Femmes Fatales et Fashion Fatum

Publié le 17 décembre 2018 par Elisabeth Clauss
Femmes Fatales et Fashion Fatum

Incroyable mais mode, voici enfin la première rétrospective au monde consacrée aux femmes créatrices. Une exposition féministe, intitulée « Femmes Fatales », non au sens suranné d’une séduction venimeuse, mais du latin Fatum, « le destin ».

Ces femmes puissantes dans la mode ont changé l’histoire : la leur, et la grande. D’ailleurs, lorsqu’elle arrivera en Belgique dans plusieurs mois (mais faites une 1h de voyage jusqu’à La Haye, le jeu en vaut la Chanel), cette exposition s’intitulera « Wonder Women ».

 

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Ce voyage à travers le temps des femmes prend source dans une autre exposition du Gemeentemuseum, consacrée à la passion du couturier Hubert de Givenchy pour sa muse Audrey Hepburn. Un événement culturel concomitant en 2016 avec la nomination de Maria Gaza Chiuri, première femme hissée à la tête de la direction artistique de la maison Dior, et qui s’est interrogée : en tant que femme désormais très écoutée, quel message voulait-elle envoyer à la société, eu égard à la condition actuelle des femmes ?

 

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Maria Grazia Chiuri a organisé un premier défilé statement, qui revendiquait le slogan « We Should All Be Feminists », mantra original de Chimamanda Ngozi Achidie, écrivain et activiste nigérienne. En anglais, ce «all », signifiait « tous », et pas seulement « toutes ». Il y a eu des copies de ces T-shirts, mais pour une fois, la grande maison ne s’en est pas offusquée : l’objectif était de répandre le message.
À travers les salles du musée, on évolue parmi les prises de position exprimées en textile par des personnalité féminines bien trempées, des créatrices, des mannequins, ou Oprah Winfrey scandant son poignant discours de ras-le-bol aux Oscars.

Pourtant l’histoire de la mode comme moyen d’expression politique pour les femmes remonte aux origines du vêtements

Et puisque le Gemeentemuseum possède la plus importante collection d’archives textiles des Pays-Bas, on découvre que déjà sous l’ancien régime, les hommes confectionnaient les robes des femmes, qui n’avaient le droit que de coudre les sous-vêtements. Juste avant la révolution, les couturières s’étaient donc rassemblées en guilde, fomentant une pré- révolution au XVIIIe siècle, pour exiger le droit de fabriquer leurs propres vêtements.

 

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À travers l’histoire de la mode féminine pensée pour et par les femmes, on explore le paradoxe des vêtements qui entravent, de ceux qui oppriment, de ceux qui expriment, de ceux qui libèrent.

 

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Dans les années 1910,

entre autres sous l’influence de Gabrielle Chanel qui dénouait les mouvements et les messages. Désormais, une femme devait pouvoir bouger, lever les bras, entrer et sortir seule d’une voiture. Emoi, voici qu’on commençait à porter en guise de vêtements, des pièces qui peu de temps avant, étaient des sous-vêtements.

 

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On n’imagine pas à quel point les vêtements étaient des cages, et à l’ère contemporaine, s’ils sont plus confortables, ils n’en restent pas moins tissés de revendications et de politique. Chacun d’entre eux, même et surtout si on n’en a pas conscience. La Reine Beatrix des Pays-Bas par exemple a toujours veillé à ne s’habiller que de créations conçues par des créatrices.

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Dans une scénographie dynamique et punchy,

on traverse l’histoire comme on découd une crinoline, du XVIIIe siècle avec ses revendications « liberté, égalité, féminité ! », jusqu’aux pionnières, Gabrielle Chanel donc, Elsa Schiaparelli ou Jeanne Lanvin, qui ont mis à une Vivienne Westwood le pied à l’étrier de l’activisme écologique.

 

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La mode a accompagné, récupéré et répandu le mouvement Mee Too, s’est coiffé de Pussy hats. Il n’y a pas que les vêtements qui clament, il y a aussi ceux qui renforcent.

 

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Jusqu’au 24 mars 2019, au Gemeentemuseum de La Haye.

 

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