Piñatex : pourquoi le cuir d’ananas va révolutionner l’industrie textile ?

Mis à jour le 29 juillet 2020 par Marie Guérin
Piñatex : pourquoi  le cuir d’ananas va révolutionner l’industrie textile ? © marvin meyer - Unsplash

Du bijou  à l'ananas, il n'y a qu'un pas... Ce pas, Cartier le fait. Depuis 14 ans, le joaillier français soutient les femmes entrepreneurs à travers le monde grâce à son programme Cartier Women’s Initiative. Chaque été, l’appel à projets est lancé. Parmi ces femmes incroyables : Carmen Hijosa, l’inventrice du Piñatex ! Nous l'avons interviewée.

En 2006, la maison Cartier crée la Cartier Women Initiative pour soutenir les femmes qui vont changer le monde. « À l’origine, c’est une célébration des femmes entrepreneurs remarquables, dans le cadre d’un événement annuel au Women’s Forum. Au fil des ans, l’initiative s’est transformée en un programme mondial », nous explique Wingee Sin, directrice de la Cartier Women’s Initiative (CWI). « Créer des opportunités pour les femmes et les autonomiser fait partie intégrante de notre identité. Ce n’est pas seulement ce que nous croyons juste, cela dit aussi qui nous sommes : une maison à la fois ancrée dans la réalité et ouverte sur le monde, donc parfaitement consciente de notre responsabilité envers ces femmes qui ont un impact concret et durable sur le monde. » 

cuir d'ananas
Carmen Hijosa au milieu des ananas

Le cuir d’ananas, une révolution ?

Parmi les gagnantes de ce prix, il y en a une qui pourrait bien changer la face du monde en révolutionnant le secteur des textiles : Carmen Hijosa. Son idée ? L’ananas, qu’elle transforme en cuir, le Piñatex. Elle a remporté le Cartier Women’s Initiative Awards en 2015 et a, depuis, bien fait parler d’elle dans le monde de la mode et au-delà. Elle nous confie les raisons de la success-story de son entreprise, la Ananas Anam.

Comment est née votre histoire d’amour avec les ananas ?

Elle a commencé lorsqu’on m’a demandé de travailler aux Philippines (d’origine espagnole, elle y est envoyée pour développer l’industrie du cuir, NDLR). J’ai découvert la richesse du pays en fibres et traditions naturelles, ainsi que leur façon historique et traditionnelle de travailler ces fibres.

Comment vous est venue l’idée de Piñatex ?

Aux Philippines, je cherchais de nouvelles façons d’utiliser ces fibres naturelles, des matériaux alternatifs pour développer une alternative en cuir. Le Piñatex est un textile d’origine végétale fabriqué à partir de fibres de feuilles d’ananas, les déchets et les sous-produits de la récolte d’ananas. Ces déchets sont généralement laissés inutilisés. En extrayant les fibres et en les utilisant, nous les convertissons en une ressource qui n’a pas besoin pour sa croissance d’eau, de terre, de pesticides ou d’engrais.

Où est-il produit ?

Le début de la production, l’extraction des fibres, la purification et le développement d’un substrat non tissé,  la base de Piñatex, se  déroulent aux Philippines. Ensuite, le matériau est expédié en rouleaux en Espagne où nous le finissons pour lui donner sa résistance et ses caractéristiques techniques, ainsi que son aspect esthétique. Aujourd’hui, nous travaillons avec cinq coopératives agricoles qui ont un impact positif sur environ 600 familles.

Pourquoi est-ce une vraie révolution ?

Le Piñatex est un matériau breveté, qui est fabriqué à partir des déchets de la récolte d’ananas.  En tant que tel, nous valorisons les déchets et donnons des emplois à certaines des communautés agricoles les plus pauvres, en utilisant les principes de l’économie circulaire. C’est considéré par les experts comme la meilleure alternative au cuir et aux matériaux synthétiques en termes de choix de produits, de propriétés, de volume, de potentiel de mise à l’échelle et d’impact environnemental et social. De tels matériaux jouent un rôle central pour aider les marques à devenir plus durables.

Est-il uniquement utilisé dans la mode ?

Il est utilisé dans l’industrie de la mode comme alternative au cuir et aux textiles à base de pétrole, mais il l’est également dans d’autres secteurs : nous travaillons d’ailleurs avec l’industrie automobile pour faire entrer le Piñatex dans ce segment particulier.

Pour le rendre plus résistant, il contient du polyuréthane. Travaillez-vous sur une solution pour l’éviter et le rendre 100 % biodégradable ?

Oui, la recherche et développement fait partie intégrante du développement continu du Piñatex, et en tant que tel, nous développons toujours des systèmes et des processus meilleurs et plus durables. Actuellement, nous travaillons avec Stahl, une entreprise chimique. Ensemble, nous développons une nouvelle finition qui sera plus durable. Un nouveau produit prend du temps et de nombreux essais et tests; nous avons la chance d’avoir de bons partenariats avec les industries et instituts concernés pour continuer notre recherche de solutions de plus en plus durables.

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