Interview exclusive de Sophie Turner : l’incroyable ascension de la reine du Nord

Publié le 13 mai 2020 par Mike Sager et ELLE Belgique Photos: Arthur Elgort
Interview exclusive de Sophie Turner : l’incroyable ascension de la reine du Nord © Arthur Elgort - Robe Louis Vuitton

Comment une écolière sans histoires du Warwickshire est devenue l’une des actrices les plus intéressantes – et les plus franches – d’Hollywood ? Retour sur le parcours incroyable de Sophie Turner.

La reine du Nord siège majestueusement sur une chaise de maquillage au rez-de-chaussée d’une vaste maison en béton, à quelques encablures de la promenade de Venice Beach (Californie), telle une souveraine radieuse sur un trône improvisé, prête à se mettre au travail. De l’autre côté de la grande baie vitrée, les gens passent sans interruption, joggers ou cyclistes. Plus loin s’étire une vaste étendue de sable fin derrière laquelle on peut deviner la courbure de la terre, juste à l’endroit où l’océan Pacifique côtoie le ciel bleu azur.

Sophie Turner
© Arthur Elgort

Dans la maison, Sophie Hunter (24 ans) se plie aux injonctions de ses assistants. Même si ses cheveux sont à nouveau naturellement blonds, on reconnaît immédiatement l’écolière anglaise qui est apparue pour la première fois sur nos écrans il y a neuf ans dans « Game of Thrones », la série à succès et multiprimée de HBO. Dans la peau de Sansa Stark, auréolée d’une chevelure rousse, Sophie Turner a incarné avec talent le passage à l’âge adulte d’une jeune femme qui a beaucoup souffert, au cours des neuf saisons de la série, mais qui a aussi triomphé avec force, menant son royaume à l’indépendance. En 2019, elle a d’ailleurs été nommée aux Emmy Awards pour le meilleur second rôle féminin dans une série dramatique.

Entre l’école et les tournages de « Game of Thrones », d’une durée de cinq à six mois chaque année, elle a quand même réussi à trouver le temps de caser quelques films (la série des « X-Men », « Secret Agency » et « Josie ») et, bien sûr, elle s’est mariée avec une superstar de la pop en mai 2019. On a beaucoup parlé de sa relation avec Joe Jonas, et encore plus du triumvirat des épouses Jonas dont elle fait désormais partie et que l’on surnomme les « J sisters ». Un gang composé de l’actrice et chanteuse Priyanka Chopra Jonas (mariée au plus jeune membre du groupe, Nick) et de la star de la télé-réalité Danielle « Dani » Deleasa Jonas, femme du plus âgé, Kevin. Ça en fait du chemin depuis le petit village du Warwickshire où Sophie Turner a grandi...

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Interview exclusive pour le ELLE

Tout à coup, il y a du mouvement. La maquilleuse applique une ultime couche de fard bleu électrique sur ses paupières, tandis que le coiffeur tend la main pour recevoir de son assistante une dernière extension de cheveux blonds soyeux. L’actrice porte un tailleur gris foncé décontracté, un pull en laine multicolore sans manches et une chemise à col oversized. Le tout est signé Louis Vuitton, dont elle est ambassadrice, et lui donne des airs de jeune Twiggy.

Enfin, c’est l’heure. Derrière la maison, nous atteignons une allée où nous attend une grosse voiture noire. L’assistant de production tourne la clé et le véhicule se met à ronronner. Nous nous mettons en route.

« Jusqu’où allons-nous ? », demande Sophie Turner. « Pas loin, juste là », indique l’assistant de production, montrant à travers le pare-brise un rassemblement de personnes et de matériel au bout de l’allée. « Je pense que j’aurais pu marcher », fait-elle remarquer, impassible. Tout le monde acquiesce. « Je me sens conne... », dit-elle.

Le shooting se déroule sans encombre, et le lendemain nous nous retrouvons au Château Marmont (le Dorian Gray des hôtels). Nous nous asseyons autour d’une petite table ronde, sur de moelleuses chaises à dossier haut. Sophie Belinda Jonas porte une paire de baskets Umbro blanches et un jogging gris chiné en coton épais, le genre que l’on adore porter à la maison. Il est orné, à deux endroits, du logo « Erewhon », le nom d’une chaîne d’épiceries haut de gamme de Los Angeles. Mais le jogging ne vient pas de chez Erewhon. Il est fabriqué par une boîte appelée Pizzaslime (« Pizzaslime est un projet créatif imaginé par deux idiots savants qui satisfont votre besoin de décevoir vos parents », peut-on lire sur leur site web).

« Vous voyez l’ironie ? Ça fait vraiment pétasse de porter ça, parce que Erewhon est super cher, et c’est un peu ça qui me plaît », s’amuse-t-elle. Et ça continue comme ça pendant 90 minutes : le bagou, les vannes, les rires qui retentissent dans toute la pièce. Et aussi les jurons, dont elle craint qu’ils soient trop peu politiquement corrects par rapport à ce qu’on attendrait d’elle, « parce que les Anglais sont peut-être plus sarcastiques et grossiers les uns envers les autres que les Américains ».

Sophie Turner
© Arthur Elgort - Manteau, chemise, mocassins et broche Louis Vuitton

Son enfance

Le village de Chesterton n’est célèbre que pour son moulin à vent et sa proximité avec Leamington, ville thermale au sud de Birmingham. C’est pourtant là que Sophie Turner a principalement passé son enfance. Son père, Andrew, était manager dans une entreprise de distribution de palettes pour le commerce maritime. Sa mère, Sally, était éducatrice spécialisée. Elle a deux grands frères, l’un avocat, l’autre médecin. Et elle avait une jumelle, qui est malheureusement décédée avant la naissance. (« Mon psy est arrivé à la conclusion suivante : je dois en permanence doubler les gens, devenir leur jumelle en quelque sorte », confie-t-elle).

Sophie Turner avoue qu’enfant, elle était « maladivement timide ». « Je ne disais pas bonjour. Ni au revoir ni rien. Alors, ma mère m’a inscrite à un cours de théâtre, organisé par la Playbox Theatre Company, de mes 3 ans jusqu’à mes 17 ou 18 ans. Tous mes amis y allaient aussi. On était ensemble tout le temps. C’était comme notre église, on adorait ça. On montait des pièces, c’était juste magique. »

Sophie Turner
© Arthur Elgort

Sa rencontre avec Joe Jonas

Je lui demande si elle était fan des Jonas Brothers. Elle sourit. « Mes amis et moi n’étions pas fans des Jonas Brothers.
On les détestait même. On adorait le groupe Busted. Ils avaient un morceau intitulé “Year 3000”, c’était génial. Et puis les Jonas Brothers l’ont repris pour en faire un tube planétaire, et Busted s’est séparé. À cause des Jonas Brothers. »

Des années plus tard, en 2016, alors que Sophie Turner travaillait sur un film, l’un des producteurs – ancien voisin des Jonas Brothers – lui conseille de rencontrer Joe Jonas. « Je pense que tu t’entendrais vraiment bien avec lui. » Peu de temps après, raconte-t-elle, « je suis allée à une réunion à laquelle assistait l’agent de Joe. Il m’a dit que je lui rappelais l’un de ses clients. Et qu’il pariait qu’entre nous, le courant passerait trop bien ». Cette année-là, les Jonas Brothers étaient en tournée en Angleterre, et Joe lui a envoyé un message. « Je vivais avec des amis à Camden, dans un appart vraiment punk – les gens arrivaient et repartaient par les fenêtres. Quand je l’ai dit à mes potes, ils ont fait genre: “Yes ! Joe Jonas ! C’est trop marrant. Vas-y, balance tout ce qu’il t’a dit.” » Je m’attendais à ce qu’il débarque avec des gardes du corps. Je pensais que ce serait un plouc. Je suis allée au rendez-vous avec tous mes amis mecs, pour me sentir en sécurité. Parce que j’avais peur que ce soit un imposteur, ou un je-ne-sais-quoi. »

Jonas, Sophie et ses amis rugbymen se sont retrouvés dans un bar de Camden. « C’était un petit bar miteux. Génial et horrible à la fois. Sale, avec de la bonne musique et des gens qui vomissent partout... Et il n’est pas venu avec un service de sécurité. Il a amené un pote et ils ont juste bu autant que nous. On n’a passé que quelques minutes sur le dancefloor, puis on s’est trouvé un petit coin pour parler, rien que nous deux. Ça a duré des heures, et des heures. Et je ne me suis pas du tout ennuyée. Ce n’était pas artificiel. C’était juste trop facile. Très vite, on est devenus inséparables. Et puis, je suis partie en tournée avec lui. »

L’année suivante, le couple se fiançait. Tout en bavardant, je remarque qu’elle porte la bague (un diamant poire) solitaire montée sur un double anneau pavé en or blanc, avec une alliance pavée assortie. Ils se sont mariés deux fois. La première, le 1er mai 2019, par l’entremise d’un imitateur d’Elvis à Las Vegas. Et deux mois plus tard, ils ont organisé une seconde cérémonie, plus formelle, dans le sud de la France. Et leur conte de fées continue, puisque quelque temps après cet entretien, la rumeur selon laquelle le couple attendrait son premier enfant s’est répandue comme une traînée de poudre sur internet...

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Mr and Mrs Jonas Photo by @corbingurkin

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« Avec Joe, j’ai toujours eu le sentiment de boxer au-dessus de ma catégorie. Et je ressens toujours ça. Il est tellement beau, talentueux, drôle et charismatique. Comment puis-je être avec lui ? Je ne sais pas. J’ai vraiment de la chance qu’il ait envie de passer du temps avec moi. »

En quoi le mariage est-il différent d’une relation sérieuse ? « Je crois que la seule chose qui a changé pour moi, c’est cet incroyable sentiment de sécurité. Les mots “mari et femme” renforcent la relation. Je trouve ça merveilleux d’être mariée. Je suis sûre que nous aurons notre lot de prises de tête, mais pour le moment, tout est très sécurisant. C’est chouette aussi d’avoir de nouvelles amies », ajoute-t-elle, en référence aux J Sisters. « On peut se raconter à quel point les vies des boys sont dingues. On est d’accord sur plein de choses. Et c’est vraiment cool parce que, avec les belles-sœurs, on ne sait jamais à quoi s’attendre... Surtout avec Priyanka. Elle a déjà 20 ans de carrière à Bollywood. C’est une star en Inde. Quand on y est allés pour son mariage avec Nick, on a été traités comme des rois. Elle est super gentille, et ils vivent seulement à dix minutes de chez nous. Et même si Kevin et Danielle habitent dans le New Jersey, on les voit très souvent. On forme une grande famille parce que les garçons sont inséparables. 

Ses projets professionnels

Si l’année dernière, Sophie Turner s’est davantage investie dans son mariage que dans sa carrière d’actrice, la situation est sur le point de changer avec son nouveau projet ambitieux sorti en avril aux États-Unis. « Survive» est une série en douze épisodes adaptée du roman à succès d’Alex Morel. Elle y interprète une jeune femme suicidaire qui est l’un des deux seuls survivants d’un crash d’avion sur une lointaine montagne enneigée.

Un pitch très hollywoodien. Sauf que « Survive » est disponible sur une toute nouvelle plateforme de streaming créée par une start-up appelée Quibi (le nom vient de la contraction de « quick » et de « bites »). C’est un service qui propose, sur la base d’un abonnement, des séries de qualité cinématographique d’une durée maximale de dix minutes à regarder sur son téléphone portable. Quibi espère ainsi devenir le Netflix des navetteurs.

« Quand j’ai terminé “Game of Thrones”, j’ai eu envie de retravailler tout de suite pour la télévision. J’adore l’atmosphère des tournages et le lien qu’on peut créer à travers les épisodes. Quand j’ai découvert Quibi, je me suis dit : “Je ne sais pas si ça va marcher, mais je veux en être.” Ensuite, j’ai lu le scénario et j’en suis tombée amoureuse. Dans “Survive”, mon personnage a fait une cure de désintoxication pendant une année entière. Je souffre moi-même d’anxiété, de dépression et de troubles alimentaires. Disons que ma famille a quelques casseroles. J’en connais donc un rayon sur ce monde. »

Je lui demande si son travail pour la série l’a aidée à mieux gérer ses propres soucis. Elle hausse les épaules et reprend une myrtille dans le bol contenant un mélange de fruits rouges qu’elle a commandé pour le petit déjeuner. « Je suppose, oui. Sur le moment, c’est très thérapeutique, parce que je ne pense pas trop à moi. Mais par la suite, pas tant que ça. » Elle fait sauter la petite boule dans sa bouche. « Le truc, c’est que j’ai été tellement obsédée par la volonté de donner vie aux problèmes de ce personnage que je n’ai pas travaillé sur moi-même. »

De l’autre côté du lobby, je vois l’attaché de presse de Sophie qui prend place sur le canapé. L’actrice m’adresse un signe de tête qui marque sans équivoque la fin imminente de l’entretien. Je lui lance une dernière question : « Qu’avez-vous pensé de la fin de “Game of Thrones ?” » « Je ne l’ai pas regardée. J’ai commencé à regarder la série quand la dernière saison a démarré. J’envisageais de regarder le reste, mais j’ai pris du retard. Et puis je me suis mise à lire tous les commentaires en ligne... Je pense que la fin ne peut pas plaire à tout le monde. Surtout dans le cas d’une série qui a duré dix ans. Chacun a envie que ça finisse de telle ou telle façon. On ne peut pas plaire à chaque fan. »

Mais qu’est-ce que ça fait d’avoir participé à l’une des plus grandes séries de tous les temps ? « Depuis que la série est terminée, je commence à réaliser à quel point c’était incroyable. Je me dis que j’ai eu tellement de chance. Quand on est la tête dans le guidon, on ne se rend pas compte qu’on participe à un truc si grand. Les gens que je côtoyais, leur façon de travailler, l’atmosphère... Cette série m’a tellement gâtée. Et je ne vivrai plus rien de comparable. C’est seulement aujourd’hui que j’en prends conscience. »

Sophie Turner
© Arthur Elgort - Robe et chaussures à talons Louis Vuitton

Sa fiche d’identité

  • Née le 21 février 1996 à Northampton, Angleterre. - Joue le rôle de Sansa Stark dans « Game of Thrones » de 2011 à 2019.
    - Partage un tatouage sur son bras avec sa
    « sœur » Stark, Maisie Williams : 07.08.09, date de l'obtention de leur rôle pour « GOT ».
  • Mariée à Joe Jonas, elle attend leur premier enfant.
  • Défend ses opinions sur Twitter. Elle qualifie Piers Morgan de « con » après ses commentaires sur la santé mentale. Et dans une vidéo Instagram Live, elle s'en prend à l'actrice Evangeline Lilly qui ne respecte pas les règles de confinement.

Stylisme: Beth Fenton - Coiffure: Christian Wood - Maquillage: Lisa Storey - Manucure: Millie Machado - Tailleuse: Susie Kourinian - Assistantes mode: Cathleen Peters, Megan King et Julia Harvey.

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