« Le Sens du Poil » : un compte Insta pour les poilues (et fières de l’être)

Publié le 8 juillet 2019 par Elisabeth Debourse Photos: Le Sens du Poil
« Le Sens du Poil » : un compte Insta pour les poilues (et fières de l’être)

Trois questions aux créatrices belges du compte Instagram "Le Sens du Poil", qui célèbre la pilosité féminine, bien trop longtemps mal-aimée.

On s’en souvient comme si c’était hier. Sur le sol froid de la salle de gymnastique, les jambes des petites filles étaient alignées, madeleines toutes en chair, bleus et égratinures. Des tibias imberbes — sauf les nôtres. On avait appris plus tard, non sans avoir d’abord tiré notre t-shirt de gym sur nos jambes, que certaines étaient déjà rasées, épilées, tandis que d’autres n’avaient pas encore vu de poils pousser. On avait dix ans, et la honte s’était emparée de nous. Jambes, mais aussi aisselles, avant-bras, maillot, nombril, dos… L’idée que les poils sont à faire disparaitre dès leur apparition, parce qu’inesthétiques voire sales, est comme ancrée en nous. Incarnée presque, difficile à déloger même quand on a fini de conscientiser qu’ils étaient surtout nécessaires et naturels — voire beaux. Les cheveux longs et soyeux, oui, les poils longs, non. Allez comprendre.

C’est justement la démarche qu’ont entreprise cinq jeunes femmes, étudiantes à Bruxelles, avec un projet nécessaire : « Le Sens du Poil ». Un compte Instagram, d’abord, qui s’attarde sur ce qu’on a longtemps voulu cacher. « À travers le prisme de la pilosité, 'Le Sens du Poil' veut sensibiliser les jeunes femmes aux normes entourant leurs corps », expliquent-elles. Sensibiliser les femmes, mais aussi toutes celles qui s’identifient comme telles. Sur fond coloré, on les retrouve, elles et leurs poils, dans des portraits photo décomplexés. Elles y abordent le regard des autres, mais aussi celui, toujours dur, que l’on pose sur soi. Le résultat est intriguant, mais aussi libéré et inspirant.

 

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À 22 ans, Margot est l’une des instigatrices du « Sens du Poil ». Elle répond à trois questions sur ce projet fièrement poilu.

Que racontent nos poils des liens qu'entretiennent corps et société ?

En tant que femmes, notre rapport aux poils est… compliqué. Quand on atteint la puberté, on est souvent contentes de voir arriver ces poils qui prouvent, justement, qu’on devient une femme. Mais on est très vite rappelées à l'ordre par les autres : il faut les enlever, parce qu’il est hors de question qu’une femme garde ses poils. C’est l’un des premiers symptômes de l’hyper-contrôle qu’on exerce sur notre corps. Et il ne s’agit pas que du contrôle des hommes, mais aussi de celui des femmes, qu’elles ont intégré. Ce sont des normes internalisées. Puis, on va vite sur l’idée que chez les hommes, les poils sont normaux, et chez une femme, sales. Pourtant, il y a peu de choses qui les distinguent. C’est d'ailleurs la raison pour laquelle on a décidé d’aborder la thématique de la pilosité : on voulait parler de stéréotypes de genre, et c’est une bonne porte d’entrée. C’est très révélateur.

Pourquoi et comment décide-t-on de cesser de s’épiler à tout prix ?

C’est difficile de généraliser, évidemment, mais chez celles qu’on a rencontrées, ça démarrait souvent par une prise de conscience de ces asymétries entre corps d’hommes et de femmes. Pour certaines, c'est une décision politique. Pour d’autres, tout a commencé par une flemme de s’épiler, jusqu’à ce que ça devienne une vraie revendication. Les témoignages sont très variés et c’est ça qui nous plait aussi : la diversité des profils.

Comment réagissent les femmes à qui vous demandez de montrer leur pilosité libre ?

Plusieurs de nos modèles ont profité de ces shootings photo pour affirmer leur position, et se sentir encore mieux dans leur démarche. Ça leur faisait du bien, en fait ! Et ça, pour nous, c’est très gratifiant.

 

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En parallèle de ce compte Instagram, qui rassemble déjà plusieurs milliers de followers enthousiastes, une web-série documentaire se prépare. Elle abordera la pilosité à l’adolescence, mais aussi le business de l’épilation ou encore les poils invisibles — comme ceux aux tétons. La conclusion est à découvrir à l'automne 2019, dans le cadre d'un mémoire de fin d’études à l’IHECS, une haute école bruxelloise. Sophia Bouhon, Alice Chemais, Margot Foubert, Charlotte Houben et Laure Marlière préparent également un évènement pour la fin de l’année, ainsi qu’un crowdfunding pour financer leur projet… au poil.