Si la maladie et ses traitements peuvent bousculer le désir, l’image de soi ou le confort physique, retrouver une sexualité, à son rythme et selon ses envies, reste possible. Et parfois, le chemin passe simplement par une autre définition de l’intimité.
En Belgique, environ 215 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués chaque jour. Derrière ces chiffres, des femmes et des hommes confrontés à la maladie, mais aussi à ses conséquences moins visibles. Fatigue, douleurs, modifications du corps, perte de confiance en soi, traitements hormonaux… autant de facteurs susceptibles de mettre le désir à distance.
Quand les hormones s’en mêlent
« L’annonce de la maladie provoque un choc émotionnel qui peut suffire à faire diminuer la fonction des ovaires. Mais ce sont surtout certains traitements qui entraînent une ménopause prématurée », explique le Dr Jean-Marc Bohbot, infectiologue spécialiste des infections génito-urinaires.
Le tamoxifène et les inhibiteurs de l’aromatase, prescrits dans certains cancers du sein, diminuent l’action des œstrogènes.
Conséquence possible : une sécheresse et une fragilisation des muqueuses vaginales, pouvant entraîner des douleurs lors des rapports, des démangeaisons ou des infections urinaires et vaginales à répétition. Ces effets sexuels concernent 40 à 50 % des femmes traitées par hormonothérapie. Des lubrifiants ou des hydratants vaginaux peuvent notamment contribuer à améliorer le confort.
Et si on en parlait ?
Après un cancer, la sexualité peut aussi être freinée par les émotions. Peur, colère, tristesse, sentiment de ne plus être désirable ou de ne plus reconnaître son corps : difficile, dans ces conditions, de laisser spontanément place au désir.
« Une des premières choses qui entravent le désir, c’est la peur : la peur de mourir, d’être mutilé, de ne plus être comme avant, de perdre l’amour de l’autre… », explique Christine Debois, psychologue et onco-sexologue au CHU de Liège.
Mettre des mots sur ces inquiétudes permet déjà de ne plus les laisser occuper toute la place. Le dialogue avec le partenaire est tout aussi précieux. « Il est primordial de pouvoir dire sa colère et sa tristesse et d’être entendu par l’autre. Si ces émotions restent bloquées, elles s’exprimeront de façon non verbale, notamment à travers une prise de distance. »
Ne pas rester seule avec ses questions
Parce que parler de sexualité n’est pas toujours facile, on peut avoir tendance à attendre… que les choses s’arrangent d’elles-mêmes. Pourtant, douleurs, sécheresse, troubles de l’érection, baisse du désir ou perte de confiance ne doivent pas être banalisés. En parler à son équipe soignante est déjà un premier pas.
L’onco-sexologue peut également devenir un précieux allié. Ce professionnel connaît les répercussions physiques et psychologiques du cancer et de ses traitements sur la vie intime. Il offre un espace confidentiel où l’on peut parler librement du désir, du corps qui change, des douleurs, des peurs ou encore de la relation avec son partenaire. La consultation peut se faire seul ou à deux, selon les besoins.
L’intimité avant tout
Retrouver sa sexualité ne signifie pas nécessairement reprendre immédiatement les rapports sexuels. Toucher, caresses, massages, tendresse… peuvent être autant de façons de renouer avec son corps et celui de l’autre.
« C’est pour cela qu’on parlera d’intimité plutôt que de sexualité, car l’intimité, c’est plus global, cela amène les notions de tendresse ou de toucher », rappelle la spécialiste. « Redécouvrir les préliminaires, les massages mutuels… » permet de retrouver progressivement le plaisir, sans pression ni objectif à atteindre.
Sophrologie, relaxation ou acupuncture peuvent également être envisagées comme des approches complémentaires pour aider à relâcher les tensions et à se reconnecter à ses sensations, toujours en complément du suivi médical.
« Après un cancer, il n’existe donc pas une seule façon de retrouver son intimité. L’essentiel est de reprendre possession de son corps, de ses envies et de son rythme, sans culpabilité. Et surtout, de ne pas rester seule avec ses questions : demander de l’aide, c’est aussi prendre soin de soi », conclut la spécialiste.
La Fondation contre le Cancer a édité une brochure Cancer et intimité, disponible sur cancer.be.