La perruque: comment un objet tabou devient le nouvel it-accessoire ?

Mis à jour le 13 septembre 2019 par Noemi Dell'Aira et ELLE Belgique Photos: Glenn Prasetya
La perruque: comment un objet tabou devient le nouvel it-accessoire ? Photo: Glenn Prasetya

La perruque fait une entrée fracassante dans les routines beauté. Si les stars l’ont clairement adoptée, les Belges sont-elles également prêtes à succomber ? 
Comment l'objet tabou est-il devenu l’un des accessoires beauté numéro 1 ?

On découvre peu à peu une Lady Gaga au naturel. Mais on n’a pas encore oublié à quel point la jeune artiste nous en fait voir de toutes les couleurs ces dix dernières années avec ses coiffures complètement déjantées. Le carré crépu, le chignon XXL, les dreadlocks, les tresses argentées, le postiche blanc et noir, sans oublier le sapin de Noël capillaire... Parmi les it-girls à la crinière frivole, l’incontournable Katy Perry, Beyoncé ou encore la talentueuse Sia, qui, après quelques années d’ascension dans le monde de la musique, a décidé de faire tomber le masque et d’enfin dévoiler les traits de son visage, auparavant dissimulés derrière perruques et chapeaux imposants. Toutes ont fait de leur chevelure factice beaucoup plus qu’un simple accessoire beauté. Les perruques extravagantes sont devenues partie intégrante de leur identité artistique. Et c’est le cas également pour le jeune Français Bilal Hassani, représentant de la France à l’Eurovision 2019. Le chanteur voue carrément un culte à ses perruques en leur donnant des petits surnoms, ces dernières l’ayant aidé à s’assumer fièrement. Elles auraient donc non seulement participé à la création de son personnage, mais aussi à son développement personnel.

D’autres célébrités ont repris le flambeau des chevelures fulgurantes. On pense évidemment à ces personnalités qui font le buzz sur les réseaux sociaux, comme le célèbre clan Kardashian. Kim, Khloe, Kylie… toutes s’affichent sur Instagram métamorphosées du jour au lendemain, une nouvelle tête sur chaque photo. Du long au court, du wavy au lisse et du blond platine au lilas, turquoise ou vert fluo, les stars du Web sont à la pointe de toutes les tendances naissantes et assument, tête haute et faux cheveux au vent, leur transformation quotidienne. Une audace qui donne aux vrais gens l’envie de se lâcher à leur tour.

perruques
Photo: Glenn Prasetya

Pourquoi la perruque est-elle un sujet tabou ?

Parce que les tendances beauté mettent l’accent sur l’authenticité et prônent un retour au naturel. La perruque peut sembler être, de ce point de vue, un accessoire totalement à contre-courant. Pourtant, ces dernières années, la culture drag (qui a fait de la crinière XXL un de ses symboles) a reçu un véritable coup de projecteur et s’est considérablement popularisée. Sur les réseaux sociaux, notamment sur YouTube, le culte du tuto make-up y a clairement contribué. Des vidéos sur les perruques émergent aussi sur la Toile, démontrant ainsi l’entrée dans les foyers de ce type d’accessoires. Alors que les Youtubeuses ont posté en masse leur version de la vidéo « J’achète des perruques à moins de 10 euros sur Wish » ou autres sites low cost, on assiste à l’ouverture de cette catégorie sur des webshops très prisés, comme celui d’Asos. Le coût ? Entre 20 et 90 euros. Le constat ? Les perruques proposées sur le site sont depuis plusieurs semaines sold out.

Mais le marché belge dans tout ça ?

Située au coin du boulevard de Waterloo, en plein cœur du quartier commerçant chic de la capitale, Krôme propose sa propre marque d’extensions capillaires, de perruques et de prothèses haut de gamme. Emilie Ouedraogo, 32 ans, est l’une de ses fondatrices. C’est avec deux de ses amies qu’elle a eu l’initiative, il y a cinq ans, de développer ce projet. « Je recherchais depuis des années un endroit où je pourrais acheter des perruques et des extensions de qualité, avec conseils personnalisés à l’appui. Cet endroit n’existait pas en Belgique, alors nous l’avons créé. »
La Belgique est-elle en train de rattraper les States ? Pour Emilie, la réponse est oui, avec cependant quelques nuances : « Il y a eu un grand boum depuis deux ou trois ans, grâce à ces personnalités qui osent s’afficher chaque jour avec une coupe, une couleur ou un style totalement différent. Ça fait tomber l’un des principaux freins qui retenaient nos clientes : “Est-ce que les gens vont remarquer le changement ? Vais-je être jugée ?” » Certaines clientes profitaient d’un changement de travail pour acheter leur perruque afin que personne ne se doute du subterfuge. Aujourd’hui, les gens ont moins de difficultés à dire qu’ils portent une perruque, c’est même, au contraire, devenu super tendance ! Ça permet de changer de look au gré de ses envies sans abîmer ses cheveux et c’est plutôt pratique. » Une observation confirmée par Patrick Steenhaut, gestionnaire des boutiques Hair Club, à Bruxelles. Après les colorations et autres traitements chimiques, la perruque est devenue la parfaite solution pour laisser les cheveux respirer et se réparer, tout en affichant un look impeccable.

Comment se passe la production ?

Chez Krôme, chaque pièce est unique puisque les perruques ne sont pas fabriquées à la chaîne. « Nos perruques sont, pour la plupart, réalisées entièrement ou partiellement à la main dans des ateliers en Chine et en Inde. » Chez Hair Club, « celles qui sont confectionnées à la main, souvent à finalités médicales, sont plus onéreuses puisque les poils sont posés un à un sur le bonnet. Il existe aussi les techniques dites “ machinales ” où les poils sont cousus mécaniquement par bandes de cheveux. Ces pièces se révèlent presque dix fois moins chères que les précédentes ».

Les prix sont extrêmement variables sur le marché. Dans ce secteur, les cheveux sont également appelés « diamants noirs », car les plus beaux, les plus longs et les plus durables valent très cher. Leur prix se calcule au poids, comme l’or ou le platine. Pour les perruques en cheveux naturels, les prix peuvent débuter à 499 € et grimper jusqu’à 2.500 € voire 3.000 € pour les plus travaillées, alors que celles en fibres synthétiques varient entre 150 € et 300 €. La différence entre le classique et le haut de gamme peut se mesurer grâce à l’appellation de qualité « Remy Hair ». Une norme qui garantit que les cheveux sont méticuleusement triés et ensuite alignés pointes vers bas et racines vers le haut afin d’éviter les nœuds. Une mention qui indique également que leur cuticule n’a pas été abîmée lors de colorations ou de traitements chimiques.
Jusqu’il y a peu, il était assez facile de distinguer une perruque synthétique d’une naturelle. La brillance et la nature ultra-inflammable des synthétiques – provoquant parfois de graves accidents sur scène – ne laissaient aucun doute. Aujourd’hui, les fibres japonaises de haute technologie, appelées « Kanekalon », ont permis de créer des perruques synthétiques tellement réalistes qu’il est difficile de percevoir la différence à l’œil nu. Malgré tout, leur durée de vie est bien moindre que les naturelles, ces dernières pouvant être conservées de nombreuses années et coiffées sans limites. La perruque, nouvel it-accessoire ? Oui, et de tous les jours !

Les conseils de Krôme : trois règles à respecter pour profiter longtemps de sa perruque

  1. Pour les cheveux naturels, il est primordial de les hydrater quotidiennement avec un sérum et de choisir des produits de lavage et de soin adaptés.
  2. La chaleur peut être utilisée sur les cheveux 
MAIS pas trop et pas tous les jours.
  3. Il faut conserver sa perruque à l’abri de la poussière dans une boîte ou un placard 
et toujours bien la démêler avant de la ranger 
et avant de la laver.

Stylisme: Ghina Rizqi

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