Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les fashion weeks sans oser le demander

Publié le 13 février 2019 par Elisabeth Clauss
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les fashion weeks sans oser le demanderNEW YORK, NY - FEBRUARY 12: A model prepares backstage for The Blonds fashion show during New York Fashion Week: The Shows at Gallery I at Spring Studios on February 12, 2019 in New York City. (Photo by Nicholas Hunt/Getty Images for NYFW: The Shows)

Fin février, vous attendez le printemps de pied ferme ? Mais la mode a son propre tempo : les fashion weeks anticipent et se prépare à entrer, sur talon de 13, dans l'hiver et ses plaisir divers.

Le premier contresens des « fashion weeks », c'est qu'aucune ne dure une semaine. De quatre jours pour Londres à neuf pour Paris, mais sept, jamais.

La mode se fiche des calendriers, elle présente ses manteaux épais par 40° en été lors de la Couture, et déshabille ses délicates nymphes en plein frimas, pour frimer.

Dans l’ordre, les collections que vous verrez dans 6 mois dans les vitrines, défilent à New York (mais plus beaucoup, cette fashion week-là est en perte de vitesse), à Londres, à Milan, puis à Paris, qui récupère un peu plus de ce beau monde chaque année.

En février et en septembre, pour découvrir respectivement l’hiver puis l’été, on lance les collections prêt-à-porter. Mille et une merveilles – et pas mal de resucées, aussi - imaginées par les studios de création les plus prestigieux au monde, les survivants des Couturiers, les artisans du rêve.

Mais d'abord, il faut traîner une valise du poids d'un poney au deuxième étage sans ascenseur de l’appartement d’une amie à la patience infinie.

 

New York Fashion Week

1/

Le tempo

On l’a dit, la mode ne connaît pas de saisons, mais pas non-plus de dimanches, pas plus que d’horaires.

Les défilés commencent dès potron-minet, d’un point à l’autre de la ville, en plein embouteillages sinon ça n’est pas drôle, et le dernier de la journée, en comptant les trois quarts d’heures rituels de retard, finit vers les 22 heures.

Entre l’un ou l’autre, on case des visites de showrooms ou de salons – toutes les marques ne défilent pas, mais tout le monde est là – des rendez-vous journalistiques ou commerciaux, un lunch à gauche – mais on déjeune utile, avec des interlocuteurs et néanmoins amis du métier – un café pris debout à droite.

Une fashion week, outre les clichés glamour et les selfies essoufflés à essayer de cadrer sans les blogueuses de tous les continents rassemblées juste là, derrière vous, en cachant le logo de la marque, c’est une course effrénée, instructive et passionnante, mais il vaut mieux ne pas trop aimer dormir.

2/

Paris en long en large et parfois de travers

Le Palais de Tokyo, le Trocadéro, le Cirque d’Hiver, la Résidence de l’Ambassadeur de Belgique ou des Pays-Bas selon l’origine des créateurs du Nord, le Théâtre Chaillot, Le Musée Rodin, le Grand Palais.

Parfois, un espace sauvage sous le périph (pour les marques jeunes, post-punks, et encore un peu libres), chaque journée est un jeu de l’Oie, la loi des séries, où l’on passe d’une case à une autre, on repasse par la même, toujours en retard. Les défilés, on en causera dans la navette organisée par la Fédération de la Couture – le seul endroit de Paris où l'on entend ce que les rédactrices pensent vraiment d'un défilé – avec des confrères dont on se lie d’amitié à la longue, et qu’on ne croise que là, même si dans le civil, on est voisins.

3/

Les clichés

Tourbillons de fringues, tunnel de mondanités et festival d'air kisses ? Ce n'est pas tout à fait vrai. Mais pas forcément faux.

"Le placement aux défilés devrait être géré par l'OTAN"

C’est vrai. C'est un attaché de presse en stress post-traumatique qui nous racontait encore récemment les enjeux stratégiques du rang et du chiffre figurant sur les invitations. Pour les grandes maison de luxes, ils sont menacés (« vous ne savez pas qui je suis ! » (maintenant, si)), intimidés. Suppliés. Ensuite, il y a les journalistes, les acheteurs, les influenceurs, qui s’assoiront n'importe où (temps de réflexion pour faire le plan de placement : 6 mois. Temps pour le fiche en l'air : 10 minutes). Les rédactrices et stars du hip-hop du front row, le front haut, se retournant pour demander à leurs copines derrière : « ah t'es au deuxième rang, comment ça se fait ? ».

 

New York Fashion Week

4/

 

"On doit se pimper pour assister à un défilé"

Non, mais chez les rédactrices, c'est culturel. A Milan : on a l'air d'aller à l'opéra dès 8h du matin. Chignons et talons de 20 centimètres, de l’aube au coucher. A New York, on s'habille en hiver sous la neige comme s'il faisait 35°. A Londres, on est plutôt détendu, en patchworks de tendances, pour tomber sur la bonne. A Paris, on met un vieux jean, un vieux pull, et on fait la gueule, sauf si on est influenceuse : là, on s'habille comme pour aller à l'opéra (voir « Milan »).

 

New York Fashion Week

5/

 

"Après les shows, tout le monde trottine en talons de 12 à des afters-party de dingues pour prendre des douches de champagne"

 

New York Fashion Week
Le cliché de la fin de journée

 

Dans nos rêves. En vrai, après une journée ou une semaine de défilés, on a les jambes qui rentrent dans le corps et on a vu tellement de vêtements qu'on a envie de vivre un mois à poil.

Le soir, plus personne n’est en état de picoler parce que tout le monde est déjà saoul de fatigue, et on crève de faim. Il y a bien sûr les irréductibles, les fêtards sur orbites, qui danseront jusqu'à l'aube et ramperont au premier défilé de 9h le lendemain. Mais neuf fois sur dix, on rentre bosser, en oubliant pour quelques heures ses escarpins dans un coin du couloir, coulée dans un jogging de molleton, à l'abri des regards.

 

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La réalité