Il suffit d’un coup d’œil pour reconnaître une pièce signée Cecilie Bahnsen, avant même d’en regarder l’étiquette. La designer danoise a fait des motifs floraux, du volume et des volants sa marque de fabrique. Un univers poétique qui a conquis une communauté de fidèles. « J’ai toujours voulu concevoir une marque intemporelle, dont on chérit les pièces à travers les années. » Lors de son défilé anniversaire à la Fashion Week de Copenhague — qui célébrait les dix ans de sa maison —, le premier rang ressemblait selon elle à « un podium à part entière », tant les invitées s’amusaient à superposer des pièces issues de différentes saisons.

Grâce à sa nouvelle collaboration avec Uniqlo, cet univers s’invite désormais dans le vestiaire de tous les jours. Cette collection LifeWear se compose de robes, de tops, de jupes et de t-shirts en jersey, en coton doux et en matières extensibles, le tout rehaussé des détails typiques de la maison Bahnsen : smocks délicats, manches bouffantes et broderies texturées.

Le T-shirt version Bahnsen

Selon la créatrice, le défi le plus stimulant n’était pas de créer une version plus accessible de sa propre marque, mais de réinventer des basiques universels. À commencer par le t-shirt. « Pour moi, c’est une pièce iconique », confie-t-elle lors du lancement de la collaboration à Copenhague. « C’est un indispensable que tout le monde possède. » Tout l’enjeu était donc de lui insuffler sa propre identité : « Comment y apporter sa touche personnelle, tout en préservant l’esprit Cecilie Bahnsen ? »

Loin de voir la fonctionnalité comme un frein, elle la considère comme un moteur. À la question de savoir si le côté pratique d’Uniqlo était une contrainte ou un tremplin, sa réponse est sans équivoque : « Un tremplin, assurément. » Pour Bahnsen, créer revient à « explorer et résoudre », pour affiner le vêtement et lui donner une fonction concrète.

C’est à la demande des équipes d’Uniqlo que la créatrice a travaillé le jersey. Elle a rapidement réalisé que cette matière allait bien au-delà du simple aspect pratique. « Le jersey offre une souplesse et un confort uniques, car il accompagne les mouvements du corps d’une manière totalement différente », explique-t-elle. Cette fluidité l’a poussée à repenser le volume, en le rendant moins rigide et plus ancré dans la vraie vie.

UNIQLO

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Une poésie bien ancrée dans la réalité

Bien que la collection s’intitule Shapes of Poetry (Les formes de la poésie), Cecilie Bahnsen garde les pieds sur terre. Pour elle, la poésie réside avant tout « dans le processus de création », dans « le ressenti et le tombé d’une collection » et dans la façon dont les vêtements influencent notre posture. Dans sa vie quotidienne, elle trouve l’inspiration dans la simplicité : « Cela peut être une fleur croisée sur le chemin du studio », glisse-t-elle lorsqu’on l’interroge sur ses élans poétiques. Ou encore la manière inattendue dont un membre de son équipe associe deux vêtements le matin.

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« La beauté de la féminité moderne, c’est qu’elle peut prendre tant de formes. Elle s’affranchit même parfois des genres. » Réduire le style de Bahnsen à de simples robes romantiques serait un raccourci. Sa signature n’a rien de fragile ni de nostalgique. « Pour certaines femmes, cela se résume à porter un magnifique sac brodé avec un jean et un t-shirt blanc », explique-t-elle. « Chacune est libre de doser la féminité qu’elle souhaite exprimer. »

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Le thème de la sororité traverse l’ensemble de la collection et de la campagne. La créatrice aime s’entourer des femmes avec qui elle collabore au quotidien : artistes, mannequins ou stylistes. Pour cette campagne, elle a fait appel aux photographes Maria et Louise Thornfeldt, dont elle suit le travail depuis longtemps. « Croiser des personnes au fil de sa carrière, créer et évoluer ensemble, c’est quelque chose que je trouve profondément précieux », confie-t-elle.

Pour la première fois, Cecilie Bahnsen signe également des silhouettes pour enfants, qui s’intègrent avec une grande justesse à l’ensemble. La collection propose des robes, des t-shirts et des jupes-shorts pour fillettes, conçus comme des échos à la ligne femme plutôt que de simples répliques en miniature. La créatrice raconte avec amusement comment sa nièce est venue essayer les prototypes à l’atelier : « Elle a superposé les pièces d’une manière que je n’aurais jamais imaginée. Mais elle était si fière et rayonnante. »

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L’art de la superposition sculpturale

Au Japon, la réputation de la créatrice n’est plus à faire ; c’est d’ailleurs l’un de ses marchés les plus importants. Elle se souvient avec émotion des premières années, où elle prenait comme un immense compliment le fait que les acheteurs japonais retournent ses robes pour en admirer les finitions intérieures. Depuis, cette culture esthétique reste une source d’inspiration majeure.
Lors de ses séances de travail avec Uniqlo à Tokyo, elle a été particulièrement marquée par le style des Japonaises : « Elles s’approprient la collection en superposant les pièces sans aucune crainte du volume sculptural. Une robe volumineuse sur une jupe large… il y a une audace et une allure folles dans cette démarche. »

C’est précisément cette liberté de style qui rend cette collaboration si enthousiasmante. Si les pièces deviennent plus accessibles, elles n’en perdent pas pour autant leur caractère. Un sac brodé twisté avec du denim, un t-shirt floral glissé sous une robe, une blouse bouffante structurant un pantalon minimaliste : Cecilie Bahnsen reste fidèle à elle-même, mais invite cette fois le romantisme dans les gestes simples du quotidien.