Cette petite île portugaise bordée par l’Océan Atlantique au S/O de l’Europe, déploie sur quelques kilomètres une multitude de dépaysements cinématographiques, et nous transporte dans des univers saisissants, envoûtants.
Lorsque l’on s’aventure dans les hauteurs de l’île une forêt tropicale, que l’on estime à 7 millions d’années, avec ses cascades et ses sentiers aux lianes emmêlées, nous évoque le cadre de Jurassic Park. C’est pourtant la série Star Wars qui y a planté son action, en raison de l’étourdissante variété de ses décors naturels.
Fougères arborescentes géantes qui ressemblent à des palmiers (ce sont donc des plantes et non pas des arbres, si vous êtes accompagné∙e d’un∙e guide, vous deviendrez vite botaniste averti∙e). Acacias, eucalyptus, lauriers, murs denses de bruyère, on découvre une jungle d’un vert profond qui n’a pas ou peu changé depuis la découverte de l’île par les navigateurs portugais au XVe siècle.
Funchal – ©Francisco Correia
On peut s’adonner aux joies du trekking et du canyoning, suivre les 3000 km de levada (canaux que l’on parcourt en randonnée), ou s’élancer à flanc de falaises en VTT. Pour citer le guide : « si on n’est pas professionnel, mieux vaut prévoir un parachute ». Dans un mouchoir de poche, on passe de la forêt tropicale à des criques venteuses avec des plages de surf californien, de grottes spectaculaires à des cultures foisonnantes mais en terrasses (canne à sucre, bananes, avocats, vignes et mille fruits exotiques qu’on peine à nommer), puis de terre grasses et volcaniques à des étendues brutes qui évoque une toundra Atlantique, quasi mystique, pour finir par 50 nuances de vert.
C’est le paradis des randonneurs, l’Eden des pique-niqueurs : « ici la religion, c’est le barbecue », annonce le pilote du véhicule tout-terrain* qui nous promène au fil des espaces de pique-nique et de grillades, propres et accueillants, disponibles partout sur l’île. Le point de vue à couper le souffle, pratiquement au sens littéral, se trouve à l’écart du littoral, à presque 1900 mètres d’altitude, avec des panoramas à perte de vue au-dessus des nuages. Et la cerise sur la corniche ? Le réseau de transports publics est extrêmement développé d’un bord à l’autre de cette île fantastique.
Après la randonnée, on peut s’adonner à des tours de dégustation de vin accompagnés de cuisine traditionnelle, en particulier, pour les amateurs de viande, les incontournables “espetadas”, brochettes de bœuf mariné et grillé sur des branches de laurier. A la Quinta do Barbusano, la vue est en imprenable sur les vignes en terrasse.
* Pour bourlinguer façon aventure et grande nature, Green Devil Safari organise en 4×4 des expéditions dans les sommets, dans les forêts, dans les fourrés, et à la plage aussi, si on en a envie.
Historique et pavé : le centre-ville de Funchal
Le cœur de la capitale de Madère, qui se visite à pied, déroule ses petites rues piétonnes au départ de la marina, où l’on peut observer la reproduction exacte de la Santa Maria de Christophe Colomb (et s’apercevoir qu’elle était toute petite). Partent du port de nombreuses excursions d’observation de la faune océanique, dauphins et baleines notamment. Dès que l’on s’aventure dans la petite ville, cœur de la Région autonome de Madère, on aperçoit des affiches qui annoncent les concerts de l’Orchestre classique qui donne des performances de grande qualité au prix de 15 ou 20€, principalement au Théâtre municipal. Les nombreux jardins et parcs sont habités d’oiseaux et de fleurs exotiques, de frangipaniers, d’hibiscus, d’oiseaux du paradis et d’arbres à « banane ananas », fruits hybrides comme leur nom l’indique. Comme on nous l’aura souvent souligné pendant le séjour : « le vrai jardin de l’île, c’est l’Ile elle-même ». Madère a longtemps constitué un laboratoire d’expérimentation botanique pour les navigateurs du monde entier qui testaient la transposabilité des plantes de leur région d’origine. Rien qu’en traversant le petit jardin municipal on est en Chine, on est en Australie, on débroussaille l’Amérique. James Cook, Charles Darwin, Jaques-Yves Cousteau entre autres sont passés par là, à l’instar de dizaines de botanistes car Madère était aussi et surtout un port de liaison stratégique entre l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Amérique.

Funchal – ©Francisco Correia
En passant au Mercado dos lavradores, le marché couvert, il faut goûter le fruit « salade de fruits » qui goûte la banane, l’ananas, la fraise et le kiwi, tout ça en une seule bouchée. La plupart des stands proposent des dégustations, notamment de différentes variétés de fruits de la passion, aux saveurs de citron, d’orange, d’ananas, de banane. Une balade gustative dépaysante, savoureuse et très instructive.

Le grand marché municipal – ©Francisco Correia
Un peu plus loin dans le centre historique, Bordal, manufacture de dentelles entièrement réalisées à la main selon des procédés traditionnels, ouvre ses portes aux visiteurs. Il vaut mieux se dépêcher : l’atelier ne tient plus qu’à un fil, en raison du vieillissement de ses artisanes et de la difficulté à recruter des dentellières désireuses de reprendre le fuseau.
Si on a prévu un séjour à Madère au mois de mai, il faut viser le premier dimanche du mois, pour assister à la Fête de la Fleur, avec son cortège en bord de mer. Il est prudent de bouquet – pardon, de booker – son hôtel plusieurs mois à l’avance : l’événement est très prisé.
Les Belges dans l’art sacré à Madère
A quelques kilomètres des Canaries, on ne s’attendrait pas spontanément à retrouver des œuvres réalisées par des Maîtres Flamands. Pourtant dans la Cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption trônent des stalles signées par le sculpteur Olivier de Gand au XVIe siècle, de même que des dalles en pierre de Flandres. La raison en est les échanges commerciaux avec la Belgique, fondés sur le négoce du sucre. Selon la même tradition, un étage entier est consacré aux œuvres de peintres flamands au Musée d’Art Sacré de Funchal. A visiter aussi pour les azulejos de la terrasse panoramique sur laquelle on vous proposera une dégustation de vins, fromages et chocolats locaux, après la découverte d’œuvres couvrant l’art du Moyen Age à la Renaissance.

Musée des arts sacrés ©Filipe Matos
Plutôt séduit∙e par le Sud en hiver ?
Madère cultive une très festive tradition de célébrations de fin d’année et de Nouvel An. Tous les hôtels organisent d’énormes soirées thématiques – autant prévoir une tenue ah-hoc avant de partir – et toute la baie de Funchal s’embrase de ce qui figure parmi les plus grands feux d’artifice au monde.
Y séjourner
Les « quintas » sont des hôtels installés dans des maisons de maître, demeures seigneuriales entourées de grands jardins :
Quinta Casa Branca 5*, au service et à la cuisine raffinés. Standing « grand hôtel », mais ambiance « à la maison ».
Casa Velha do Palheiro, un Relais & Châteaux avec terrain de golf.
En ville, si on préfère les boutiques-hôtels, le Sé Boutique Hôtel, avec 4*, situé juste derrière la cathédrale, est parfait pour explorer le centre historique à pied.
Au Nord de l’île, dans les montagnes, L’hôtel Quinta do Furão dispose d’une piscine dans les vignes, d’une terrasse panoramique pour son restaurant gastronomique, de chambres sur jardin et de suites vue mer. Des petites villas sont aussi prévues pour accueillir toute la famille, avec plaines de jeux, et un agenda complet d’activités relaxantes.

©Quinta do Furao
Pour savourer les spécialités locales
Le restaurant Kampo propose une carte de viandes particulièrement réjouissante et variée (avec options végé), pour les amateurs de spécialités locales.
Three House, en roof top, compose une excellente cuisine traditionnelle gastronomique (et à prix doux) dans un cadre ouvert, avec terrasse panoramique sur la vieille ville, et possibilité d’y réserver des chambres.
Chez Audax, qui figure au Guide Michelin, en lice pour obtenir une étoile, la cuisine est quasi-artistique, surprenante dans le bon sens de la fourchette, avec des réinterprétations d’ingrédients détournés pour créer la surprise, et la gourmandise.

Three House Hotel – ©Tiago Maya