Matthieu Ricard, Christophe André et Alexandre Jollien : l’interview zéro perte d’énergie

Mis à jour le 3 mai 2019 par Elisabeth Clauss
Matthieu Ricard, Christophe André et Alexandre Jollien : l’interview zéro perte d’énergieMatthieu Ricard, Christophe André et Alexandre Jollien

Ils sont amis, penseurs éclairés, et auteurs de « A nous la Liberté », un ouvrage-conversation sur la nécessaire quête de la liberté intérieure. Objectif : zéro névroses.

Façon de parler. Ils sont sages, mais pas naïfs. Nous les avons rencontrés chez Les Filles, autour d’une table savoureusement bio, pour revenir à l’essentiel. Christophe André est psychiatre, Alexandre Jollien philosophe et écrivain, Matthieu Ricard, interprète du Dalaï-lama. Or pour aborder le thème du « zéro », qui pouvait être plus compétent qu’un homme qui vit dans 9m² sans chauffage à 2000m d’altitude au Népal ? Et pour l’interviewer, une femme qui passe sa vie entre fashion weeks et créateurs fous de talents quoique parfois tourmentés ?

Lors de ce déjeuner, il a été question de bonheur (à la question posée par un confrère « doit-on être libre pour être heureux, Matthieu Ricard, spirituel à double titres, a répondu « pourquoi, je passe le bac ? », et il me plaisait déjà). Mélangées en salade philosophique, avec des légumes anciens et des boulettes parfaitement épicées, il y avait aussi la liberté et la sagesse.

Le propos des trois sages, qui ont écrit ce livre à six mains et avec leurs mille années de claire conscience cumulée, est de clarifier que la liberté, c’est déjà cultiver la sagesse de ne pas être aliéné par nos propres passions tristes. Autrement dit, on ne peut à la fois être libre et stressé.

Le zéro et l’infini ?

« Placé derrière un chiffre, zéro, ça peut faire beaucoup. » Matthieu Ricard cite Coluche : « avec rien, on n’a rien. Avec deux fois rien, on n’a pas grand-chose. Mais avec trois fois rien on peut déjà s’acheter quelque chose. » On aborde ici la question de l’accumulation de possessions, qu’on peut philosophiquement résumer par : shopping.

Bouddhiste en robe safran, bras nus en hiver (mais on l’a compris, il n’est pas frileux), Matthieu Ricard tempère : « la simplicité heureuse est plus satisfaisante que le manque qu’on se crée. Un jour, je me suis demandé ce que je pourrais souhaiter si une fée me proposait trois vœux. Et j’ai éclaté de rire. Je n’avais besoin de rien ». Ne vous méprenez pas, personne ne vous demande de vivre en toge et sans wi-fi : « s’alléger, ça n’est pas se priver. Plein de choses sont bonnes dans l’existence, il ne faut pas se restreindre de tout. L’accumulation perpétuelle de satisfactions plaisantes, c’est la formule de l’épuisement ! Le bonheur, c’est la résilience, la bienveillance. Si la liberté pour vous c’est l’envie, la jalousie, être le jouet de pensées errantes, ce ne sont en réalité que des confinements qui vous bloquent, et vous ne pourrez être ni libres, ni heureux. La liberté, c’est sortir de la cage, qu’elle soit en or ou en acier, et veiller à ne pas passer d’un enfermement à l’autre. Accumuler les richesses, les possessions compliquent la fin de la vie : le fruit de la liberté intérieure, c’est de ne laisser que ses pas derrière soi. »

Zéro stress ?

« Être bienveillant avec les autres, c’est le bonus, ce qui permet d’être plus heureux avec soi-même, et en harmonie. La colère, qu’on formule souvent comme « je suis hors de moi » nous prive de cette conscience. » Et bienveillance bien ordonnée commence par soi-même : selon de nombreuses études médicales, c’est bon pour la santé. Pour Matthieu Ricard, « ce besoin d’être toujours distrait, c’est une pandémie. Être pleinement conscient, si on est en colère, ça ne sert à rien. Quand on fragilise les gens en leur rappelant qu’ils vont mourir, on les rend plus violent, plus intolérants, plus raciste. Contempler sa peur de la mort et du vide, faire retomber l’affolement de cette certitude, ça devient un acte de conscience, qui apaise. Ça rend plus intelligent face à la vie, et ça fait une différence ».

Zéro peurs ?

Selon Christophe André, face à la peur, qui nous encombrent le quotidien et l’esprit, l’objectif doit être la libération, plutôt que la liberté : « la peur est utile, elle nous protège. Il est illusoire de vouloir ne plus avoir peur, mais réaliste de ne pas la laisser nous empêcher d’agir. Il faut lui reconnaître sa légitimité, mais pactisé avec elle. La remercier pour ce dont elle nous protège, mais savoir la tenir à distance quand elle nous paralyse. »

Le zéro est-il souhaitable, au fond ?

« Quand c’est zéro haine, oui. » Il ajoute : « j’espère que vous n’aurez pas zéro lecteurs. Je plaisante »

Et on ne va pas bouddhistes notre plaisir.

 

Livre "À nous la liberté" de Matthieu Ricard, Christophe André et Alexandre Jollien
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