On dit souvent qu’un parfum raconte une histoire. Shalimar, lui, en renferme plusieurs : une légende impériale, un coup de génie, un parfum devenu légendaire. Pas tant par nostalgie que parce qu’elle résiste aux époques sans prendre le moindre coup de vieux.
1925. À Paris, l’Art déco s’impose comme la signature visuelle d’une époque moderne. C’est dans ce contexte que Shalimar fait son apparition. Le flacon, dessiné par Raymond Guerlain et produit par Baccarat, évoque les vasques d’Orient. Mais au-delà de l’objet, c’est l’histoire qui séduit. Le nom Shalimar fait référence à des jardins construits au XVIIe siècle à Lahore, au Pakistan actuel, par l’empereur moghol Shah Jahan en hommage à son épouse, Mumtaz Mahal. Leur histoire d’amour, terminée tragiquement, aboutira à la construction du Taj Mahal. Ce romantisme monumental, Jacques Guerlain le transforme en parfum.
Un accident heureux
Comme beaucoup d’inventions, Shalimar naît un peu par hasard. Jacques Guerlain découvre une molécule de synthèse encore peu utilisée à l’époque : l’éthylvanilline. Un vanillé qui tranche avec les matières naturelles traditionnelles. Il l’ajoute à la base d’un autre parfum… et ce test improvisé donne naissance à ce qui deviendra Shalimar. C’est le premier “ambré” de la parfumerie moderne, une nouvelle famille olfactive est née. La composition joue sur les contrastes : une bergamote très fraîche, un cœur floral discret, et surtout un fond ambré-vanillé intense.
Lorsque Shalimar est lancé, il ne ressemble à rien de connu. Pourtant, il séduit. Et pas n’importe qui : les femmes qui le portent, dès les années 30, sont souvent en avance sur leur temps. Porté ensuite par des célébrités comme Rita Hayworth, Brigitte Bardot, ou plus tard Jane Birkin et même Madonna, celles qui le choisissent n’ont pas peur d’être remarquées. Shalimar arrive à une époque où les femmes commencent à gagner en autonomie : droit de vote, entrée dans le monde du travail, émancipation sexuelle. Et le parfum accompagne cette révolution. Il symbolise ce qu’un parfum peut être quand il assume un parti pris olfactif fort, loin des tendances ou des compromis. Et malgré quelques réinterprétations, il reste reconnaissable, quasiment inchangé.
©presse Guerlain
Un siècle plus tard
À l’occasion de ses 100 ans, Guerlain sort Shalimar L’Essence, une version plus concentrée imaginée par Delphine Jelk, qui remet la vanille au centre. La formule reste fidèle, mais s’enrichit d’une vanille de Madagascar, utilisée en surdose.
©presse Guerlain