Etes-vous prête pour le nouveau monde ?

Publié le 30 novembre 2018 par Elisabeth Clauss
Etes-vous prête pour le nouveau monde ?

L’invention de la roue, la révolution industrielle, Internet. Notre civilisation a évolué à une vitesse exponentielle. Les mœurs mutent et culbutent, mais sommes-nous préparés à basculer ? Questions indispensables, à réponses modulables.

Même les plus sophistiquées d’entre nous, les hyper connectées, les résistantes, les revenues de tout et les parties de rien, réagissent en fonction de besoins essentiels, empilés en concepts simples selon l’équilibre universel de la pyramide de Maslow : les nécessités physiologiques (boire du champagne, manger des graines germées puis de la glace au bretzel-chocolat à 2h du matin, respirer des parfums de niche et dormir sur un matelas en chanvre bio). Puis, décroissant pour notre survie mais quand même importants : se sentir en sécurité, être intégrée dans la société, être reconnue, et s’éclater dans sa vie sociale et familiale. Le tout, en étant bien habillée si possible, avec un téléphone chargé à 95% en permanence. Certes, depuis le Moyen-Age (juste avant la première console Nintendo et un poil avant la péridurale), le monde a évolué, mais est-ce que les gens ont vraiment changé ? Ferez-vous le grand saut, avec ou sans gopro embarquée ?

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Les nouveaux besoins physiologiques

Comment c’était avant : Respirer, boire, manger, dormir. Basta. Surtout si on était un garçon.

Les critères qui ont évolué : On place des purificateurs d’air partout (ça évite d’ouvrir la fenêtre), on colle des ficus à tous les coins de bureau pour absorber les ondes électromagnétiques – mais on dort avec nos GSM – on se méfie des filtres à eau comme de la peste bubonique mais on n’aime pas le goût de l’eau du robinet, donc on se lave les dents au Coca, et on se nourrit de bouffe pour poisson rouge. Du moins, ça en a à la fois le goût et l’odeur, mais d’aucuns appellent ça « vegan ».

Là où on ne nous aura pas : Le « politiquement correct », c’est déjà bien tannant. Mais si on ne peut même plus fumer une vraie clope qui ne sent pas la vapeur de fraise, on risque de dévorer notre manteau en fausse fourrure 100% polyester, beaucoup plus responsable pour l’environnement que le lapin de mamie, comme chacun sait.

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Les nouveaux besoins de sécurité

Comment c’était avant : On avait un chien. Un gros, plein de dents.

Les critères qui ont évolué : Un bon antivirus sur notre ordi, et on ne pense même plus à fermer la porte à clefs, tellement la notion d’intimité a glissé du matériel au virtuel. On ne craint plus les croisés susceptibles de cramer et piller un village entier, mais on redoute le moindre troll moqueur sur un forum de macramé. On n’a plus d’extincteurs dans la cage d’escalier, mais un pare-feu sur chaque PC de la maison. On a un chien, mais il est électronique, ou empaillé.

Là où on ne nous aura pas : On veut bien être vigilante – après tout, les médias (les autres, pas ELLE évidemment !) nous alertent sur les dangers de tous les gestes du quotidien, mais on refuse la paranoïa. Les trois cents pesticides et conservateurs vaporisés sur les mandarines importées qui ont fait le bonheur de notre hiver ? C’est très bien : ça maintiendra la fraîcheur de nos tissus à nous aussi. Les antifongiques bien toxiques imprégnés sur les vêtements de fast-fashion ? Parfait : c’est la fin des mycoses aux pieds.

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Les nouveaux besoins d’appartenance sociale

Comment c’était avant : On avait des amis, on téléphonait parfois à sa mère, et on jetait les lettres de notre ex à la poubelle sans les ouvrir, au lieu de le bloquer sur notre smartphone du bout méprisant de notre index manucuré.

Les critères qui ont évolué : On ne se soucie plus d’être intégré, on veut juste être « liké ». Même si c’est par des robots : peu importe le clic, pourvu qu’on ne se prenne pas de claque. On n’a plus des « potes », on appartient à une « communauté », souvent virtuelle. Bavarder sur un groupe Facebook un samedi soir remplace avantageusement une soirée dans un bar. On n’est plus jamais seule, un doigt sur le tchat.

Là où on ne nous aura pas : Un mouvement de déconnexion volontaire défend que la liberté, c’est la discrétion. De nombreux ados choisissent désormais de se couper des réseaux sociaux, et contrairement au snobisme de leurs aînés qui n’osent juste pas avouer qu’ils n’y connaissent rien, ils assument pleinement de préférer les vrais gens. Vous et moi, on sait que c’est parce qu’ils ne les connaissent pas encore.

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La nouvelle notion de reconnaissance

Comment c’était avant : On écrasait une larme en recevant une quelconque médaille du mérite au moment de partir à la retraite.

Les critères qui ont évolué : L’expression « t’es trop belle, t’as maigri ? Et t’es toute bronzée, t’as fait des pilates en vacances ? » a remplacé le bon vieux « bonjour ». On mesure notre popularité au nombre de nos followers, mais on flippe toujours d’être suivie dans la rue, ce qui n’est pas très logique, convenez-en. La validation par des individus qu’on connaît à peine ou pas, a remplacé le respect de nos pairs (et de nos mères). On ne veut plus être celle qui pisse le plus loin, mais celle qui envoie des jets arc-en-ciel dans une flaque d’or, devant les réseaux sociaux du monde entier. Mais plus personne ne peut nous blairer.

Là où on ne nous aura pas : Tout en évaluant d’un œil morne notre feed, on n’ambitionne pas de décrocher le prix Nobel de blogging. On sait qu’on doit avant tout être fière nos accomplissements personnels, et en cas de baisse d’égo, on a toujours la reconnaissance… vocale.

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La nouvelle satisfaction d’accomplissement

Comment c’était avant : On contemplait, émue, le bâtiment qu’on avait dessiné quand on était architecte, on humait le plat qu’on venait de cuisiner quand on était cheffe ou juste mère/épouse/compagne/affamée, on estimait le chemin parcouru depuis les soirées à végéter devant Space Invaders sur l’Atari familial.

Les critères qui ont évolué : L’accomplissement n’est plus une récompense, c’est une source de pression. L’échec est une damnation, surtout si quelqu’un a pris une photo. Tout le monde se fout de votre évolution personnelle, du moment que vous rapportez du cash-flow à l’entreprise. Vous ne vous sentez pas accomplie, mais con et pleine de plis.

Là où on ne nous aura pas : Plus vous évoluez (ok, « vieillissez », mais ça reste entre nous), moins vous vous souciez de ce que pensent les autres. Bien installée sur vos trophées parce que vous en avez trop fait, vous coupez le wi-fi, et vous décidez de profitez de tout ce que vous avez construit. Vos gosses peuvent aller faire les courses, et votre conjoint(e), se faire voir de temps en temps. Votre plus belle construction, c’est vous. Qu’allez-vous faire de tout ce temps de qualité et des ambitions dont vous êtes revenue ? Vous lancer dans une carrière d’influenceuse sur Instagram, bien entendu.

Illustrations : Marie Morelle