Il y a quinze ans, Natalie Portman devenait l’égérie de Miss Dior. La jeune femme d’une vingtaine d’années est depuis devenue mère, réalisatrice et productrice. Une chose n’a pas changé. À la question qu’elle pose depuis toutes ces années dans la campagne emblématique, Que feriez-vous par amour ?, sa réponse reste tout aussi catégorique : tout.

Dehors, l’imposante pièce d’eau scintille sous le soleil printanier, au cœur du jardin féerique du Château de la Colle Noire. La propriété de Christian Dior à Montauroux, dans le sud de la France, baigne dans un silence paisible, seulement troublé de temps à autre par le cri d’un paon d’un blanc immaculé. À l’intérieur du château flottent un sillage de Miss Dior et un parfum d’impatience.

Château de la Colle Noire

Sur un grand écran défile le film de la campagne du nouveau parfum Miss Dior, avec une nouvelle fois Natalie Portman dans le rôle principal. Depuis quinze ans déjà, l’actrice incarne ce parfum emblématique et célèbre à nouveau l’amour avec exubérance, cette fois au son entraînant de Good Luck, Babe! de Chappell Roan. C’est aussi ce que je me murmure en entrant dans le Grand Salon, après avoir découvert la nouvelle fragrance, florale, relevée de notes de vanille crémeuse et d’amande.

« Un bel endroit pour faire la fête », fais-je remarquer. « Un endroit fan-tas-tique pour faire la fête », confirme le responsable presse, les yeux nerveusement rivés sur la porte au fond de la pièce. « Mais uniquement accessible aux amis de la Maison. Le parfumeur Francis Kurkdjian vient régulièrement ici et la collection Dioriviera y a été photographiée. »

Lorsque la porte s’ouvre soudain et que Natalie Portman, elle aussi amie de la Maison, entre dans la pièce, tout le monde retient un instant son souffle. Sa beauté est indéniable et pourtant, l’actrice oscarisée, qui se tient devant les caméras depuis l’enfance, dégage aussi quelque chose d’étonnamment ordinaire. Certaines stars attirent inévitablement tous les regards partout où elles vont. Après une longue carrière, Portman semble maîtriser l’art d’activer et de désactiver son statut de célébrité. On l’imagine facilement dans sa ville d’adoption, Paris, observant une œuvre d’Anselm Kiefer à vos côtés dans un musée. Vos regards se croiseraient brièvement et ce n’est qu’à la boutique de souvenirs que vous vous diriez : cette femme ne ressemblait-elle pas étrangement à cette actrice ?

Même dans sa robe de créateur et sa veste blanche, Portman paraît étonnamment décontractée. Les deux pieds chaussés de talons bien ancrés dans le sol, elle écoute attentivement et se lance sans la moindre hésitation dès la première question.

La beauté comme rempart

« Pour moi, cette nouvelle fragrance prolonge le cheminement d’une femme vers la beauté, l’amour, la passion et la liberté », explique Portman. « Mais ces notions prennent évidemment un sens différent selon les étapes de la vie. Je n’avais que 28 ans lorsque j’ai commencé cette aventure. »

Que Miss Dior traverse les époques depuis 1947 ne l’étonne pas. « C’est une très belle alliance de profondeur et de légèreté. Ces notes sombres et boisées associées à cette touche florale légère sont presque une métaphore de la vie elle-même. »

L’histoire qui se cache derrière le parfum continue, elle aussi, de la toucher. Miss Dior doit son nom à Catherine Dior, la sœur de Christian Dior et résistante pendant la Seconde Guerre mondiale. « C’était une femme incroyablement inspirante, qui luttait contre l’injustice et cherchait des moyens de rendre le monde plus beau. Cette idée, la beauté comme rempart face aux ténèbres du monde, reste malheureusement un thème éternel. »

Ces quinze dernières années, sa propre évolution a suivi celle du parfum. Sur le plan professionnel, elle a élargi ses horizons : elle ne se contente plus de jouer, mais réalise et produit désormais aussi. Dans sa vie privée, elle est devenue mère. Mais le plus grand changement s’est peut-être opéré dans son esprit.

« Mon passage à l’âge adulte a surtout consisté à passer d’une personne qui cherchait constamment à plaire aux autres à quelqu’un qui se demande ce qui lui fait plaisir à elle. On dit si souvent aux femmes comment elles doivent se comporter ou à quoi elles doivent ressembler pour rendre les autres heureux. Trouver ce qui nous anime intérieurement, voilà le véritable cheminement. »

Selon ses propres règles

Ce nouveau regard sur elle-même influence aussi sa façon d’aborder la beauté aujourd’hui. « Avant, quand je pensais au parfum, je me disais : “Oh, je me demande quelle odeur plaît aux garçons.” Maintenant, je me demande : “Quelle odeur ai-je envie de porter ?” » Sa routine beauté est, dit-elle, toujours restée particulièrement simple. « Je suis très peu exigeante. Je fais au plus simple. »

Lors du tournage de la nouvelle campagne Miss Dior, le confort n’était pas non plus un luxe superflu. Portman portait pour la première fois des créations de Jonathan Anderson, dont elle a surtout retenu la liberté de mouvement qu’elles lui offraient : féminines et fleuries dans un registre classique, mais avec du caractère. Au moment du tournage, personne ne savait encore qu’elle était enceinte de son troisième enfant. « Heureusement, il n’y avait pas de corset », rit-elle.

Ceux qui ne connaissent Portman qu’en tant qu’égérie de Miss Dior en oublieraient presque la longévité hors norme de sa carrière au cinéma. Elle avait douze ans lorsqu’elle a fait ses débuts dans Léon: The Professional, a grandi devant la caméra et remporté en 2011 un Oscar pour son rôle dans Black Swan. Depuis, elle intervient de plus en plus souvent de l’autre côté du processus créatif.

Avec sa société de production MountainA, elle a notamment produit May December et le film d’animation Arco. Dans The Gallerist, elle incarne une galeriste au cœur d’une satire très noire du milieu de l’art. Selon Portman, le sujet fait également écho à sa propre industrie.

« Le film traite des tensions entre l’art et le commerce. Que se passe-t-il lorsqu’une part de l’âme de quelqu’un devient un produit commercial qui finit dans un entrepôt ? C’est un point de friction passionnant, également très pertinent pour l’industrie du cinéma. »

Dès qu’il est question de cinéma, une flamme s’allume visiblement en elle. Dans Good Sex, réalisé par son amie proche Lena Dunham, elle renoue par ailleurs avec la comédie romantique.

« En ce moment, proposer un divertissement léger semble presque être une priorité. Le monde est déjà suffisamment sombre. Essayons d’apporter un peu de légèreté avec ce que nous créons. »

Ce projet lui a aussi permis de travailler avec de bonnes amies, parmi lesquelles Rashida Jones. « Les amitiés féminines représentent tout pour moi ; mes amies sont ma communauté, mon village. Nous avons des groupes de discussion dans lesquels nous partageons des articles, des livres et des expositions. Les relations d’amour les plus profondes et les plus belles de ma vie sont celles que j’entretiens avec mes amies. »

L’ange sur son épaule

Outre ses amies, sa mère reste l’une de ses principales sources d’inspiration. « Elle possède cette capacité rare à voir partout et à tout moment l’émerveillement et la beauté. Elle m’envoie souvent des photos d’arbres en fleurs ou de cygneaux qui viennent de naître. Quand je passe une mauvaise journée, elle est l’ange sur mon épaule qui me murmure : “Regarde les arbres, regarde le ciel.” »

Portman associe toujours ce même émerveillement face au savoir-faire artisanal à Dior. Elle repense à sa visite des champs de roses à Grasse. « Quand on voit ces champs en fleurs, on ne sait plus où donner de la tête. L’air tout entier embaume la rose. Depuis des générations, les mêmes familles y cueillent les fleurs à la main. Ce n’est qu’à cet instant que l’on comprend vraiment la haute couture de ce parfum. »

Et nous revenons finalement à la question qui la suit depuis quinze ans : Que feriez-vous par amour ?

« La réponse reste : tout », sourit-elle. « L’amour prend tellement de formes. Il y a l’amour romantique, mais aussi l’amour de la beauté, de soi-même, de ses amis et de sa famille. L’amour ne se laisse tout simplement pas enfermer dans une seule case. »