Nouvel an 2019 : où aller faire la fête ?

Publié le 28 décembre 2018 par Grégory Escouflaire et ELLE Belgique
Nouvel an 2019 : où aller faire la fête ?

Ça y est, voilà les fêtes de fin d’année ! Et avec elles cette envie sans cesse renouvelée de vouloir, voire devoir, sortir en soirée ou en club… Mais à quoi ressemblent, aujourd’hui, nos habitudes de noctambules ? Les DJ’s peuvent-ils encore « sauver nos vies » ?  

Sur son 31

Nos trois parties coup de cœur pour enterrer 2018.

FCKNYE 

La grosse soirée de la capitale. 35 artistes (dont Caballero & JeanJass, Brodinksi, Kaaris, Vald et Vladimir Cauchemar), quatre scènes, 10.000 m² de dancefloor pour 10 h de beats et de popopopopop. Tu vas le sentir passer, le premier jour de l’année. 

fcknyefestival.be

FUSE/KOMPASS

Il y a les douze coups de minuit, et puis tous ceux d’après. Et quand c’est Dave Clarke qui les assène, ça fait du bien par où ça passe. Le daron de la tech enchaînera deux sets ce soir-là. À Bruxelles et à Gand. Quelle santé. 

fuse.be, kompassklub.com

NINETIES VS NOUGHTIES 

Spice Girls ou Destiny’s Child ? Pull Waikiki ou jeans baggy ? Doc Martens ou Vans ? Les collectifs liégeois Super 95 et Le Bug de l’An 2000 unissent leurs forces pour une soirée trop bien, au Palais des Congrès, en mode rétro mais pas trop. Ça va zoumzoumzen !  

lecadran.be

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Boccaccio Life, Destelbergen, il y a 30 ans. Depuis son autel, Olivier Pieters (le DJ résident, NDLR) célèbre une messe de beats pour un public de fidèles sapés comme jamais. « C’est comme entrer dans un univers parallèle (...). Il s’agit de voir et d’être vu. Tout le monde transfère son énergie à l’autre comme dans une danse tribale primitive »… Nous sommes en plein climax new beat : il durera à peine deux ans (1987-1988), avant d’être récupéré par Sandra Kim, l’émission « Dix qu’on aime » et l’ex-Premier VDB. Alors qu’un livre publié cette année revient sur cet âge d’or (« Belgian New Beat » de Kristof Vandenhende), qu’une expo sur la club culture (et son design) se tient au Musée ADAM de Bruxelles et que le Mirano va bientôt renaître de ses cendres, comment se porte aujourd’hui le clubbing à la belge ? On est parti à sa recherche. 

« One nation under a slowed down groove »

Ce titre, c’est celui d’un article du « NME », (feu) le magazine musical british de référence, qui en décembre 1988 publiait sa propre enquête sur la new beat belge, notre électro à nous. Et dans le genre, ouais, on peut se targuer d’être des pionniers : c’est un Belge, Leo Baekeland, qui a inventé le vinyle (enfin la bakélite, son principal composant), et notre monument le plus visité (l’Atomium) n’est autre qu’une boule à facettes géante (neuf, même !)… Quant au clubbing en tant que tel, il remonte déjà aux « dancings » des sixties, transformés en « discothèques » lors de la décennie suivante, puis en « boîtes » dans les années 80. Autant dire qu’on gère question teufs et bamboules, et ce, depuis un demi-siècle. Pas mal pour un si petit pays… Mais tout passe, et tout change. Ils semblent quand même loin, l’hédonisme des « baby boomers » et le (second) « Summer of Love » de 1988, quand tout le monde était perché en pleine extase aciiiid. 30 ans plus tard, que reste-t-il de cette effervescence ? Comment le clubbing fait-il toujours sens ? 

De l’Hysteria à l’Amnesia

Scandals, Vogue, Ancienne Belgique (à Anvers), Mobil Ritz, The Prestige, Dixie’s, Carrera, Celsius, Skyline, At The Villa, La Gaîté, La Chapelle, Cherry Moon, Who’s Who’s Land, Circus, H2O, Culture Club, Mr. Wong, Boccaccio… Autant de clubs aujourd’hui rayés de la carte, et qui pourtant auront rythmé les nuits de milliers (de millions !) de clubbers dans les années 80 et 90… Il suffit d’ailleurs de jeter un coup d’œil à la « Brussels Club Map » éditée par l’ADAM dans le cadre de son expo « Night Fever - Designing Club Culture » : sur les 24 spots historiques répertoriés, seuls… sept sont encore actifs (hors Mirano, dont la réouverture est prévue en 2019, et sans compter quelques absents dont le Birdy, le Spirito, le Zodiak, Madame Moustache et le Flash (ex-You)). Ouais, pas terrible pour une grande capitale… So quid ? On s’emmerderait, la nuit, à « Bxhell » ? Disons que sa gestion laisserait « à désirer »... C’est en tout cas l’avis de plusieurs collectifs et lieux nocturnes de la ville, qui ont uni leurs forces pour raviver la Fête et repenser le clubbing, sous la bannière « 24hBrussels ». 

Move Your Ass and Feel the Beat

« Toute rupture un peu ample du quotidien introduit à la Fête », écrivait Roland Barthes dans son fameux essai « Mythologies »…
En créant du lien social autour de valeurs hédonistes, la fête telle qu’on l’entend ici, sur un dancefloor, dans une « boîte de nuit », marque en effet une rupture. Avec le productivisme qu’on nous assène à longueur de vie. Avec la morosité du métro-boulot-dodo. Avec l’über-individualisme devenu norme sociétale. Sortir danser, c’est aller contre ça, résister, dépasser sa propre condition, surmonter sa normalité. Alors oui, le clubber ne changera pas le monde, mais la puissance de l’être-ensemble et la cristallisation de l’instant présent s’avèrent en somme une forme de micro-révolution. Et c’est bien cela qui, semble-t-il, dérange.

« Il y a cette vision, de la part des politiques, que tout ce qui est nocturne est forcément problématique… Alors que la nuit s’avère importante pour notre équilibre : elle compte une part de liberté qu’on ne trouve pas la journée, et elle facilite les rencontres. » Celui qui parle c’est Guillaume Bleret, l’un des initiateurs de 24hBrussels, et fondateur des soirées Gay Haze. Les autres membres du collectif sont Bruxelles Congrès, le Beursschouwburg, Kumiko, le C12, le Café Central, le Bonnefooi, Los Ninos, Bruxsel Jardin et Deep in House. S’ils ont créé ensemble cette plateforme associative, c’est donc avec pour objectif « d’établir collectivement un diagnostic et formuler des propositions permettant d’améliorer le fonctionnement de la ville la nuit »… Tout cela est parti d’un constat alarmant : celui du « ralentissement général de l’activité nocturne », entre autres dû « aux réglementations strictes en matière de nuisances sonores », et à la « stagnation de l’offre » de lieux où faire la fête. Pas cool, ouais.

Slave to the Beat

C’est sûr que pour l’observateur extérieur, ce genre de rassemblement dépasse sans doute l’entendement : quel plaisir peut-on trouver à s’abrutir des heures durant sur une musique répétitive (l’électro au sens large), dans des endroits sombres (le club) où rôdent des dealers de drogue ? Hélas oui, les clichés ont la vie dure. Et les politiques qui sont censés traiter ces dossiers ne sortent, a priori, ni en club ni en soirée. « Il y a un véritable antagonisme entre les pouvoirs publics et le monde de la nuit… Nous sommes sans cesse confrontés à des interdictions pour nuisances sonores mais ça ne leur viendrait jamais à l’idée de fermer un stade de foot parce que c’est trop bruyant ! Avant, il existait des lieux variés et pérennes, mais aujourd’hui ils ferment tous un par un. » Victimes, pour la plupart, de cette politique de non-concertation… Alors qu’à Paris, Amsterdam et Berlin, d’authentiques structures de décision et de consultance ont été mises sur pied pour que la vie nocturne soit certes réglementée, mais pas stigmatisée ou étouffée. Imaginez un « bourgmestre de la nuit » bruxellois ! Les Néerlandais l’ont fait. Ou 30 millions d’euros dégagés pour isoler les clubs et empêcher ainsi tout problème avec le voisinage ! Les autorités berlinoises l’ont fait. Franchement, qu’est-ce qu’on attend, au juste ? Mais tout n’est pas noir. Encore heureux. 

The First Rebirth

S’il y a bien un club qui va à l’encontre de cette sinistrose ambiante, c’est le C12. Ouvert mi-2018 par un groupe de potes experts en nightlife (deux d’entre eux étant à l’origine des soirées Deep in House), le C12 vient de remporter le Red Bull Elektropedia Award (les Victoires de la musique électronique belge, en gros) du meilleur « Breakthrough Club »… Et termine deuxième du top 30 des clubs belges, juste derrière le Kompass de Gand et juste devant le Fuse. Pour un lieu qui vient à peine d’être inauguré, on peut dire que c’est la classe. Situé dans la galerie Horta au sous-sol de la gare Centrale, le C12 attire chaque week-end une jeunesse aventureuse (de plus de 21 ans), et les meilleurs DJ’s. Selon Thomas Preumont, le régisseur de l’équipe (et membre du collectif soundsystem polymorph), c’est justement le line-up « qui fait 80 % du succès » du club. Les 20 % restants sont à mettre sur le compte de l’ambiance (plutôt dark, et garanti sans 4G, comme en quarante), de la sono (du Funktion-One, le nec ultime), de l’encadrement (les toilettes sont gratuites… et les portiers aussi)… Et puis les mecs sont jeunes, dynamiques, un peu tarés, et surtout passionnés. « On a tous des gros passifs de sorteurs, et on donne tout pour le C12. » Qui a dit que « clubber » était devenu ringard ? 

Energy Flash

Même si l’âge d’or du Boccaccio et des méga-dancings de la Nationale 50 semble révolu (O.K., La Bush, Le Cap’tain ou Le Carré ramènent toujours du peuple, mais en misant sur le rétro ou l’ultra-commercial), le clubber d’aujourd’hui n’a pas pour autant disparu : il a juste changé ses habitudes de sorties. « Il est sans doute davantage activiste », précise Guillaume Bleret. « Il ne sort plus seulement pour “faire la fête”, mais aussi pour affirmer sa sexualité (de plus en plus « fluide », NDLR), voire sa conscience politique. » En répondant à un désir de rassemblement et d’unification au-delà de toute retenue, le clubbing amène donc les individus à porter un regard critique sur leur propre mode de vie et sur leur société… Avec le risque, aussi, de susciter de la brutalité : c’est l’autre réponse à ce monde, le nôtre, qui se durcit d’année en année. Et cette réponse, c’est la drogue, le « binge drinking », qui selon des études récentes n’a jamais fait autant de ravages auprès des jeunes noctambules. Sortir en club ou en soirée n’est pas devenu ringard : c’est devenu radical…. À certains égards.

D’ailleurs, c’est Thomas du C12 qui l’affirme : « Le mainstream souffre aujourd’hui d’une image négative… Y a quasiment plus de gros clubs ! Mais dès que tu vas dans un créneau plus pointu, t’as vraiment plein de trucs ! » Et comme les spots fixes ne sont plus la panacée, ce sont les collectifs, les soirées itinérantes qui sont devenus la norme… Même les clubs comme le Fuse ou des centres culturels comme le Beursschouwburg prêtent leurs murs à ces nouveaux initiateurs (et à leurs followers)… Et ils sont légion. BSMNT, Traphouse, He4rtbroken, We Bring You, Under My Garage, Cycle Four, Los Ninos, Spek, South DSTRKT, Rave Alert… Rien qu’à Bruxelles, des dizaines de crews festifs investissent chaque weekend des lieux temporaires pour faire péter le BPM. Sans parler des bars, qui eux aussi ont compris qu’il y avait là une source non négligeable de pub et de revenus, et qui s’équipent en conséquence de bon matos audio, et de DJ’s guests ou maison… En fin de compte, que ce soit dans des lieux dits fixes ou dans des endroits temporaires, le clubbing représente « une certaine marginalité par son expérience de la liberté, et surtout par la manifestation d’une protestation éternelle : celle des apparences contre l’esprit de sérieux, des parties contre le tout, du jeu contre la loi, du principe du plaisir contre la raison morne et étouffante »… Sur ces bons mots, BONNES FÊTES ET HAPPY 2019, et n’oubliez pas l’essentiel : « Pump up the jam, pump it up, while your feet are stompin. »  

www.24hbrussels.be
www.belgiannewbeat.be
www.adamuseum.be

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