Le mec du vendredi : David Carette, créateur de Demain il fera jour

Mis à jour le 1 février 2021 par Juliette Maes et ELLE Belgique Photos: David Carette
Le mec du vendredi : David Carette, créateur de Demain il fera jour©David Carette

Photographe et cinéaste, la passion de David Carette est avant tout de raconter des histoires. Rencontre avec le fondateur de "Demain, il fera jour".

Formé en photographie, David Carette débute sa carrière en travaillant pendant une quinzaine d'années dans le monde de la direction artistique et de la scénographie, principalement pour les secteurs de la mode et de l'art contemporain. En 2009, il décide de revenir à ses premiers amour : la photographie et la filmographie. Il fonde son studio sous le nom Demain, il fera jour et passe quelques années à travailler sur des projets pour différents clients. À côté, David Carette commence aussi à faire des sweat-shirts signés "Demain, il fera jour" pour des amis. Un petit projet qui ne cessera de grandir.

Comment avez-vous décidé de lancer votre marque de vêtements ?

J’ai commencé à faire des sweat-shirts pour des amis, parce qu’ils aimaient bien le nom "Demain, il fera jour". À partir de là, ça a commencé à grandir. Des amis d'amis commençaient à demander d'en avoir un également. Tellement qu’à un moment, on s’est demandé si on ne lancerait pas une marque, et c’est comme ça que ça a commencé. C’était en 2013, je crois. À partir de là, "Demain, il fera jour" est devenu uniquement la marque. Je signais mes projets sous ce nom pour ne pas me mettre en avant personnellement, par rapport aux personnes pour qui je travaillais. Mais depuis lors, j’ai recommencé à signer mes photos et films sous mon nom et j’ai arrêté de travailler pour les autres. Demain, il fera jour est devenu un projet à part entière à partir duquel on a inventé toute une histoire.

Demain il fera jour

D’où vient le nom "Demain, il fera jour" ?

A la base, c’était un graffiti que j’ai vu à la fin des années 80 à Bruxelles. Je devais avoir 15 ou 16 ans, je rentrais de l’école et ça m’a vraiment marqué. J’ai toujours gardé cette phrase en tête et, le jour où on a décidé de fonder une société, je savais qu’il me fallait un nom original. Celui là correspondait bien à ce que je faisais à l’époque, à mon travail dans la scénographie. Il y a toujours des moments de stress, des imprévus, et c’était une façon de dire "de toute façon ça va aller". Et puis quand on a commencé à faire les sweat-shirts, on ne s’est pas vraiment posé la question. J’avais envie de raconter des histoires et elles tournaient toujours autour des sentiments humains, de la solitude, etc. Donc on a décidé de garder ce nom qui convenait très bien.

Que signifie-t-il ?

"Demain, il fera jour" veut dire "demain, ça ira mieux". Et c’est drôle parce qu’il est arrivé qu’il y ait une mécompréhension du message. Les gens pensent parfois que c’est très positif, mais ce n’est pas positif dans le sens "tout va bien". C’est plus dans le sens que ça ira mieux. On ne se dit pas "demain, il fera jour" quand tout va bien. Quand tout va bien, on profite du moment présent. Donc ça reste plus proche des moments douloureux que des moments festifs, même si c’est l’idée qu’on continue à avancer, quoi qu'il arrive. 

Votre dernière série vestimentaire s'appelle "Take Me Away", quelle histoire se cache derrière ?

Cette série est clairement inspirée de la situation actuelle. On a réalisé une série de photos artistiques, et on va également réaliser un court-métrage qui sortira dans les prochains mois. La genèse de l’histoire se trouve dans cette nouvelle expression "click and collect" dont a beaucoup entendu parler au premier confinement. Et en fait ça ne veut rien dire. Parce qu’en fait c'est du take away. Et donc je me demandais, "pourquoi ils n'utilisent pas simplement le terme take away que tout le monde connaît ?" Je n’arrêtais pas de me répéter ce mot, et j’en suis arrivé à un bête jeu de mot qui disait "Take Me Away." Au lieu d’être "à emporter", ce serait "emmène-moi." Et c’est parti de là.

Take Me Away, Demain il fera jour

Toute une série de références ce sont mises en place. On parlait beaucoup du corps infirmier, ces héros. Mais je connais plusieurs personnes qui sont dans les hôpitaux. Il m'ont dit qu'ils sont réduits à des sortes de super-héros qu’ils ne sont en fait pas du tout. J’ai un ami médecin, qui m’a avoué avoir l’impression qu’on lui force la main. On lui dit que c’est super, qu’il faut qu’il continue alors qu'en fait ils le font parce qu’ils doivent le faire. Ils le font avec dévouement, certainement, mais ce n’est pas un plaisir et s’ils le pouvaient, ils seraient ailleurs.

Donc je me suis dit que j’allais raconter l’histoire d’une infirmière qui tombe amoureuse et qui décide de se barrer, tout simplement. Elle a le pouvoir de décider si elle va rester ou pas. Et c’est une question qui est fort présente, celle des droits de la femme, de sa place dans la société. Il y a cette idée de pouvoir, et j'avais envie de raconter l’histoire de cette infirmière à qui on n’a pas à dire ce qu’elle doit faire. C’était une façon de rendre un hommage indirect à ce corps médical. On les plaint, mais en fait on ne leur donne absolument pas l’opportunité de s’arrêter un moment, on ne se demande pas ce qu’on peut faire pour les soulager. On se dit qu’il faut les remercier, mais non, ce n'est pas ce dont ils ont besoin (rires). Il faut voir s’il n’y a pas moyen qu’ils puissent se reposer un peu.

Vos capsules vestimentaires font toujours partie d'une réflexion plus large ? 

Voilà. Dans chaque collection, il y a tout un concept derrière. C’est vrai qu’on n'a jamais donné les informations pour que le public puisse comprendre tout ce que ça sous-entend, et c'est quelque chose sur lequel on travaille. Ce que j’aime bien, c’est l’idée que les vêtements font partie d’un projet plus large. Il y a des gens qui vont acheter la photo, d’autres qui vont acheter le t-shirt et encore d’autres qui vont regarder le court-métrage. En plus de ça, tout sort à des moments différents. Les photos vont sortir en premier, puis la collection, et le court-métrage arrive souvent bien après. Mais ce décalage ne me dérange pas. L’idée est toujours de créer des histoires, c’est ce que j’aime faire.

Demain il fera jour

Vos projets se concentrent principalement sur la mode et l’art contemporain, pourquoi cette affinité ?

Premièrement, ce sont des environnements qui sont très fournis en terme de gens créatifs. On va croiser des stylistes, des maquilleurs, etc. Dans l’art contemporain, on n’en parle même pas, c’est plein d’artistes et de galeristes. C’est un milieu très ouvert et curieux que j’aime bien. Ensuite, il y a quelque chose de l’ordre du moment présent. Il n’y a pas vraiment de routine qui s’installe. Au début de ma carrière, j’ai travaillé pour une marque assez conventionnelle, et ce sont des grosses machines avec des codes très établis qu’on ne peut pas changer. Le premier projet était très intéressant, mais au bout du troisième, c’est toujours des déclinaisons de la même chose, et alors moi je m’embête. Je peux comprendre pourquoi ça marche comme ça, mais personnellement, je préfère me renouveler.

Comment se déroule le processus de composition d’une photo ?

Quand je fais une photo, je pars toujours d’un croquis. Ça peut être surprenant, mais la photo finale est souvent très proche du dessin initial. Il y a des photographes qui fonctionnent très bien à l’instinct, pour capturer un moment qui passe, mais ce n’est pas du tout mon talent. J’aurais trop peur qu’il ne se passe rien, je suis trop angoissé que pour arriver avec une feuille blanche le jour-même.

L’idée d’une photo, pour moi, c’est assez cinématographique, c'est de la fiction. J’aime bien qu’on regarde une photo et qu’on puisse se demander ce qu’il s’est passé avant et ce qu’il va y avoir après. Quand je dois faire une photo de mode avec un mannequin, je ne la connais pas toujours d’avance, donc je vais lui donner la personnalité que j’ai envie de photographier, je lui demande d’incarner un personnage. De temps en temps cela va correspondre à sa personnalité, parfois pas, mais il faut qu’on y croie. Et ça ne peut pas être caricatural. Mon but, c'est d’évoquer une émotion, de donner l’impression de la capture d’un moment, alors que tout a en fait été construit.

Demain, il fera jour

Y-a-t-il un tournage ou un shooting photo qui vous a particulièrement marqué ?

Je pense, comme tout le monde, le dernier (rire). Enfin, surtout quand on l’a réussi. Mais il y en a un que j’ai fait il y a quelques années qui s’appelait « And Other Illusions » avec la mannequin Manon Leloup. C’est un court-métrage pour lequel on a fabriqué tout un décors de maison. C’était l’idée d’une fille qui attend quelqu’un qui n’arrive jamais. C’était un projet personnel, mais on a reçu de l’aide de tous les corps de métier possibles et imaginables gratuitement. Des gens avec qui j’avais déjà travaillé et qui voulaient me donner un coup de main. Et donc on s’est retrouvés à pouvoir réaliser un projet qui n’avait aucune fonction commerciale. Il n’y avait rien à vendre, rien à promouvoir. C’était vraiment super, autant pour l’organisation, parce que tout le monde a été si généreux, que pour le résultat qui donnait très bien.

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