10 moments marquants dans l’histoire du féminisme

Mis à jour le 26 février 2019 par Eveline Janssens, Traduction: Virginie dupont et Laurence Donis
10 moments marquants dans l’histoire du féminisme

Connaissez-vous vraiment bien le mouvement? Le 8 mars célèbre la Journée internationale des droits des femmes. L'occas' de revenir sur dix événements marquants qui ont défini le féminisme...

On le sait déjà : le féminisme ne consiste pas uniquement à brûler son soutien-gorge ou à se laisser pousser les poils sous les bras. On peut très bien être féministe sans monter aux barricades et se débarrasser de sa collection de maquillage. Étudiez, planifiez votre carrière, épanouissez-vous, formez un couple équilibré avec votre partenaire (ou pas, restez célibataire et sans enfants si c’est votre choix) et osez défendre les droits des femmes. Oui, il y a encore du chemin à parcourir et non, nous ne sommes pas au bout de nos peines. Mais nous pouvons être fières de ce que nos prédécesseures ont accompli. Focus sur dix moments importants, parmi tant d’autres, qui ont fait avancer la cause. 

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1. La machine à filer Jenny

spinning jenny

Pendant des centaines d’années, l’avenir des femmes a été tout tracé : se marier, avoir une ribambelle d’enfants, travailler dans les champs ou exécuter des petits travaux manuels et jouer à la dînette. Seules les jeunes filles nobles connaissaient un sort différent. Elles devaient se consacrer au chevalier de la maison avec amour et surtout en silence. L’apparition de la machine à vapeur et la révolution industrielle qui s’ensuivit constituent les prémices de l’émancipation des femmes. Le Spinning Jenny, le premier métier à filer mécanique, a bouleversé à lui seul l’industrie textile. La demande de main-d’œuvre a augmenté de manière exponentielle et les portes des usines se sont ouvertes aux femmes. Celles-ci ont trouvé leur place dans les ateliers et unités de production et commencé à subvenir elles aussi aux besoins financiers de leur famille. Jusqu’ici, rien à redire. Sauf que leurs conditions de travail étaient atroces, le travail des enfants monnaie courante et les salaires très bas. La route était encore longue. Très longue.

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2. Le droit de vote des femmes

femmes vote

En 1872, l’Américaine Susan B. Anthony prend son courage à deux mains et décide d’aller voter, mais elle est arrêtée et condamnée pour avoir rendu un bulletin nul. Le mouvement des suffragettes est en marche. Avec Emmeline Pankhurst en première ligne, ces femmes revendiquent leur droit de vote. Elles se rendent coupables d’activités indignes d’une lady selon la norme en vigueur : elles s’enchaînent à des grilles, organisent des manifestations, allument des incendies et entament des grèves de la faim. Beaucoup d’entre elles sont arrêtées et envoyées en prison. Cependant, leurs actions – décrites par l’opinion publique comme violentes – sont couronnées de succès. En 1893, les Néo-Zélandaises sont autorisées à se rendre aux urnes pour la première fois. D’autres pays leur emboîtent le pas. Nos arrière-grands-mères sont restées à la maison les jours d’élections jusqu’en 1948, date à laquelle les femmes ont obtenu le droit de vote en Belgique.

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3. L’arrivée des garçonnes

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Elles fument et boivent, se trémoussent et se coupent les cheveux, dévoilent leurs chevilles et ne rechignent pas à se « laisser aller » avec le sexe opposé. Et tout cela en étant perchées sur des hauts talons (enfin, pas toujours). Pendant les années folles, les garçonnes dansaient le charleston et s’enivraient de liberté et de champagne. Le corset austère et les bonnes manières victoriennes ? Très peu pour elles. Elles ont ainsi imposé leur vision d’indépendance et d’amour libre sur fond de jazz envoûtant. Les garçonnes ont repoussé d’autres limites en faisant entendre leur voix et en s’opposant à l’injustice sociale. Elles ont révolutionné la mode aussi, entre autres grâce aux créations libératrices de Coco Chanel. Jambes et épaules dénudées, silhouette androgyne, collants, bob… Nous devons beaucoup à ces libertines.

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4.Les femmes portent la culotte et le pantalon

Marlene Dietrich

Fan du jean boyfriend ? Vous pouvez remercier Marlène Dietrich. Dans les années 30, elle est la première à emprunter à la garde-robe des hommes pantalons, costumes, bretelles et chapeaux. Rien ne lui échappe. Mais toujours avec un parfum de style et de scandale : Marlène a failli être arrêtée pour « tenue inappropriée ». Mais elle persévère et il suffit de regarder autour d’elle pour voir le résultat : les femmes maîtrisent de plus en plus le sujet pantalon, dont la coupe féminine flatte leur silhouette. Pensez au capri pant, aux pattes d’ef des années 70, au costume power des années 80 (ces épaulettes, c’était vraiment nécessaire ?) et, enfin et surtout, au legging. (Le débat sur le legging fera l’objet d’un autre article.)

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5. La Seconde Guerre mondiale : yes we can !

rosie the riveter

La Seconde Guerre mondiale marque le départ des hommes au front, laissant femmes et enfants derrière eux alors que l’industrie de la guerre en plein essor réclame à cor et à cri de la main-d’œuvre. Le « sexe faible » relève alors ses manches (et ses cheveux) pour aller travailler dans les usines et occuper des postes autrefois inaccessibles. Il soude des pièces d’avions, fabrique des balles et des bombes et fixe des vis sur des chars d’assaut. Le gouvernement encourage les femmes à accomplir leur devoir national et à participer à la victoire. L’affiche de Rosie the Riveter est aujourd’hui emblématique. Et les enfants ? Ils vont à la crèche pour la première fois, un autre effet secondaire du nombre croissant de femmes au travail. Tout va bien. Enfin, jusqu’à ce que les hommes rentrent au bercail. La suite dans un instant.

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6. Le deuxième sexe

Simone de Beauvoir

En 1949, Simone de Beauvoir publie « Le deuxième sexe », le livre qui est à l’origine de la deuxième vague féministe et qui conduira à l’ouverture du marché du travail aux femmes. Simone a dû étudier parce que ses parents n’avaient pas les moyens de lui constituer une dot. Elle commence à enseigner et rencontre Jean-Paul Sartre. Les tourtereaux concluent un marché : ils ne se marieront pas (le mariage, trop bourgeois à leurs yeux), mais ils seront liés l’un à l’autre tout en permettant à chacun de conserver son indépendance (comprenez : l’adultère est permis). Cette dame non conventionnelle plaide pour l’indépendance économique des femmes. Elle dénonce la domination masculine, ainsi que la définition de la femme comme le sexe opposé et faible. Selon elle, l’oppression masculine continuera de régner tant que la femme n’aura pas le contrôle de son utérus. Se marier et avoir des enfants est un cadeau empoisonné. Une répartition disproportionnée des tâches domestiques empêche les femmes de s’épanouir en dehors du foyer. Trop souvent, les femmes sacrifient leur carrière pour leur mari et deviennent financièrement dépendantes.

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8. Petite mais costaude : la pilule contraceptive

pilule contraceptive

Ce petit comprimé qu’on a tendance aujourd’hui à oublier ou à délaisser a favorisé l’émergence des femmes de carrière. Lancée sur le marché à la fin des années 60, la pilule contraceptive se fait discrète et n’entache en rien le romantisme de l’acte suprême. Elle remporte d’emblée un franc succès, non pas sans conséquences : elle libère du temps aux femmes désireuses de poursuivre leurs études ou de faire carrière, tout en laissant à leur libre arbitre fertilité et désir d’enfants. On imagine la danse de la joie de Madame de Beauvoir autour de son bureau. Pour la première fois, la sexualité et la reproduction ne sont plus intimement liées, au même titre que le sexe et le mariage. L’amour libre est né et l’expérience individuelle gagne du terrain. Big up au créateur de la pilule, le docteur Ferdinand Peeters de Turnhout, oublié des livres d’histoire.

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7. Chérie, je suis de retour de la guerre

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L’avènement du secteur tertiaire permet aux femmes d’accéder à un travail physiquement moins exigeant, tandis que des inventions comme l’aspirateur et la machine à laver facilitent les tâches domestiques. Toutefois, au retour de leurs soldats à la fin des années 40, les femmes regagnent leur cuisine pour leur laisser la place sur le marché du travail. Dans les années 50, les ménagères aux fourneaux éprouvent un étrange sentiment de malaise, d’attente. Betty Friedan décrit dans « La femme mystifiée » ce qu’elle appelle « le problème qui n’a pas de nom » : une maison, un homme qui travaille, deux adorables bambins et le confort rêvé. Ce qu’elle veut de plus ? Eh bien, travailler, s’épanouir et ne pas passer ses journées à ramasser les chaussettes de sa petite famille sur le sol de la salle de bains. 

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9. Girl Boss : les femmes au pouvoir

Margaret Thatcher

Avec la pilule dans leur sac à main, les femmes peuvent enfin s’atteler à briser ce plafond de verre. La pionnière n’est autre que Margaret Thatcher (avec son inséparable sac à main justement), qui, en 1979, s’autoproclame première femme Premier ministre de Grande-Bretagne et de partout ailleurs. Les Russes la surnomme la Dame de fer pour son intransigeance. Sa politique, le thatchérisme, consiste à privatiser les entreprises et à réprimer les troubles sociaux. Madame la Première ministre est l’ambassadrice du « power dressing ». Bien que son règne se soit déroulé sur le terrain miné de la mode des années 80, elle réussit à exercer le pouvoir dans ses tailleurs stricts. Maggie utilise sans scrupules son sac à main comme une arme et un symbole de pouvoir : toujours visible et rempli de documents contenant des informations top secret. 

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10. Le premier album de la reine de la pop

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Avec son premier album, « Madonna – The first Album », Madonna impose d’emblée sa kick-ass attitude. Principale voix féminine dans le secteur de la musique, la reine de la pop surjoue sa propre sexualité et féminité. Elle renverse tous les stéréotypes sexistes et expérimente les limites de l’acceptable. Madonna chante le non-négociable : sexe, religion, racisme, grossesses d’adolescentes… Et elle porte son soutien-gorge par-dessus ses vêtements, que Dieu lui pardonne. Madonna est un sex-symbol et une féministe : de la Vierge Marie à la mère originelle ou dominatrice, elle est tout ça à la fois. Elle montre que féminité, sexualité et indépendance peuvent faire bon ménage. Un cocktail détonant et un message controversé qui font l’actu aux quatre coins du monde. « Justify My Love », jugé sexuellement trop explicite, est censuré par MTV et son sponsor Pepsi la laisse tomber parce qu’elle s’affiche entre des croix en flammes dans le clip de « Like A Prayer ». Madonna prête sa voix à la femme dans les médias et la culture populaire. 

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En très bref

L’histoire du féminisme se déroule en quatre vagues, auxquelles correspondent quatre générations. Chaque « vague » s’applique à défendre des droits spécifiques. 

La première vague du début du XIXe siècle au début du XXe siècle : cette première génération féministe se bat pour les droits politiques. Les femmes obtiennent enfin le droit de garde de leurs enfants, elles peuvent posséder des biens et, après des discussions interminables, exercer le droit de vote.

La deuxième vague de 1960 à 1980 : les femmes luttent pour l’égalité sociale, c’est-à-dire l’égalité des chances sur le lieu de travail, la légalisation de la contraception et la libre expérience de la sexualité. Bémol : cette génération est représentée par la classe moyenne blanche.

La troisième vague de 1990 à 2000 : les féministes se concentrent sur l’égalité des sexes. De nouveaux visages montent au créneau : les lesbiennes et les femmes de couleur ont droit de cité.

La quatrième vague de 2012 à aujourd’hui a.k.a. le mouvement #metoo : l’essor des réseaux sociaux donne une nouvelle voix aux femmes. Leur cheval de bataille ? L’égalité des femmes et des hommes pour continuer à réduire l’écart salarial et condamner la violence faite aux minorités (dont font partie les femmes).