Derrière de grands couturiers se cache souvent une muse ou une « bonne fée ». Dans la vie d’Alexander McQueen, ce rôle était incarné par Isabella Blow, journaliste de mode au style flamboyant qui l’a très tôt pris sous son aile. Leur lien, à la fois fusionnel et complexe, oscillant entre admiration et tensions, sera prochainement exploré dans le court-métrage « Wild Bird », produit par la plateforme WePresent et réalisé par Andrew Haigh. Russell Tovey et Olivia Colman y interpréteront ces deux figures emblématiques, tout en mettant aussi en lumière la trajectoire singulière d’Isabella Blow.
Isabella Blow : l’icône flamboyante au destin tragique
On connaît bien Alexander McQueen, créateur britannique à l’esprit tourmenté, qui a profondément marqué la mode des années 2000 avec ses défilés-spectacles et ses collections narratives, souvent sombres, engagées et provocatrices. En revanche, la figure d’Isabella Blow reste beaucoup moins présente dans les récits, alors même qu’elle a joué un rôle déterminant dans son ascension.
Née en 1958 à Londres, dans le quartier huppé de Marylebone, elle étudie l’art chinois à l’université Columbia avant de faire ses premiers pas dans la mode chez Guy Laroche. Dans les années 1980, elle rejoint le « Vogue américain » en tant qu’assistante d’Anna Wintour, alors directrice mode, puis travaille aux côtés d’André Leon Talley, quitte à réinventer son parcours. Elle reconnaîtra elle-même avoir largement enjolivé son CV, affirmant que « le monde de la mode est fait pour moi ». À cette époque, elle fréquente des figures majeures de la scène artistique new-yorkaise comme Andy Warhol et Jean-Michel Basquiat. En 1986, elle quitte New York pour Londres, où elle devient directrice mode chez « Tatler » aux côtés de Michael Roberts. C’est là qu’elle affirme progressivement un style très personnel, fait de pièces extravagantes et colorées, toujours complétées par des chapeaux spectaculaires signés Philip Treacy. Elle repère très tôt le talent du modiste et devient l’une de ses principales ambassadrices, contribuant largement à sa notoriété.
Tension et admiration : la relation entre Alexander McQueen et Isabella Blow
En 1992, lors du défilé de fin d’année des étudiants de la Central Saint Martins à Londres, elle découvre le jeune Lee Alexander McQueen. Impressionnée par sa collection, elle achète l’ensemble des pièces pour environ 5 000 livres, et lui propose de l’héberger dans son domicile de Belgravia. Dès lors, elle devient à la fois sa mentore et sa muse. Elle l’accompagne dans ses débuts, le conseille, le présente aux acteurs clés du milieu de la mode et porte régulièrement ses créations, contribuant ainsi à bâtir sa réputation. Mais à mesure que la carrière de McQueen prend une dimension internationale, son rôle s’efface peu à peu, et elle ressent un manque de reconnaissance. La rupture symbolique intervient lorsqu’il est nommé directeur artistique de Givenchy en 1996 sans lui proposer de poste au sein de la maison, malgré l’arrivée d’une partie de son entourage.
Fragilisée par une dépression, puis diagnostiquée bipolaire, Isabella Blow traverse de graves difficultés psychologiques et tente à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours dans les dernières années de sa vie, avant de mourir en 2007 à l’âge de 48 ans, après avoir ingéré du désherbant. Pour lui rendre hommage, Alexander McQueen lui dédie sa collection printemps-été 2008, intitulée « La Dame Bleue ». Trois ans plus tard, en 2010, le créateur met lui aussi fin à ses jours, à l’âge de 40 ans.
Via ELLE France