Droits des femmes : quels combats doit-on encore mener ?

Mis à jour le 1 mars 2022 par Alexandra Teklak et ELLE Belgique
Droits des femmes : quels combats doit-on encore mener ? © Shutterstock

Depuis les années 70', nous avons conquis beaucoup de droits. Pourtant, tout n'est pas encore gagné et il nous reste encore de nombreux combats à mener.

1970. Dans les rues, des femmes élevaient leurs voix pour protester contre les inégalités au travail, dans la famille, à l'école, dans la loi... Si la condition de la femme a bien évolué depuis, leurs revendications résonnent encore aujourd'hui dans l'actualité. Ce 8 mars et comme chaque année, des milliers de femmes déambuleront dans les grandes villes de Belgique pour obtenir une société égalitaire. À l'occasion de la journée internationale des droits des femmes, nous revenons sur les combats encore à mener.

1. Assurer l’égalité salariale et professionnelle

L'écart salariale est l'une des principales préoccupations des femmes. Et pour cause : selon l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes (IEFH), les femmes gagneraient 23,1% de moins que les hommes... sans correction pour la durée de travail. Cela veut en fait dire que ce pourcentage ne tient pas compte des emplois à temps partiel. À poste équivalent à temps plein avec la même ancienneté et les mêmes responsabilités, l'écart serait en fait de 9,2% en 2021. Une légère amélioration par rapport à l'année précédente où ces chiffres s’élevaient respectivement à 23,4% et 9,4%. Depuis plusieurs années, cet écart tend à diminuer. Selon l'IEFH, "l’écart salarial de genre va jouer un rôle moins important au fil des années en Belgique, ce qui constitue, en soi, une évolution positive". Le principal problème concerne en réalité un autre phénomène : la difficulté pour les femmes d'accéder à des emplois importants. Le marché du travail est à deux vitesses : d'un côté, les emplois confortables aux salaires élevés, de l'autre les emplois à temps partiel, moins intéressants et offrant peu de perspectives. C'est dans cette seconde catégorie que les femmes sont surreprésentées. Bien souvent, ce sont des emplois précaires aux horaires difficiles qui ne permettent pas la combinaison avec d'autres emplois. Tout l'enjeux actuel est donc de changer les mentalités pour permettre aux femmes d'accéder à des emplois à temps pleins aussi importants que ceux des hommes.

2. Valoriser et mieux répartir les tâches domestiques

On en a marre d'entendre qu'être femme au foyer n'est pas un vrai métier. Cette phrase ridicule n'est pas sans conséquence puisqu'elle se répercute sur les pensions. La source du problème : la mauvaise répartition des tâches domestiques. Depuis le 18ème siècle, on nous rabâche que l'homme doit évoluer dans la sphère du dehors tandis que les femmes doivent rester cantonner dans la maison. Les clichés ont la peau dure, puisque ce sont encore majoritairement les femmes qui s'occupent des corvées ménagères, quelle que soit leur situation professionnelle. En 2015, une étude du SPF Économie avait révélé que, sur une semaine, les femmes vouaient 8 heures de plus que les hommes aux tâches ménagères. "La répartition du travail entre hommes et femmes suit encore le modèle traditionnel des rôles" avait indiqué le SPF Économie. À cause de cela, beaucoup de femmes sont obligées de passer à temps partiel, voire de devenir femmes au foyer. Et dans le calcul des pensions, les tâches domestiques ne comptent pas. Résultat : selon le Service fédéral des pensions, la pension moyenne des femmes s'élève à 1.024,81 euros, contre 1.311,79 euros pour les hommes. Il y a quelques mois, l'Argentine a décidé de prendre en compte la maternité dans le calcul des droits à la retraite. On a encore du boulot en Belgique.

3. Lutter contre les violences sexuelles

C'est sans doute l'un des combats les plus importants que nous avons à mener : lutter contre toutes les violences faites aux femmes, qu'elles soient sexistes ou sexuelles, au travail, dans la rue ou à la maison ou encore physiques ou psychologiques. Plus parlants que les mots, les chiffres témoignent : selon l'ONG Plan international, 9 femmes sur 10 ont déjà été victimes d'harcèlement de rue, 1 jeune fille sur 3 a vécu des attouchements non consentis et seulement 6% des victimes font appel à la police. Plus grave encore : l'année 2021 aurait été le berceau de 22 féminicides. "Aurait", puisque les féminicides n'étaient, avant 2022, par encore recensés par l'Etat. Jusqu'ici, c'est le blog Stop Féminicide, créé par un ensemble d'ASBL féministes, qui les dénombre en épluchant la presse. Ces chiffres pourraient être en fait bien plus élevés.  Dans le cadre du Plan national de lutte contre les violences de genre, la Belgique commencera son recensement officiel cette année. Ce plan prévoit de renforcer les mesures prises à l'égard de l’augmentation des violences masculines observées durant les confinements. Il comprend notamment l’anonymisation des numéros d’aide aux victimes sur les factures téléphoniques ainsi que le renforcement de ces lignes d’aide.

4. Pouvoir disposer de son corps pleinement et librement

Près de la moitié des femmes sont privées du droit à disposer de leur corps, d'après un rapport de l'ONU basé sur une enquête réalisée dans 57 pays en développement. Ces femmes peuvent être notamment victimes de viol, de stérilisation forcée, de mutilations génitales ou encore de ne pas pouvoir interrompre leur grossesse. En Belgique, les femmes ont obtenu la libre disposition de leur corps. Mais cette liberté n'est pas acquise pleinement. Par exemple, les femmes ont le droit d'avorter, mais pas au-delà de 12 semaines de grossesse. Pourtant, un tas de raisons peuvent pousser une femme à avorter au-delà de 3 mois, comme faire un déni de grossesse ou être victime d'un compagnon violent. Mais disposer de son corps, c'est aussi pouvoir entretenir librement des relations sexuelles. À ce niveau là, il y a également une grosse inégalité de genre. Si les hommes enchainant les conquêtes sont considérés comme des don juan, les femmes dans pareilles situations sont bien souvent dénigrées et stigmatisées. Être une femme et aimer le sexe dérange. Pourtant, la société valorise sans cesse l'hypersexualisation de la femme. En bref, les vieilles mentalités font barrage à la pleine liberté des femmes.

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