Incroyable mais mode, voici enfin la premiรจre rรฉtrospective au monde consacrรฉe aux femmes crรฉatrices. Une exposition fรฉministe, intitulรฉe ยซ Femmes Fatales ยป, non au sens surannรฉ dโune sรฉduction venimeuse, mais du latin Fatum, ยซ le destin ยป.
Ces femmes puissantes dans la mode ont changรฉ lโhistoire : la leur, et la grande. Dโailleurs, lorsquโelle arrivera en Belgique dans plusieurs mois (mais faites une 1h de voyage jusquโร La Haye, le jeu en vaut la Chanel), cette exposition sโintitulera ยซ Wonder Women ยป.
Ce voyage ร travers le temps des femmes prend source dans une autre exposition du Gemeentemuseum, consacrรฉe ร la passion du couturier Hubert de Givenchy pour sa muse Audrey Hepburn. Un รฉvรฉnement culturel concomitant en 2016 avec la nomination de Maria Gaza Chiuri, premiรจre femme hissรฉe ร la tรชte de la direction artistique de la maison Dior, et qui sโest interrogรฉe : en tant que femme dรฉsormais trรจs รฉcoutรฉe, quel message voulait-elle envoyer ร la sociรฉtรฉ, eu รฉgard ร la condition actuelle des femmes ?
Maria Grazia Chiuri a organisรฉ un premier dรฉfilรฉ statement, qui revendiquait le slogan ยซ We Should All Be Feminists ยป, mantra original de Chimamanda Ngozi Achidie, รฉcrivain et activiste nigรฉrienne. En anglais, ce ยซall ยป, signifiait ยซ tous ยป, et pas seulement ยซ toutes ยป. Il y a eu des copies de ces T-shirts, mais pour une fois, la grande maison ne sโen est pas offusquรฉe : lโobjectif รฉtait de rรฉpandre le message.
ร travers les salles du musรฉe, on รฉvolue parmi les prises de position exprimรฉes en textile par des personnalitรฉ fรฉminines bien trempรฉes, des crรฉatrices, des mannequins, ou Oprah Winfrey scandant son poignant discours de ras-le-bol aux Oscars.
Pourtant lโhistoire de la mode comme moyen dโexpression politique pour les femmes remonte aux origines du vรชtements
Et puisque le Gemeentemuseum possรจde la plus importante collection dโarchives textiles des Pays-Bas, on dรฉcouvre que dรฉjร sous lโancien rรฉgime, les hommes confectionnaient les robes des femmes, qui nโavaient le droit que de coudre les sous-vรชtements. Juste avant la rรฉvolution, les couturiรจres sโรฉtaient donc rassemblรฉes en guilde, fomentant une prรฉ- rรฉvolution au XVIIIe siรจcle, pour exiger le droit de fabriquer leurs propres vรชtements.
ร travers lโhistoire de la mode fรฉminine pensรฉe pour et par les femmes, on explore le paradoxe des vรชtements qui entravent, de ceux qui oppriment, de ceux qui expriment, de ceux qui libรจrent.
Dans les annรฉes 1910,
entre autres sous lโinfluence de Gabrielle Chanel qui dรฉnouait les mouvements et les messages. Dรฉsormais, une femme devait pouvoir bouger, lever les bras, entrer et sortir seule dโune voiture. Emoi, voici quโon commenรงait ร porter en guise de vรชtements, des piรจces qui peu de temps avant, รฉtaient des sous-vรชtements.
On nโimagine pas ร quel point les vรชtements รฉtaient des cages, et ร lโรจre contemporaine, sโils sont plus confortables, ils nโen restent pas moins tissรฉs de revendications et de politique. Chacun dโentre eux, mรชme et surtout si on nโen a pas conscience. La Reine Beatrix des Pays-Bas par exemple a toujours veillรฉ ร ne sโhabiller que de crรฉations conรงues par des crรฉatrices.

Dans une scรฉnographie dynamique et punchy,
on traverse lโhistoire comme on dรฉcoud une crinoline, du XVIIIe siรจcle avec ses revendications ยซ libertรฉ, รฉgalitรฉ, fรฉminitรฉ ! ยป, jusquโaux pionniรจres, Gabrielle Chanel donc, Elsa Schiaparelli ou Jeanne Lanvin, qui ont mis ร une Vivienne Westwood le pied ร lโรฉtrier de lโactivisme รฉcologique.
La mode a accompagnรฉ, rรฉcupรฉrรฉ et rรฉpandu le mouvement Mee Too, sโest coiffรฉ de Pussy hats. Il nโy a pas que les vรชtements qui clament, il y a aussi ceux qui renforcent.
Jusquโau 24 mars 2019, au Gemeentemuseum de La Haye.








