Aujourd’hui, on se glisse dans l’atelier de Tim Van Steenbergen, le crรฉateur anversoisย qui a conquis le monde de la mode, mais aussi celui de l’art.ย
Le belge a lancรฉ sa marque รฉponyme en 2001. Son style est thรฉรขtral, sobre et parfois dramatique. L’homme ne se limite pas au monde de la mode et crรฉรฉ รฉgalement des costumes pour le thรฉรขtre et les ballets. Un agenda dรฉjร bien chargรฉ qui ne l’empรชche pas d’avoir encore d’autres projets: des chaussures, des lunettes de soleil et mรชme des bouteilles d’eau. “J’adore travailler simultanรฉment sur 10 projets ร la fois” nous confie-t-il.
Nous rencontrons le crรฉateur dans son atelier ร Anvers. La dรฉco du lieu est singuliรจreย et colle bien ร l’univers du designer. L’atelier est envahiย de croquis, de gravures, de moulures etย de plaquรฉ or.
C’est au rez-de-chaussรฉe que sont crรฉรฉs les prototypes – la premiรจre version d’un modรจle ร crรฉer -. ย ยซPendant la saison, je travaille ici avec deux ou trois couturiรจres seulement. Ma production est sous-traitรฉe dans d’autres studios. Ici, je voulais vraiment qu’on se concentreย sur la crรฉation, l’invention de la collection.”
Aujourd’hui, l’atelier est exceptionnellement bien rangรฉ. “Pour le moment, on est entre deux saisons donc on a pas encore trop de travail. En plus, je viens de faire le grand nettoyage du printemps. Ce nโรฉtait pas une mince affaireย ! J’ai du jeter environ cinq sacs d’ordures. C’est vraiment difficile de maintenir l’atelier propre parce qu’on est constamment en train de couper, de coller, de bosser”.
“Je travaille moins ร partir d’un dessin qu’ร partir de “l’expรฉrience” d’une matiรจre. Bien sรปr, je fais d’abord des croquis, mais je vais draper directement sur le mannequin. C’est vraiment important de voir comment le tissu bouge et rรฉagit. Ce mouvement du tissu est ma plus grande source d’inspiration.”
Les matiรจres sont donc d’une importance primordiale dans les crรฉations de Tim. Dans les stocks, nous dรฉcouvrons les vestiges des collections prรฉcรฉdentes. “C’est un dรฉfi de trouver tout le temps des matiรจres innovantes.ย Mais j’ai vraiment dรฉveloppรฉ une rรฉputation dans ce domaine donc maintenant, je dois de moins en moins m’en occuper.ย Les agents viennent eux-mรชmes dans l’atelier pour me proposer des matiรจres nouvelles”.
Au premier รฉtage, nous nous retrouvons face ร face avec quatre posters gรฉants. “J’ai conรงu les costumesย pour les quatre opรฉras “Der Ring des Niebelungen” ร la Scala de Milan. Cette tรขche รฉtait super compliquรฉe donc j’ai absolument voulu avoir les affiches de l’avant-premiรจre. J’ai rรฉussi ร avoir celles des quatre opรฉras donc je suis un homme heureuxย ! Celle deย “La Walkyrie” a vraiment beaucoup de valeur”.
En parlant d’opรฉra, d’oรน vient son intรฉrรชt pour le thรฉรขtre? “Je travaille pour le thรฉรขtre depuis 2004. C’est intรฉressantย parce que c’est une maniรจre de travailler complรจtement diffรฉrente. ย Tu dois prendre en compte des รฉlรฉments propre ร la scรจne: les perspectives, la lumiรจre…ย Je dois dessiner avec la couleur et la texture.ย Je crรฉe des costumes pour des piรจces qui durent trois ou quatre heures et je dois veiller ร ce qu’ilsย restent intรฉressants ร regarder pendant toute la durรฉe du spectacle. Et puis, le scรฉnario est aussi trรจs important”.
Le thรฉรขtre est une source d’inspiration incroyable pour l’artiste. Sur une armoire traine une vieille chemise qui date de 1900, trouvรฉe dans les coulisses d’un thรฉรขtre. “Fouiller dans les coulisses d’un thรฉรขtre permet de dรฉcouvrir de vrais trรฉsors: des motifs historiques, des crรฉations รฉtranges, des matiรจres inconnues, …”
Et n’a-t-il jamais pensรฉ ร se consacrer uniquementย au thรฉรขtre? “Si, รงa me prend รฉnormรฉment de temps donc parfois je me demande si je ne devrai pas m’y consacrer complรจtement. Mais en mรชme temps, je trouve la dualitรฉ entre les deux faรงons de travailler trรจs amusante. C’est intรฉressant de travailler avec deux angles et deux visions complรจtement diffรฉrentes. Je ne sais pas si je pourrai laisser tomber ma ligne personnelle.”
Tim ne se limite pas ร la crรฉation de vรชtements. En 2004, il a crรฉรฉ un jeu d’รฉchecs gรฉant pour la Biennale de Venise. “J’ai crรฉรฉ des chevaux avec des vieux vรชtements et des vieilles chaussures.ย Je reรงois souvent des demandes du monde de l’art, pour faire ce genre d’installation”.
“La polyvalence dans mon job est vraiment passionnante. Vous savez, je ne crois plus que la mode peut se limiter ร un magasin.ย Livres, dรฉco, astronomie, … Je veux offrir ร mes clients une expรฉrience complรจte. J’ai vraiment dรฉcidรฉ consciemment d’รฉlargir mon champ de travail:ย je reste fidรจle ร ma vision de dรฉpart, mais j’essaye de l’appliquer ร des domaines diffรฉrents. Rรฉcemment, j’ai conรงu des bouteilles d’eau par exemple.”
Le long des murs, on peut voir des dizaines de dossiers stockรฉs: des archives desย anciens projets. Tim prend le dossier du ballet “Romรฉo & Juliette”. “Les projets pour le ballet, c’est encore une expรฉrience diffรฉrente. La technique est trรจs importante puisqu’il faut prendre en compte le fait que les danseurs vont se dรฉfouler dans les vรชtements. La plupart des entreprises de ballets ont leur propre atelier avec des personnes spรฉcialisรฉes: ils m’apportent l’aspect techniqueย et moi j’apporte mon imagination et ma fantaisie. Pour la conception, je discute d’abord avec le rรฉalisateur et puis je cherche toutes sortes d’images qui m’inspirent pour me crรฉer une espรจce de “tableau d’inspiration”. C’est trรจs enrichissant.”





Isabelle Vanderheyde (Traduction: Justine Rossius)
Crรฉdit Photo: Roxanne Bauwens



























