nomige. Fondée par la Dre Barbara Geusens, la marque élabore ses routines à partir d’informations liées à l’ADN, mais aussi au sommeil, au stress, à l’environnement et aux habitudes quotidiennes.

 

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Rencontrée lors des Wellness Days du Mix Brussels, la dermatologue est revenue sur la philosophie qui sous-tend son approche. « La peau n’est pas seulement déterminée par ce qu’on applique dessus. Elle est influencée par une combinaison de facteurs, la génétique bien sûr, mais aussi le mode de vie, le stress, le sommeil, l’environnement. Une routine pertinente doit tenir compte de la personne dans son ensemble, pas seulement d’un type de peau figé. » Comme dans le sport, le bilan ne sert donc pas seulement à coller une étiquette, mais à comprendre le terrain avant de définir le programme.

 

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Alors, faut-il se méfier de ce vocabulaire sportif ?

Un peu, sans doute, mais pas de quoi renoncer à sa crème préférée pour autant. En parlant de récupération, de progression et d’équilibre, la beauté met surtout des mots nouveaux sur une évolution bien réelle : l’abandon progressif de la promesse miracle au profit d’une peau que l’on observe, que l’on accompagne et à laquelle on laisse du temps.

Le revers de la médaille, c’est que ce même vocabulaire peut aussi servir à transformer chaque besoin en nouveau protocole, et chaque protocole en achat supplémentaire. Un peu comme on multiplierait les séances sans jamais laisser le corps récupérer, à trop vouloir optimiser sa peau, on finit parfois par la saturer plutôt que par l’aider.

Car si le vocabulaire du sport peut aider à mieux comprendre la patience, la régularité et la récupération, il peut aussi servir à maquiller une logique beaucoup plus classique : multiplier les besoins pour mieux multiplier les achats.