Comme le jour et la nuit. Difficile d’éviter les comparaisons avec ce 55e défilé couture de Balenciaga, le premier imaginé par Pierpaolo Piccioli depuis son arrivée à la direction créative, après l’ère Demna. Ce dernier a toujours exploré le versant le plus sombre de l’œuvre du maître Cristóbal Balenciaga, dans le sillage de Goya et de son Sommeil de la raison engendre des monstres. Les collections de Demna, en prêt-à-porter comme en couture, étaient profondément nocturnes. Le travail de Piccioli, lui, brille au grand jour. Pas seulement parce que le défilé s’est tenu en plein air, dans les jardins de la Cité universitaire, par une éclatante matinée d’été parisienne, mais aussi grâce à la précision des lignes, aux volumes sculpturaux et aux mélanges de matières révélés par l’usage de la couleur.
Chaque sortie est une explosion de dégradés et de nuances, non seulement dans les teintes les plus vives, comme le vert vibrant ou le rose, mais aussi lorsque le choix se porte sur des « non-couleurs » comme le blanc, à l’image de la robe de mariée architecturale du final, ou, inévitablement, le noir. Porté seul ou associé à des touches intenses de rubis, de grenat profond ou de violet cardinal. Et si monsieur Balenciaga traduisait en art de la couture les coups de pinceau des peintres espagnols, d’El Greco à Velázquez, Murillo, Carreño de Miranda, Zurbarán, Madrazo ou Zuloaga, Piccioli convoque la palette néon d’artistes comme Peter Halley, retravaillée à travers les techniques les plus audacieuses et les plus sophistiquées de la couture. Plumes, plumes de chiffon, aigrettes légères viennent même habiller de précieux pantalons de smoking. On retrouve aussi des drapés en duchesse et des volants d’organza déployés comme des hortensias.
À noter, la robe à jupe boule entièrement ruchée rose quartz portée par Lina, suivie, quelques passages plus tard, de la robe nuisette fleurie portée par Valery, entièrement brodée de pétales en tissu et de paillettes multicolores, comme un jardin à la Vita Sackville-West. Les silhouettes alternent entre des formes oversize et théâtrales et des lignes plus essentielles, toujours travaillées dans des contrastes entre lourd et léger, aérien et construit. Les étoffes tailleur, comme celles des capes anatomiques modelées à chaud sur les mannequins telles de véritables sculptures textiles, se fondent soudain avec la georgette et la mousseline transparente.
Applaudi par des stars comme Cynthia Erivo et Lily Collins, d’Emily in Paris, le défilé prend des allures de feu d’artifice diurne. Chaque passage réécrit l’imaginaire de la maison, jusqu’à l’iconique City Bag transformé en bijou, dans un crescendo de manches, de décolletés, de traînes et d’émotion. À la lumière du jour. Surtout lors de la dernière sortie, lorsque Pierpaolo Piccioli foule le podium avec tout l’atelier et les petites mains qui ont donné corps à ce magnifique rêve éveillé.







