Plans cul : Quand les sentiments amoureux ne sont plus une priorité

Mis à jour le 25 janvier 2022 par Noemi Dell'aira
Plans cul : Quand les sentiments amoureux ne sont plus une priorité Illustration : Florence Collard

Si c’était aussi simple de faire la part des choses entre faire l’amour et baiser, ça se saurait. On a enquêté sur le phénomène des plans cul.

« Un plan cul, c’est une personne avec qui j’ai eu une ou plusieurs relations sexuelles sans que les sentiments amoureux n’apparaissent. Ça peut être des ami·e·s, de simples connaissances, pour un soir ou une période plus longue », « Je ne dors jamais avec un plan cul », « Je ne veux rien savoir de la personne, la relation reste purement physique », « J’essaye de changer de plan cul tous les cinq ou six mois pour éviter tout attachement », « J’ai divorcé récemment et j’avais besoin de souffler », « Ça fait trois ans que je suis en relation sans attache et on passe d’incroyables moments au lit comme de complicité. C’est une relation centrée sur le sexe, mais ce n’est pas que du sexe. » Tant de personnes sur cette terre et autant de façons de percevoir les relations.

Casual sex et hormones, ça matche ? 

On a beau vouloir prendre du plaisir sans trop se poser de questions, ce n’est pas chose simple quand le cerveau débarque dans l’équation. Malgré l’obstination de vouloir vivre notre meilleure vie en solo, on ne peut parfois pas s’empêcher de stalker notre plan cul sur les réseaux sociaux, d’attendre obsessionnellement un WhatsApp de sa part ou d’imaginer à quoi ressemblerait la vie à deux et, dans certains cas plus extrêmes, la tête de nos mômes. Mine de rien, un attachement (tout rikiki, si on veut se rassurer) se crée et ce serait totalement normal. Selon les chercheurs, les relations sont en partie guidées par les hormones. « L’ocytocine est l’hormone qui déclenche l’allaitement chez la mère, mais elle est aussi connue pour son rôle dans l’attachement entre deux personnes. Elle sécurise, favorise le rapprochement et est produite dans toute relation humaine lorsqu’il y a un contact physique, des baisers, lors des relations sexuelles, et notamment pendant l’orgasme », explique Charlotte Tourmente, médecin, journaliste et sexologue pour la plateforme de téléconsultation en santé sexuelle féminine Mia.co. Sans parler de la vasopressine, également citée par l’experte, qui associe plaisir et attachement. Et certain·e·s l’acceptent. Loïc (32 ans) : « Tout va dépendre de la relation, mais pour moi, c’est juste impossible de réduire le sexe à seulement du sexe, une personne à du cul. Je trouve ça hyper dégradant. On est des êtres humains et nos réseaux se connectent les uns aux autres d’une manière ou d’une autre. Il y a d’office quelque chose qui se passe. Même si ce n’est pas de l’amour, ce n’est pas le néant. » Céline (26 ans) : « Sans un minimum d’attache, je me lasse. Mais s’il y en a trop, je risque de vouloir plus (ou de croire que je veux plus) même si je sais pertinemment que la personne ne me convient pas. Mais quand on se sent seul, on a cette peur que ça dure toute la vie. La vérité, c’est que certaines expériences se passeront bien et d’autres seront de véritables épreuves sentimentales. Les chagrins d’amour, c’est le lot de tout le monde, pas seulement des gens en couple. » Qui a dit que les plans cul, ce n’était pas prise de tête ? 

plans cul
© Unsplash / Womanizer Toys

Plans cul et révolution sexuelle

« J’avais l’impression que les mots “fille facile, fille facile, fille facile” clignotaient sur mon front. J’assumais le fait que j’avais des envies, j’assumais qu’il m’arrivait de coucher comme ça, mais dans ma tête, c’était un peu comme assumer d’être une salope. » C’est sur ces mots que se termine le podcast « C’est tout meuf : les plans cul », publié en 2017 sur RTBF Auvio. Quatre ans plus tard, el famoso stéréotype qui réduit la femme qui couche à une salope est-il finalement révolu ? Pour Charlotte Tourmente, la réponse est non, même s’il y a une évolution positive. Le slutshaming est ancré depuis tellement longtemps et n’est pas encore prêt à céder sa place à un mode de pensée plus bienveillant. Ce n’est pas pour autant que beaucoup de femmes n’assument pas leur sexualité libérée, considérée encore aujourd’hui comme hors des cadres posés par la société patriarcale. Et les langues se délient. Janice (28 ans) : « Je ne saurais pas donner le nombre exact, mais je dois me rapprocher des 50 plans cul. J’ai toujours été curieuse et intéressée par la sexualité en général, mais je me suis mise en couple quand j’avais 15 ans et je n’ai pas eu l’occasion d’expérimenter toutes mes envies. Vers 21 ans, j’ai senti que si je restais en couple, j’allais finir par tromper mon copain. J’ai donc préféré le quitter pour pouvoir vivre ce que j’avais à vivre et j’ai commencé à fréquenter quelques garçons sans promesse d’exclusivité. Aujourd’hui, j’ai l’impression d’avoir enfin trouvé mon équilibre. Je suis en couple libre, ce qui me permet d’être comblée sur le plan affectif et amoureux tout en continuant à vivre des expériences relationnelles et physiques en dehors. » Avoir les mêmes droits et libertés que les hommes, y compris dans le domaine sexuel, peut être vu comme une étape supplémentaire dans la révolution sexuelle des femmes débutée en 1969. « Avec la libération de la parole chez les femmes, on assiste à une avancée considérable, notamment concernant la sexualité féminine. Le clitoris apparaît dans les manuels scolaires, les violences sexistes et sexuelles sont au cœur du débat, le consentement est enfin abordé… Ce sont des progrès importants, mais je pense qu’on n’est encore qu’au début du tunnel. Une fille qui a envie de coucher avec 15 mecs en une semaine est considérée comme une fille facile, mais si on retourne le point de vue et qu’on estime que c’est la fille qui a décidé de coucher avec ces 15 gars, ce ne serait pas plutôt eux qui étaient faciles à avoir ? » 

Sans oublier la façon dont la société perçoit les femmes matures célibataires : seules, sans ambition, forcées de vivre dans l’ombre entourées de leurs deux, trois ou 27 chats. Mais le sexe sans attache n’est pas uniquement réservé à la génération Y/Z. Elles aussi ont le droit de faire un petit tour au septième ciel sans souci d’exclusivité. Laure (45 ans) :  « Je n’arrivais pas à rencontrer un homme avec qui le feeling passait sexuellement comme intellectuellement. Aujourd’hui, ça fait cinq ans que j’ai rencontré mon sexfriend via l’appli Happn et nous n’avons pas d’autres attentes que le plaisir partagé. Depuis 2018, nous nous voyons une fois par mois (parfois moins), ce qui me donne un équilibre physique qui est super important pour moi. Mes proches sont au courant, mais ne me jugent pas ou en tout cas ne me font pas part de leurs critiques ouvertement. Je crois que ça les amuse, j’ai toujours des histoires croustillantes à raconter. Même s’ils me souhaitent tous de rencontrer un homme avec qui j’aurai une véritable histoire… »

Le diable s’appelle Grindr

Pour la communauté LGBTQIA+, le casual sex serait plus « accepté » et « démocratisé ». François (23 ans) : « Tu connais Grindr ? C’est une application de rencontre pour les personnes trans, bi, homo, queer… Même si ce n’est pas explicite, ça se sait que c’est une appli pour baiser. Et dans la communauté gay, j’ai clairement l’impression que ça passe mieux. Quand on parle de nos plans cul, c’est rarement perçu comme quelque chose de négatif. » Plus accepté et démocratisé certes, mais parfois même jusqu’à en devenir problématique. Une surconsommation qui peut rapidement se transformer en une sorte d’addiction sexuelle toxique. « Il faut savoir que j’ai fait mon coming out assez récemment, il y a cinq mois. Je savais depuis longtemps que j’étais gay, mais c’était quand même très compliqué pour moi de l’annoncer à mes proches, donc la seule possibilité d’interagir avec des garçons, c’était via les plans cul puisque forcément, je n’avais aucune envie de m’attacher. À un moment, j’en ai eu vraiment beaucoup. L’ambiance de la communauté m’a poussée à en vouloir toujours plus et c’est devenu vraiment dur de s’arrêter. Grindr n’y est pas pour rien, elle m’a fait entrer dans un cercle vicieux sur le plan sexuel et m’a fait me perdre dans un sexe qui n’avait plus aucune valeur. C’est censé rester un plaisir et ce n’était plus trop le cas avec la pression de la communauté. » Si François a toujours fait de bonnes rencontres sur l’application, il n’hésite pas à mettre en garde les autres utilisateurs/trices. Et il ne parle pas que de rapports décevants. « Une grande partie des violences homophobes partent d’un guet-apens depuis les réseaux sociaux, notamment les applications de rencontre. Ils se font passer pour un date et débarquent chez toi ou t’attendent chez eux accompagnés de leur bande pour te tabasser. Heureusement, ça ne m’est jamais arrivé, mais ça aurait pu. » Les derniers mots de cet article doivent-ils vraiment être dédiés à la prévention ? OUI ! Par pitié, protégez-vous (dans tous les sens du terme) ! On ne le dira jamais assez. 

5 choses à savoir

Selon Charlotte Tourmente, avant de se lancer dans une relation sans attache :  

  1.  Il faut être clair·e sur ses attentes et s’interroger avec honnêteté sur le type de relation dont on a vraiment envie ;
  2. La relation plan cul ne correspond pas à tout le monde. Elle peut être lassante, voire blessante, lorsqu’il y a un décalage de sentiments ;
  3. C’est une relation basée sur le plaisir mutuel, mais le respect et la bienveillance doivent rester une priorité ;
  4. Certaines relations peuvent devenir officielles, il ne faut donc pas se priver d’aller au bout de celles-ci et de ses envies ;
  5. Se fixer des règles pour éviter de souffrir, d’accord. Mais il ne faut pas en abuser. Parce que le but c’est quand même de vibrer, non ?

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