La fille du vendredi : Delphine Tempels, créatrice de bijoux

Mis à jour le 23 décembre 2020 par Juliette Maes et ELLE Belgique
La fille du vendredi : Delphine Tempels, créatrice de bijoux © Laurent Tempels

Belge résidant à Ibiza, Delphine Tempels est créatrice de bijoux. Ses pièces, intemporelles, complexes et délicatement féminines sont inspirées de la nature et de l'océan. Rencontre avec la designer aux doigts de fée.

Fille d'un père propriétaire d'une entreprise de sons et lumières et d'une mère décoratrice d'intérieur, Delphine grandi baignée dans le monde de l'art. Elle suit un chemin similaire à celui de ses parents et étudie pendant 2 ans la sculpture avec des professeurs des Beaux-Arts de Bruxelles avant de déménager à Madrid où elle démarre sa carrière en tant qu'actrice. Son parcours lui fait ensuite découvrir le monde de la bijouterie, milieu qui s'impose comme une révélation et dans lequel elle se lance à corps perdu.

Vous avez commencé votre carrière en tant qu'actrice. Qu'est-ce qui vous a mené à la création de bijoux ?

Sur un des tournages auquel je participais, était prévue une sélection de bijoux pour les actrices et j'ai eu la chance de me rendre dans un atelier de bijouterie. Je me suis assise à cette table et ça a été comme une révélation pour moi. Ça a vraiment été le déclenchement. J'ai ressenti comme une véritable connexion avec cette table de bijouterie, je ne sais pas d’où elle venait (rires). Et j’ai donc décidé du jour au lendemain d’en faire mon métier.

C'est comme ça que tout a débuté. Je me suis acheté directement une table en seconde main, un peu de matériel et j'ai tout simplement commencé à donner vie à mes idées. Bien évidemment, je me suis rapidement rendue compte qu’il y avait un véritable savoir-faire à acquérir dans la tradition de la bijouterie. J'ai donc rencontré un très grand bijoutier de Madrid, un professionnel, avec qui j’ai accroché. Il m'a invitée dans son atelier où il m'a appris les bases du métier et les règles de cette profession à part.

C'est vrai que j'avais fait la sculpture aux Beaux-Arts, donc il y avait des bases que je possédais déjà dans la création d'objets quand je me suis lancée dans la création de bijoux. Mais ce que j'avais appris en sculpture s'appliquait à des formats plus grands, évidemment. J'avais déjà travaillé les  matériaux qu'on utilise en bijouterie, mais pas en petit, pas de cette façon.

Bijoux Delphine Tempels
©Eric Ceccarini

Vos expériences passées dans l’art et le milieu du cinéma vous servent-elles toujours ?

Tout est lié en fait. Tout ce que j'ai appris comme actrice, dans la façon de travailler continue de me servir. J’ai aussi évidemment énormément lu. J’ai dû imaginer des personnages. Quand il faut interpréter un rôle, il faut penser comment serait le personnage. On peut aussi aller voir des expositions, par exemple. Si on joue un personnage des années 1890, pour le créer, on peut s'inspirer de peintres de cette époque-là et donc on voit comment les gens sont habillés, s’ils portent des bijoux, etc. Donc oui, ce sont tous des éléments qui m'aident au jour le jour.

Ça me sert aussi énormément quand je rencontre les personnes, vu que ce sont des pièces faites sur-mesure. Grâce à ce métier d'actrice et mes talents d'interprétation de personnages différents de moi-même, j'arrive, quand je reçois une personne en vue de la création d'un bijoux, à réaliser une certaine analyse tant extérieure qu'intérieure. J’essaye vraiment de capter l'essence de la personne pour la mettre après dans le bijou.

Travaillez-vous toujours en tant qu’actrice ?

Dernièrement j'ai accepté 1 ou 2 travails très simples qui ne prenaient qu'une journée de tournage. J'ai toujours bien aimé travailler en équipe. Ici, je suis dans mon atelier et j'ai énormément de temps toute seule et ça me plaît aussi. Mais dans une journée de tournage, tout le monde travaille ensemble. Et voir que tout le monde est là pour la même chose mais que chacun a son rôle et que tous sont importants, c'est très chouette.

Qu’est-ce qui vous a mené à vous installer à Ibiza ?

Je vivais à Madrid et j'ai plein d'amis qui m'ont toujours dit d’aller à Ibiza. Je ne voulais pas au début parce que je ne connaissais qu’une facette de l’île, celle que tout le monde connaît. Et puis au final, un ami m'a convaincue d'y aller. Je suis partie et je ne suis plus revenue. Aujourd'hui, je vis dans le nord de l'île qui est un endroit où se trouvent beaucoup d’artistes internationaux. Et en plus, la nature y est incroyable. Je vais me promener tous les jours et ça me calme, ça m’aide à créer.

Quel type de matériaux utilisez-vous dans vos bijoux ?

J’utilise de l'argent 925 et de l'or 18 carats mais aussi des gemmes. Le diamant, principalement, mais également le saphir, le rubis, l’émeraude. J’aime aussi beaucoup les tourmalines, les aigues-marines, les péridots, les topazes, les saphirs…

Tous les matériaux que j'utilise sont de très haute qualité. Ils sont certifiés par le laboratoire de la monnaie à Madrid qui met les poinçons. Ce sont des matériaux qui respectent les droits de l'Homme et la nature. Pour moi c'est très important. Quand on voit ce qu'il se passe dans certaines mines, il faut penser à la planète et aux travailleurs.

 

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Avez-vous un bijoux favori dont vous êtes particulièrement fière ?

J'aime beaucoup faire les bracelets et les manchettes. Peut-être parce que ce sont des pièces plus grandes. J'aime bien faire beaucoup de détails, donc je m'amuse vraiment sur ce type de modèles. C'est comme si je faisais une partition pour un musicien ou une composition pour une peinture. Mais au final, j'aime tout faire. Ce que je voulais, c'était créer des bijoux sur-mesure. J’ai énormément de clients qui, au début, m'ont acheté une pièce toute faite et qui reviennent maintenant vers moi avec des idées pour retravailler des bijoux qu’ils ne portent plus. C’est pour ça que j’aime tout faire, parce que ce sont des pièces uniques. Je n'ai pas le temps de m’embêter ou de reproduire.

Quel a été votre plus grand défi dans votre carrière ?

Quand on entreprend quelque chose, je pense qu’il y a tout le temps des défis. Mais qu'est-ce qui a été le plus dur ? En fait, j'étais tellement passionnée que je n'ai pas senti que c'était difficile. Peut-être, quand j'ai changé de carrière, le fait de devoir mettre l’autre carrière un peu à l'écart a été compliqué, parce que j'avais besoin de 100% de mon temps pour mes bijoux. Mais aujourd'hui, j'ai trouvé mon rythme et quand on me propose des contrats d'actrice ça m'arrive d’accepter si j’ai le temps.

Le plus grand défi était peut-être de percer dans un milieu d'hommes. La bijouterie est un univers principalement dominé par les hommes. Depuis quelques années, il y a beaucoup de femmes qui se lancent dans ce milieu et c'est très bien. Mais c'est vrai que se faire une place au départ n’est pas quelque chose d'évident. C'est une satisfaction pour moi d'avoir réussi à m'intégrer.

Comment se passe le processus de création d’un bijou ?

Pour créer une pièce, que ce soit une commande ou une inspiration de ma part, la fabrication est la même mais le processus est évidemment un peu différent. Quand un client me contacte, on va commencer par discuter de ce dont il a envie et voir ce que je propose.

Après ça, je peux faire un croquis mais je préfère généralement travailler directement la matière. Il y a plusieurs façons de faire en bijouterie : soit directement avec le métal, soit à la cire. Je vais faire des recherches directement dans la matière et proposer l'idée au client pour voir si ça leur convient. S'il n'y a pas de client, je vois si ça fonctionne. Souvent j'ai une idée en tête, mais elle se modifie au fur et à mesure en travaillant le matériel.

Si le premier jet a été fait en métal, une fois que le client est satisfait, on passe à l’étape suivante. Si c'est à la cire, il faudra faire fondre cette cire dans le métal. Ça s’appelle le travail à la cire perdue. Mais tout ne peut pas être fait en cire, il y a plein de choses qui se font directement sur le métal. Il s'agit de tous les petits détails qui vont donner vie au bijou.

Je n'ai pas du tout un style classique, mais j’adore mélanger "tradition et innovation". Donc j’utilise des matériaux classiques mais mes designs sont très modernes. Je suis hyper perfectionniste sur la finition, j'ai besoin que ce soit parfait (rires). C'est très important pour moi.

Delphine Tempels Atelier bijoux
©Laurent Tempels

On remarque une forte inspiration du monde marin dans vos créations. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Oui, c’est une drôle de coïncidence mais je m'appelle Delphine et j'adore le monde de la mer, particulièrement depuis cet été. J’ai reçu des palmes pour faire de la plongée en apnée et ça a été une expérience incroyable. Ça m'a fasciné de rentrer tout d'un coup dans un monde complètement différent. À Ibiza, il y a des grottes sous l'eau et donc, quand on rentre, il fait tout noir et tout d’un coup, il y a tous ces jeux de lumière sous l’eau. Ça m’a donné énormément d’inspiration pour créer de nouvelles pièces. Mais j’aime autant la mer en été qu’en hiver. La mer qui s’écrase sur les rochers, ces explosions de gouttes… À la mer, je suis heureuse.

Retrouvez les créations de Delphine sur son site Del Tempels et sur son compte Instagram.

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